Les Champs de la Lune, science-fiction botanique

La sortie d’un roman de Catherine Dufour est toujours un petit événement dans le milieu de la SF francophone, et ce, même lorsqu’il s’agit de la réédition en poche d’une de ses publications de 2024. Avec Les Champs de la Lune, l’autrice délaisse son côté punk pour un récit bien plus contemplatif, mais dans lequel transparaissent toujours ses thèmes de prédilection : l’humanité, l’avenir et la mort.

« Il n’est pas rare que les pluies de météorites attirent les citadins soulunaires. Ils rêvent qu’un impact dégagera brusquement une veine de minerai coûteux, ce qui révèle une étrange ignorance de la géologie de leur planète natale. Mais l’avidité est en quelque sorte la passion première des citadins, avec les dieux, les robots, les stades et les procès. »

Les Champs de la Lune, Catherine Dufour, Le Livre de Poche, p. 108.

Botanique

El Jarnine vit seule à la surface de la lune, dans un dôme fermier où elle produit les plantes nécessaires à la vie des humains qui subsistent dans les cités du sous-sol sélénite. Son existence placide, faite d’analyses environnementales et d’un quotidien à la régularité millimétré, est quelque peu chamboulée lorsqu’elle prend sous son aile Sileqi, une enfant marginale, mais extrêmement douée pour la botanique. Tous les aspects de l’existence dont se désintéressait jusqu’alors El Jarnine deviennent des sujets d’étude : la mystérieuse fièvre qui décime les habitants sous-lunaires, les conflits entre les différentes cités, les robots fous qui parcourent la surface et même les origines du chat doué de parole qui accompagne la fermière depuis ses débuts.

Instant suspendu

Ce qui surprend en premier dans Les Champs de la Lune, c’est son rythme particulièrement lent. Le choix de traduire le récit au travers des rapports que fournit El Jarnine à la commanderie des cités sous-lunaires donne au personnage (et au texte de manière générale) un ton froid et détaché qui perdure sur un bon tiers du roman. Cette plume presque atone transmet l’immobilité, le silence et l’isolement qui rythment le quotidien de l’héroïne, et donne presque la sensation que chaque instant est suspendu, comme autant de scènes indépendantes. Bien que volontaire, ce choix garde les lecteurs et lectrices à distance de l’histoire et de ses enjeux, et les passages poétiques, pourtant de qualité, n’en paraissent que plus monotones.

Paradoxalement, l’humanité qui gagne peu à peu El Jarline et son implication dans les différentes questions sociétales et humaines de la civilisation lunaire vont croissantes et en s’accélérant, si bien que le dénouement paraît presque précipité. Mieux vaut donc ne pas lire Les Champs de la Lune pour y chercher action, mystères et retournements de situations sensationnels, mais préférer ses questionnements éthiques et philosophiques sur l’humain, les rites, la société, la culture, ou encore l’environnement. Celles et ceux qui ne seront pas hermétiques à son style apprécieront également ses touches d’humour.

Les Champs de la Lune n’est sans doute pas le roman le plus facile pour entrer dans l’univers vaste de Catherine Dufour. Si, par certains aspects, le récit évoque les textes d’Ursula K. Le Guin, il laissera les amateurs et amatrices d’action et d’émotions franches aussi froid‧es que son héroïne.

Ouvrage reçu en service presse.

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