Parmi les plus fines plumes graphiques de la sphère manga, impossible de ne pas mentionner le talentueux Kakizaki Masasumi. Responsable du thriller carcéral Rainbow, de l’horrifique Hideout et du western Green Blood, il revient à la charge aux éditions Pika avec Yomotsuhegui, un récit d’horreur et d’action sur l’immortalité.
L’histoire
Consumé par la rage après le meurtre de son épouse et de sa fille, le policier Kanetsugu Nawa n’a pas hésité à tout sacrifier pour tuer leurs deux assassins. Mais l’un d’eux a miraculeusement survécu et, à sa sortie de prison, Nawa n’a qu’un objectif : finir ce qu’il a commencé. Sa cible se révèle cependant être bien plus qu’un simple meurtrier… Manger le fruit des enfers en a fait un monstre immortel que rien ni personne ne peut arrêter. S’il veut espérer se faire justice, Nawa n’a qu’une option : s’allier à une mystérieuse déesse de la mort et devenir un monstre à son tour.
Perdre son humanité pour devenir immortel ?
À la différence de l’une de ses précédentes créations, Hideout, Kakizaki cherche à peaufiner ses personnages au même titre que ses dessins. Si Nawa se révèle d’abord assez uniforme, à l’image de ces gens animés uniquement par la vengeance… Il devient fascinant à travers ses souffrances passées et sa volonté de mener une justice pure. Il finit même par se dégager de sa partenaire, Ren, d’abord très antipathique, une certaine tendresse.. Il faut dire que, la concernant, on a droit à une magnifique back story autour de sa quête pour mettre fin à l’immortalité. Tout cela engrange une très belle dynamique, magnifiée par le talent graphique de Karizaki.
Tout au long de l’aventure, Yomotsuhegui se révélera davantage dans ses scènes d’action, hautement graphiques et détaillées, que dans ses moments de causerie. Non pas que le manga soit taiseux, disons plutôt que Karizaki se montre surtout du genre à préférer une mise en scène soignée et élaborée, qui évoquera plus qu’elle n’expose inutilement.
Aux portes de son humanité, Nawa rejoint ce florilège de personnages de manga mi-humain, mi-autre chose… À la différence que, pour Nawa, il n’y aura pas de lutte intérieure entre ce qu’il était et ce qu’il est devenu, mais plutôt une cohabitation forcée avec une entité présente en lui. Là est toute la puissance de la réflexion qu’infuse Kurazaki dans son œuvre : pourquoi vivre autant si c’est pour finir dans la solitude la plus totale ?
Cependant, il est vraiment dommage de voir à quel point la conclusion de tous les arcs narratifs se révèle décevante et expédiée, que ce soit la révélation de l’antagoniste ou la résolution du conflit millénaire.
| Yomotsuhegui est une nouvelle réussite de la part du mangaka de Rainbow et Green Blood, et confirme son statut de référence du genre. Dommage que la conclusion ne soit pas à la hauteur de l’attente, vu le conflit titanesque que semble construire l’auteur au fur et à mesure de l’histoire. |
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