The Bewitching – Silvia Moreno-Garcia ressuscite d’anciennes peurs

Le roman The Bewitching de la romancière et éditrice Silvia Moreno-Garcia arrive à point pour le mois le plus spooky de l’année. Malgré sa couverture aux couleurs éclatantes, le récit livré par l’autrice est particulièrement sombre et intense, et donne de quoi frissonner derrière ses rideaux au milieu de la nuit.

Une crainte intergénérationnelle

Minerva, jeune mexicaine étudie l’histoire de la littérature d’horreur aux États-Unis en se fondant sur les écrits de Beatrice Tremblay. Cherchant à trouver le plus de traces possibles des travaux de cette autrice peu étudiée, elle prend contact avec Carolyn Yates, une de ses anciennes camarades d’université, qui lui donne accès à un journal intime datant de la Grande Dépression, des dessins et diverses notes. Alors que Minerva découvre les faits réels ayant inspiré le fameux roman La Disparition de Beatrice, elle est elle-même persécutée par une force invisible et surnaturelle qui lui donne l’impression de devenir folle. Ce que racontait sa Nana Alba serait-il réel ? Les sorcières existent-elles ? Tandis que la jeune femme s’enfonce dans des découvertes obscures, en parallèle, une jeune Alba a le droit à ses propres chapitres qui racontent comment elle a découvert la sorcellerie et ce qu’elle a subi.

Les sorcières

Cette histoire fantastique relève du roman d’horreur. Les sorcières sont loin d’y tenir un beau rôle : plus proches de Dracula que de Harry Potter, ce sont des créatures hargneuses et sadiques qui, lorsqu’elles jettent leur dévolu sur une proie, la harcèlent jusqu’à la mort afin d’absorber son pouvoir. Au début du récit d’Alba, elles se résument à des superstitions, pourtant, cette dernière croie suffisamment en la magie pour pratiquer quelques tours insignifiants dans sa chambre. Pour Minerva, sa petite-fille, ce que raconte Alba relève de la folie et elle n’y accorde qu’une importance académique dans le cadre de sa thèse. Pourtant, lorsqu’elle se plonge dans le journal de Beatrice Tremblay, le sort tragique vécu par la meilleure amie de l’autrice, Virginia Somerset, éveille en elle des soupçons. En parallèle, Minerva commence à vivre des événements surnaturels effrayants : maux de tête intenses, sensation d’être observée, chemins qui l’égarent, chat tué.

Trois récits se chevauchent autour d’un même phénomène, renforçant le sentiment d’horreur croissant en même temps que les manifestations de magie malsaine : Alba subit des épreuves intenses et morbides, notamment avec la disparition de son frère Tadeo, qui renforcent sa crainte que la traque des sorcières se propage à leur descendantes. De son côté, Beatrice est spectatrice du trouble grandissant de Virginia, et son incompréhension crée une empathie intéressante, qui aide à assimiler l’anormalité de la situation. Le journal découvert par Alba révèle que les sorcières sont plus nombreuses qu’on ne le croit et se trouvent autant en ville qu’en campagne. La solitude de chacune des héroïnes du drame maléfique de Silvia Moreno-Garcia – l’une morte, l’autre prise pour une vieille dame sénile et la dernière pour une dépressive – marque le point d’horreur de ce roman qui rend hommage aux écrivains et écrivaines de la peur par une approche universitaire et fictionnelle.

Un aspect réaliste

Avec sa saga intergénérationnelle, l’autrice ancre son texte dans une réalité plausible. Les événements racontés n’arrivent pas qu’à une seule personne et ne se déroulent pas dans un seul endroit, bien que les décors soient relativement restreints : campagne mexicaine et université américaine. Les cibles choisies par les sorcières sont jeunes, peu prises au sérieux de part leur statut de femmes, ou souffrant d’une réputation marginale de folle ou de dépressive. Enfin, grâce à la thèse de Minerva, un décor universitaire, et donc scientifique, se crée autour des auteurs et autrices d’horreur, donnant le ton pour la suite des événements.

L’horreur vient aussi du manque de visibilité de la menace. Les descriptions des sorcières sont variées, quand elles sont présentes : créatures à quatre pattes mélangeant poils, plumes et écailles, deux yeux verts aussi brillants que des flammes dans la nuit, présences invisibles, fantômes qui mordent leurs victimes au milieu de la nuit pour boire leur sang. Chacune des manifestations magiques arrive lorsque les héroïnes sont seules, souvent de nuit, consolidant leur sentiment de solitude et la sensation que tout n’est que folie. Les sorcières sont plus proches de la terreur nocturne que du personnage clairement identifiables, à l’image des légendes racontées au coin du feu pour se faire peur : tout le monde en a entendu parler ou a connu quelqu’un ayant vécu quelque chose, sans pour autant en avoir aperçue. Silvia Moreno-Garcia propose donc ici une horreur d’atmosphère plutôt que d’action, bien que des scènes marquantes ponctuent le roman à différentes reprises. Âmes sensibles s’abstenir.

The Bewitching est un excellent roman d’horreur, mêlant enquêtes et récits intergénérationnels pour construire une atmosphère angoissante dont la tension ne fait qu’augmenter. Avec Halloween qui approche, cette traduction enfin arrivée en France après sa parution canadienne en 2023 est la promesse d’une soirée intense dans un club de lecture d’adeptes d’Halloween.

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse.


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