Last Time I Saw You est le tout premier jeu du studio Maboroshi Artworks dont l’équipe, qui travaille à Osaka, a été réunie par Juan Fandiño, directeur artistique sur Yume Nikki: Dream Diary. Chacun de ses membres a travaillé pour différents studios de jeux vidéo, mais c’est leur volonté de créer un titre qui mette en avant l’émotion et qui leur permette d’exprimer pleinement leur créativité qui les as réunis.
« Au cours de nos précédentes expériences professionnelles au sein de diverses sociétés de jeux vidéo, nous nous sommes toujours sentis limités par des plans et des intérêts qui différaient de notre idée de créer quelque chose dont le but n’était pas seulement de produire des revenus, mais aussi d’offrir aux joueurs une expérience unique et mémorable. C’est pourquoi nous avons décidé de nous diversifier et de montrer au monde ce dont nous sommes réellement capables lorsque personne ne nous empêche de libérer nos pleines capacités et notre passion. »
Communiqué officiel du studio Maboroshi Artworks
Avec ce premier jeu, disponible sur Nintendo Switch, PC, Xbox et PlayStation, le studio propose une aventure sublime, entre visual novel et plateformer, qui parle d’adolescence, de changement et de folklore nippon.
Encore ce rêve
Fin des années 1980, village d’Amatsu, Japon. Le jeune Ayumi, douze ans, ne cesse de faire le même rêve dans lequel il traverse une lande fantomatique jusqu’à croiser le chemin d’une fille dont il ne parvient pas à voir le visage. Ces étranges visions s’accompagnent de maux de tête et de fatigue, qui inquiète ses parents. Sans ça, Ayumi vivrait la vie de n’importe quel préadolescent, entre le collège avec ses amis Nao et Manabu, les jeux vidéo et les excursions dans la petite bourgade tranquille d’Amatsu.
Un rêve étrange
Alors qu’un typhon frappe la ville pendant qu’il est à l’école, Ayumi, séparé de ses camarades, est sauvé par la mystérieuse jeune fille qu’il voit dans ses rêves. Désormais convaincu qu’elle existe, il s’aventure dans la forêt d’Amatsu, réputée hantée. Pour tenter de la retrouver. Là, il fera la connaissance de diverses créatures de légende : un kappa malicieux, une renarde au grand cœur, mais surtout il se verra confier une mission capitale. Une quête qui, si elle échoue, pourrait bien provoquer la disparition de tous ceux qui sont chers à Ayumi.
Certaines scènes rendent hommage à la peinture japonaise traditionnelle
Une carte postale du Japon
Le jeu se présente à la fois comme un visual novel, avec une histoire profonde et complexe ainsi que de nombreux dialogue, et comme un titre de plateforme aventure, puisqu’il implique quelques combats contre des esprits et plusieurs phases de sauts. Néanmoins, la difficulté est assez basse et il est quasiment impossible d’épuiser les trois pierres du bracelet qui représente la vie d’Ayumi, et donc de mourir. L’intérêt du titre se situe surtout dans la manière dont il déroule son histoire et les sujets qu’il aborde. Les combats ne sont là que pour dynamiser la formule et éviter la monotonie des phases d’exploration. D’ailleurs, aucun ennemi ne nécessite plus d’un seul coup pour être éliminé.
You can pet the dog !
Le choix de situer son histoire dans une petite ville rurale du Japon des années 1980, à une époque où la technologie commence à s’implanter dans chaque foyer, mais qui reste encore très marquée par le respect des traditions, donne tout son charme au titre. C’est un plaisir de visiter Amatsu, de se recueillir sur la tombe du grand-père d’Ayumi, d’acheter des mangas à la librairie du village ou encore de croiser les bōsōzoku, ces voyous japonais au style typique de cette période. Le village ressemble à une carte postale de l’époque, un effet renforcé par ses très beaux graphismes, entièrement dessinés à la main.
Adolescence
Derrière son récit d’aventure mystique, le titre cache aussi une vraie réflexion sur l’entrée dans l’adolescence et les nombreuses questions qu’elle suscite. Il y a les sentiments amoureux, bien sûr, un sujet central de cette période de la vie, mais aussi l’amitié, la séparation, l’héritage familial, les responsabilités ou encore l’importance de la communication. Le jeu se montre particulièrement bienveillant dans les rapports qu’il met en scène entre ses personnages et, à ce titre, propose une image juste de la manière dont il convient d’aborder ses propres attentes et sentiments, ainsi que ceux des autres. En posant des mots sur leurs ressentis, les personnages fournissent une sorte de catharsis au joueur de situations qu’il a peut-être vécu lui-même et sur lesquelles il n’a pas su communiquer.
Des rencontres folkloriques !
Pour autant, le jeu ne sépare pas la sphère de l’adolescence de celle des adultes. Ainsi, à travers les yeux d’Ayumi, le joueur est aussi confronté aux problèmes d’autres personnages : les parents du héros, qui reprennent le schéma familial classique japonais avec un père perpétuellement au travail et une mère au foyer. Akane, la sœur ainée de Nao, qui effectue son premier job au café du village mais qui rêve de poursuivre ses études ailleurs, ou encore le policier d’Amatsu, tiraillé entre son devoir et sa couardise. Le jeu aborde aussi les conséquences de la guerre (celle qui s’est achevée en septembre 1945) cette dernière ayant profondément marqué la population.
Les premiers amours sont souvent les plus douloureux
Folklore
Dans ses phases d’aventure, le jeu offre tout un pan de la culture et du folklore traditionnel japonais. Cela passe par les autels shintoïstes auprès desquels il est possible de se recueillir pour sauvegarder et récupérer de la santé, mais également par les nombreuses créatures qui rythment le périple d’Ayumi. Depuis Mirei, une kitsune au service des dieux, jusqu’à Nekotaro le nekomata amoureux de littérature. Les environnements magnifiquement détaillés sont eux aussi porteurs de cette ambiance mystique, grâce à des effets de flou étudiés et une myriade de petits détails qui renforcent l’immersion. D’ailleurs, si certaines captures d’écran pourraient faire croire à tort que le design du jeu est simpliste, il n’en est rien. Il suffit d’explorer la galerie de croquis proposée dans les menus pour s’en convaincre. La musique n’est pas non plus en reste, et ponctue habilement cette épopée narrative pleine d’émotion.
Toutes les infos importantes sont réunies dans le carnet de croquis d’Ayumi
Bien que Last Time I Saw You puisse se boucler en cinq heures, il invite à prendre son temps, à explorer ses moindres recoins, à profiter de ses quêtes annexes et de ses jolis environnements. Un titre que l’on peut qualifier de « cosy aventure », tant son caractère narratif bienveillant contraste avec la nervosité et le sentiment d’urgence des propositions vidéoludiques actuelles. Si le jeu ne propose pas de défi en termes de gameplay, il s’apprécie pour tous ses petits secrets, ses objets et quêtes cachés, ses références incontournables pour tout fan de la culture japonaise et son aura eighties si bien retranscrite. Une superbe aventure et une métaphore idéale pour illustrer le passage à l’adolescence.