L’Académie de la Bienveillance, tome 1 : Fille des corbeaux – rage et mémoire

Mark Lawrence, auteur américain et britannique de fantasy, connu notamment pour sa série L’Empire brisé et La Trilogie de la Bibliothèque, revient avec le premier tome d’une nouvelle saga qui promet d’être légendaire : L’Académie de la Bienveillance.

Des études mortelles

L’Académie de la Bienveillance paie les familles qui lui livrent leurs filles pour en faire les dignes héritières des Furies, des émissaires de vengeance nommées les Bienveillantes. Sur une promotion de cent élèves, après dix années d’apprentissage de l’art du poison, du combat à main nues, à l’arme blanche, ou encore de la nécromancie, seules trois d’entre elles en ressortiront avec le droit de rendre la justice – et de condamner à mort – quiconque commet un crime. Mollandra, surnommée Mol, s’est pourtant vendue elle-même. En elle couve une force sombre qui ne demande qu’à sortir.

Le motif de l’école pour une terrible histoire

Le roman de Mark Lawrence est d’une grande richesse. La mort et le danger sont présents à chaque page et deshéroïnes différentes s’alternent à chaque chapitre, rendant d’abord le récit difficile à suivre et curieux, jusqu’à ce que chacune des trois trames racontées se rejoignent. Particulièrement populaire dans le domaine de la fantasy, le milieu académique a été adopté par les adeptes de dark fantasy, comme Jay Kristoff avec Nevernight. Les héros de l’histoire sont donc jeunes et le temps passé entre les murs de l’institution censée les aider à grandir, à accumuler des connaissances et à devenir plus sages va surtout, ici, se résumer à survivre. Le but des institutrices de l’Académie est de se débarrasser des éléments faibles en encourageant le meurtre entre camarades de classe et en recourant au sadisme et aux démonstrations de violence et de cruauté. Le contraste entre la juvénilité des jeunes filles et leur but n’en est que plus saisissant et il devient vite urgent de savoir si Bek, Mollandra et Einsa, le trio d’héroïnes qui se forme lors de la première nuit, sortira vainqueur de ces dix ans de torture. Les cours de l’académie de Mark Lawrence reposent tous sur l’avenir épique qui attend les trois meilleures survivantes de chaque promotion et la mythologie autour des Furies est sans cesse invoquée pour donner à toute cette mascarade horrifique un aspect divin. Malgré le mauvais traitement vécu par les élèves, le « lavage de cerveau » fait toutefois mouche : en tant que lectrices et lecteurs, on assiste à la transformation des frêles enfants en des créatures fourbes et mortelles, qui, si elles essaient de se rebeller contre l’autorité, se font massacrer, à moins que leur performance ne se révèle incroyable. Dans cette école, pas d’élève unique qui arrive à renverser les murs. Rien qu’un sort sinistre et une formation impitoyable qui ne laisse aucune porte de sortie aux jeunes filles.

Rythme narratif trouble

L’urgence ressentie à propos du déroulement de l’aventure pour les trois héroïnes principale est contrecarrée par deux récits parallèles : celui d’une vieille femme, Rue, qui malgré ses soixante-dix ans, se retrouve aux prises avec une bande de brigands venue décimer son village, et celui de l’Aînée, enfant enfermée dans un manoir avec tout un groupe d’autres petits, empoisonnés à petit feu et hantés par Père et Mère, deux créatures dignes d’un film d’horreur. En réalité, le roman s’ouvre sur la vieille femme, ce qui constitue une approche vraiment rafraîchissante dans une fantasy qui fait rarement des gens très âgés les personnages principaux des histoires. Commencer avec Rue, c’est accepter d’avoir envie de découvrir qui elle est, d’où elle vient, pourquoi elle sait si bien se battre et maîtrise une forme de magie qui la rend presque immortelle. Le tout au cours de la longue escarmouche dans laquelle est prise pendant de nombreux chapitres. Du côté de l’Aînée, une ambiance relevant vraiment de l’horreur typique des jeux vidéos comme Outlast se forme. Cheffe d’un groupe d’enfants plongé constamment dans le noir, elle se rend compte que sa mémoire est oblitérée par un ingrédient versé dans sa pitance. La survie de tout ce petit monde dépend de Père le Jour, qui leur fait classe lorsque le soleil est dans le ciel, qui devient Père la Nuit une fois le soleil couché, et qui traque ses élèves dans le noir, sans hésiter à les blesser gravement s’il les trouve. Est mentionné le nom de Mère, ultime terreur des enfants : pire que Père la Nuit, elle représente la peur à l’état pur et la rencontrer devient un événement attendu… Ou redouté. Quel est le rapport avec l’Académie de la Bienveillance et ses féroces élèves ? Pour le savoir, il faut continuer sa lecture, affronter les horreurs de la nuit, les Indulgentes effrayantes, les parents monstrueux et les brigands brûleurs de villages.

Ce premier tome de la nouvelle saga de Mark Lawrence est un véritable page turner. Défiant l’idée d’un rythme linéaire, et d’un seul personnage principal, l’auteur fait voyager son lectorat dans différentes temporalités, géographies mais aussi ambiances, avec un texte qui joue avec la fantasy, l’aventure et l’horreur. Pour résumer : c’est le début d’une excellente dark fantasy.

Remerciements à Bragelonne pour ce SP !

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse


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