Fragments d’histoires troublantes, petits contes d’épouvantes

Recueil de nouvelles atypiques, curieuses et parfois effrayantes, Fragments d’histoires troublantes est l’œuvre de l’autrice sud-coréenne Pantom. Sept récits courts aux dénouements surprenants, placés sous le signe de l’étrange.

Parmi ces fragments d’histoires, on retrouve celle de ce meurtrier à la recherche d’une étreinte bien particulière, puis d’un jeune homme qui attend désespérément l’appel de sa fiancée décédée. Vient ensuite le récit d’un inventeur incompris et moqué, suivi de celui d’un vœu formulé auprès d’une sirène et d’un interdit bafoué. Enfin, on débouche sur le crime d’un père envers son fils et d’une sœur dévouée qui sombre dans une rancœur amère. Pour conclure, la dernière histoire – qui est aussi la meilleure – met en scène un récit quasi autobiographique, dans lequel un personnage malheureux et dont l’existence lui paraît vide de sens décide de se suicider. Il s’ensuit un tête-à-tête fascinant avec La Mort.

Récits atypiques

Le label KBooks, des éditions Delcourt, continue de proposer des récits atypiques issus des webtoons coréens, qui n’auraient sûrement jamais atteint nos frontières sans leur entremise. Pourvoyeur de curiosités, il montre une nouvelle fois son intérêt pour les œuvres originales et décalées avec Fragments d’histoires troublantes. Ici, il n’est pas question d’horreur comme dans les recueils de Junji Ito ou de Lovecraft, mais plutôt d’une plongée dans la psyché humaine et ses travers, dans ses recoins sombres autant que ses aspects lumineux.

Travers humains

Il y a quelque chose de troublant dans ces récits, parce qu’ils viennent gratter nos sentiments profonds, nos craintes enfouies et, surtout, nos travers humains. Difficile de ne pas s’imaginer à la place du petit ami qui refuse d’accepter la mort de son aimée et qui continue d’attendre son appel, jusqu’à s’enfoncer dans la solitude et l’apathie. Difficile, aussi, de ne pas comprendre le dilemme de ce père dont le fils est un meurtrier. À la fin de la lecture, on ne peut s’empêcher de se demander comment nous aurions réagi à la place des personnages. Mais cette représentation des pensées les plus viles et secrètes de l’âme humaine trouve son apogée dans la nouvelle intitulée Le Dernier Quartet. Dans celle-ci, la dualité des sentiments de la protagoniste est particulièrement bien rendue par cette ombre qui semble la suivre partout et qui exprime tout haut ce qu’elle pense tout bas.

Catharsis

Pourtant, le récit le plus touchant est aussi celui qui s’éloigne le plus des codes de ce recueil. Il s’agit d’Adorable Kollwitz, qui raconte comment un personnage qui a décidé d’en finir avec la vie rencontre l’incarnation de La Mort. Cette dernière va l’inviter à porter un nouveau regard sur son existence. Si l’héroïne de ce récit est l’homonyme de l’artiste Käthe Kollwitz, son histoire semble être une catharsis pour l’autrice, qui y évoque des brimades subies dans l’enfance, un manque de reconnaissance et de soutien, ainsi que la sensation de ne pas trouver sa place dans la société. Ce dernier point est astucieusement mis en image par le fait que l’héroïne est le seul personnage à arborer un visage animal dans un monde humain. Ce récit, en plus d’être le plus personnel, permet de conclure ce recueil plutôt dramatique avec une jolie touche d’espoir.

En ayant choisi d’axer ses récits sur la noirceur des pensées et sentiments humains plutôt que sur une horreur crue, une violence graphique ou des drames intemporels, Pantom rend ses Fragments d’histoires troublantes beaucoup plus intimistes et dérangeants. L’aspect troublant de ses histoires se trouve ici, dans la dualité dont sont capables les personnages, une dualité étrangement familière.
Un choix qui permet à son œuvre d’exploiter une autre faille de la peur : celle de qui nous sommes et de ce dont nous sommes capables dans nos instants les plus sombres.

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