Le Livre d’Ayla, une série jeunesse pleine de magie

Séverine de La Croix, scénariste, et Violette Grabski, dessinatrice, entraînent les jeunes lecteurs et lectrices dans un univers poétique à base de folklore celtique, d’aventure et d’amitié avec leur série Le Livre d’Ayla, dont le tome 2 vient de paraître chez Delcourt. Une belle ode à la nature et à la liberté, qui prend place dans la France du XVIe siècle.

« La vie est dans l’amour et dans la magie des liens, non dans la chair et dans le sang. »

Béatha, Le Livre d’Ayla, tome 2

Amour et bienveillance

Ayla n’a jamais connu sa mère, Sahannah, accusée de sorcellerie et tuée peu après sa naissance. Tout ce qu’elle sait d’elle, elle le doit à Jeanne, qui l’a adoptée et sauvée du même funeste destin. Malgré ce drame, la jeune fille grandit dans un foyer rempli d’amour et de bienveillance. Lorsqu’elle arrive dans sa quinzième année, elle doit malheureusement de nouveau fuir. Comme sa mère, Ayla est une mogaï, capable de voir les esprits de la nature et de communiquer avec eux. Fées, elfes, korrigans, sirènes… c’est tout un monde rempli de magie et de créatures merveilleuses qu’elle découvre en se rendant dans la forêt de Youle.
Pour Ayla commence alors une quête qui mêle un passé dont il ignore tout et un destin fabuleux, alors que le monde magique risque de disparaître, chassé par les humains.

Une merveille visuelle

Avec ses dessins doux et colorés, Le Livre d’Ayla est une véritable merveille visuelle. Son univers enchanteur est un écrin poétique pour les créatures mythologiques et les aventures fabuleuses proposées par l’album. Violette Grabski est parvenue à s’approprier le folklore du récit afin de lui offrir une patte unique, à la fois délicate et sensible. Son aquarelle donne tout son éclat à la magie de cette France qui oscille entre traditions païennes et rigidité religieuse. 

Si cette très jolie bande dessinée s’adresse à la jeunesse, elle n’en porte pas moins des thèmes forts : quête d’identité, survie, respect de la nature et du vivant, difficulté d’assumer ses convictions et de vivre selon ses principes, ostracisme… La stigmatisation des femmes connaissant l’herboristerie et la médecine traditionnelle, ainsi que les accusations de sorcellerie, font écho aux périodes les plus sombres de l’histoire humaine. Pourtant, malgré des scènes dramatiques — toujours traitées avec beaucoup de pudeur — le récit met en avant l’importance de l’entraide, de l’amitié et du don de soi. 

On y trouve pas de manichéisme non plus, et même les personnages les plus effrayants ou indifférents révèlent des souffrances et des peurs les ayants conduit à faire des choix regrettables. Sans tomber dans la naïveté, Le Livre d’Ayla choisit de mettre en avant ce qu’il y a de bon dans l’être humain et la manière dont il est possible de dépasser ses préjugés pour accepter l’autre. Séverine de La Croix ne manque pas non plus d’humour lorsqu’il s’agit de croquer des sirènes bavardes, des fées au sale caractère ou des korrigans paresseux ! 

La culture gaélique à l’honneur

Les autrices du Livre d’Ayala ont choisi le folklore européen : breton, irlandais, scandinave et plus généralement celtique, comme cadre pour leur histoire. Les formules magiques s’y expriment en un mélange d’irlandais et de gaélique écossais, et les esprits y sont une manifestation des forces qui animent la nature. Un cadre magique propice aux contes et aux légendes, tant la richesse de ces différentes cultures résonne encore dans les histoires et les fables d’aujourd’hui. En revenant sur la manière dont le christianisme a chassé les cultes traditionnels, de La Croix et Grabski font un parallèle vibrant de la façon dont la foi actuelle en la technologie rejette de plus en plus la nature. 

Un contexte folklorique et historique qui montre aussi avec beaucoup de justesse l’évolution de la place des femmes dans la société. Si le récit met surtout en scène la féérie de la nature et les enjeux qui menacent le monde magique, les rôles liés à la sphère féminine, leur place dans les métiers de soin et comme garantes de certaines traditions, sont pleinement abordés dans l’annexe qui se trouve à la fin de chaque album, baptisée « Le journal de Jeanne ».

Loin de donner corps à un mysticisme qui revient à la mode, pour des raisons bassement mercantiles, depuis quelques décennies, les autrices cherchent avant tout à montrer comment les persécutions et l’obscurantisme ont pu aller à l’encontre du bien commun.

Avec beaucoup de poésie et de tendresse, la série du Livre d’Ayla propose une aventure magique et fascinante à ses jeunes lecteurs. Une ode à la nature bienveillante et sensible, capable d’enchanter petits et grands, dont l’héroïne vaillante et altruiste montre qu’un grand cœur est bien plus efficace qu’une épée pour gagner des batailles.

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