Dans la toile du temps est un roman de l’auteur britannique Adrian Tchaikovsky. Paru en 2015 et lauréat du prix Arthur-C. Clarke, c’est le premier tome d’une trilogie à succès. En France, le roman a été traduit et publié aux éditions Denoël, puis Folio SF. L’œuvre met en scène le contraste entre le développement d’une société d’insectes et le déclin vers la barbarie des derniers humains.
« Portia est stupéfaite de voir à quelle vitesse le monde s’écroule. Elle n’aurait jamais imaginé que sa civilisation était aussi fragile. Elle reçoit des nouvelles des autres villes frappées par le fléau. Dès que la population commence à diminuer en raison des décès et des désertions, l’ensemble de la structure sociale s’effondre rapidement. »
L’histoire
La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern », une planète lointaine spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place.
Quand le temps façonne une autre intelligence.
Dans la toile du temps parle d’araignées… Si vous êtes arachnophobe, ne passez pas votre chemin ! Imaginez plutôt ce qu’il adviendrait si, lors de la terraformation d’une planète destinée aux humains, le nanovirus réservé aux singes développait l’intelligence… chez des araignées. Ces dernières évoluent alors sur des millénaires, génération après génération, avec un allié de taille : le temps ; qui leur permet de progresser et de s’adapter perpétuellement. Cela débute par l’apparition de l’intelligence avec le langage, puis la science et enfin l’organisation sociétale. On suit l’émergence d’une civilisation structurée, de sa culture, de ses progrès scientifiques et enfin de son développement politique.
L’auteur ne tombe pas dans la caricature, ici, il n’est pas question de la civilisation parfaite, mais d’un peuple non humain vivant. Il propose une civilisation collective où l’intelligence véritable n’est pas seulement technique, mais évolutive et en perpétuelle mutation. Où chaque erreur permet de se transformer et de s’améliorer. Puisque les araignées deviennent intelligentes, le roman nous pousse à réfléchir : qu’est-ce qu’être « intelligent » ou « civilisé » ? Que devient l’humanité quand la conscience apparaît ailleurs ? Il bouscule brillamment l’anthropocentrisme en montrant qu’une espèce d’insectes peut, en des temps très longs, créer une civilisation, et questionne ainsi l’arrogance humaine.
Quand l’humanité est figée dans le temps.
Si, pour les araignées, le temps est un allié, ce n’est pas le cas des derniers humains. Ayant fui la terre dans un vaisseau spatial, les voilà pris au piège d’une course contre-la-montre. Les humains survivent grâce à la cryogénisation, elle permet surtout de suspendre le temps au lieu de l’assumer. À chaque nouveau réveil, on remet aux commandes les mêmes individus, avec les mêmes réflexes, les mêmes idéologies. Lorsqu’ils arrivent sur la planète et découvrent que leur monde n’a pas évolué selon leur attente, les hommes conservent une vision presque coloniale de la situation : la planète leur appartient par droit d’origine. Comment faire face au problème, lorsque l’existence d’une autre intelligence n’est jamais réellement envisagée comme légitime ?
À force de survivre sans évoluer, les humains apparaissent comme une civilisation hors de son temps. Le contraste avec le dynamisme de la société arachnéenne rend leur stagnation encore plus visible. Le roman suggère que l’humanité n’est pas condamnée biologiquement, mais idéologiquement. La priorité reste la survie humaine, même au prix de la destruction d’une autre civilisation. Le nanovirus à l’origine du roman est le produit d’une science humaine déconnectée de l’éthique. Les humains continueront-ils de croire qu’ils peuvent contrôler, corriger ou éradiquer ce qu’ils ne comprennent pas ?
Dans la toile du temps renverse la hiérarchie habituelle de la science-fiction : l’humanité n’est plus le sommet naturel de l’évolution, mais une espèce incapable de se remettre en question. Là où les araignées avancent par essais, erreur et transformations successives, les humains s’acharnent à répéter les mêmes schémas, persuadés que le progrès passe par le contrôle et la domination. En faisant du temps un allié pour les uns et une prison pour les autres, ce roman passionnant interroge notre rapport au progrès, à l’altérité et à notre propre arrogance.