Peut-être connaissez-vous déjà Joe Hill, fils de Stephen King, comme scénariste de Locke & Key, un comic adapté en série télévisée par Netflix depuis 2020. Ou bien avez-vous déjà lu Cornes, sont second roman, d’abord édité en France en 2011 chez Jean-Claude Lattès. Si ce n’est pas le cas, c’est ce dernier, réédité au Livre de Poche, qui fait l’objet de cette critique.
« Mais si Dieu hait le péché et que Satan punit les pécheurs, alors ne sont-ils pas du même bord ? »
Cornes, Joe Hill, le Livre de Poche
Toute la vérité
Ignatius « Ig » Perrish est un homme brisé depuis le viol et l’assassinat de sa petite amie, Merrin Williams, survenu un an plus tôt et dont il a été accusé à tort. Après une nuit passée à boire et à reprocher à Dieu la mort de celle qu’il aimait depuis son adolescence, il se réveille avec des cornes. Si Ig croit d’abord à un mauvais délire alcoolique, il s’aperçoit bien vite que celles-ci poussent les gens avec qui il parle à lui révéler tous leurs secrets les plus inavouables. D’abord effrayé par les révélations auxquelles il fait face, le jeune homme comprend peu à peu que ce pouvoir pourrait l’aider à faire la lumière sur la mort de Merrin.
L’enfer, c’est les autres
La première partie du roman nous plonge dans le désespoir d’Ig Perrish. Avec ses cornes nouvellement acquises, il découvre que personne, pas même ses proches, ne croit à son innocence au sujet du meurtre de Merrin. Ces 90 pages représentent la descente aux enfers du héros qui, tel Orphée parti chercher son Eurydice (ou plutôt les raisons de son trépas, dans ce cas précis), doit affronter le pire de ce qu’il y a dans l’âme humaine ainsi que sa propre culpabilité, car c’est au fond du gouffre qu’il trouve la force de se battre. Pourtant, même après une ellipse qui permet de découvrir la rencontre entre Ig et Merrin et de comprendre ce qui a mené au meurtre, les déboires du personnage sont loin d’être terminés, et faire payer le coupable va demander plus que le pouvoir de le faire parler.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser son résumé, Cornes n’est pas un roman d’enquête. En réalité, on apprend très tôt qui est le meurtrier de Merrin (et il est tout à fait possible de le deviner avant la révélation). Le livre consiste plus à mettre en scène la revanche de son héros et à comprendre ce qui a mené à ce meurtre. Et c’est là que Joe Hill excelle, lorsqu’il nous place dans la tête d’un tueur dénué d’humanité, méthodique et terrifiant de froideur. Il devient à la fois fascinant et effrayant de voir comment le moindre geste, la moindre parole de Merrin est décortiquée et interprétée par l’assassin pour y voir des signes qu’elle le désirerait secrètement.
Enfin, il y a la façon dont Joe Hill utilise les figures de Dieu et du diable, jusqu’à reprendre des passages de l’Ancien Testament, pour mettre en scène la transformation d’Ignatus et les pouvoirs qui en découlent. L’auteur ne manque pas de souligner que la lie de l’humanité se prévaut parfois d’agir au nom du divin pour donner une justification à ses méfaits. Et si, finalement, le malin n’était qu’un instrument du divin ?
Mené de main de maître jusqu’à son final brillant, Cornes est un roman sombre comme l’enfer et aussi délicieux que le péché, qui rappelle que nous n’avons nul besoin d’accuser le diable, puisque le mal est bel est bien le propre de l’homme.
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