Nocturne for Cyl-Hestia : des souvenirs à éclairer

La volonté de comprendre, encore et toujours, devrait guider chaque citoyenne et chaque citoyen soucieux de se prémunir contre les diverses dérives politiques. Si cette quête s’avère souvent complexe dans le monde réel, le studio français Spore & Sorcery en propose une déclinaison vidéoludique avec leur toute première production. Nocturne for Cyl-Hestia plonge les joueurs et joueuses au cœur d’une société futuriste gangrenée par un pouvoir corrompu ayant largement dépassé les limites de l’acceptable. Une aventure narrative qui invite à explorer le passé d’une civilisation à travers des souvenirs partagés, pour mieux mesurer la fragilité du présent et l’importance de le préserver…

Presse qui roule

Silas est une jeune recrue journalistique qui intègre la rédaction de La Voix, le principal média d’information libre de Cyl-Hestia. Son arrivée coïncide avec le départ à la retraite de Dorel, un reporter respecté à la carrière exemplaire. En prenant sa place, notre héros hérite d’un poste avec une responsabilité importante : poursuivre le travail de mémorialiste accompli par son prédécesseur. Cette mission consiste à analyser des enregistrements mémoriels afin de retranscrire, le plus objectivement possible, des événements passés.

Cependant, ces souvenirs partagés sont loin d’être neutres. En effet, toutes les franges de la société obéissent aux règles dictées par Nero Praem, un dirigeant exerçant un pouvoir autoritaire. Alors qu’il s’était présenté comme le candidat garant des plus démunis lors des élections, il a finalement trahi ses promesses et placé Cyl-Hestia sous surveillance étroite. Au cours de ses premières enquêtes pour La Voix, Silas découvre des incohérences troublantes dans plusieurs enregistrements mémoriels. Avec sa collègue Lysandre, ils soupçonnent l’existence d’une vaste manipulation orchestrée par le régime politique en place…


Le scénario de Nocturne for Cyl-Hestia ouvre ainsi une réflexion globale sur les problématiques éthiques liées aux métiers de l’information. Ce sujet vertigineux cristallise de nombreux débats actuellement, notamment en raison de certaines ingérences idéologiques dans des sujets sociétaux. Pourtant, il apparaît comme fondamental de réaffirmer le rôle essentiel du journaliste comme informateur. Silas va très rapidement risquer sa carrière (voire plus) pour révéler la vérité cachée derrière les manipulations gouvernementales. C’est l’essence même de cette profession, à l’inverse de celle des commentateurs, souvent peu malins, qui passent tout leur temps d’antenne à relayer des opinions sans contrarier les versions officielles. On ne peut que féliciter les développeurs de traiter cette thématique avec tant de justesse tout au long de l’aventure.

Neon Lights

Le gameplay du jeu repose avant tout sur l’investigation. Dans la peau de Silas, la joueuse ou le joueur est amené à rencontrer de nombreux individus afin de collecter des enregistrements mémoriels pour faire avancer les enquêtes. Ainsi, chaque conversation constitue une source potentielle d’informations. Les dialogues offrent souvent plusieurs options de réponse, permettant de gagner la confiance de certains interlocuteurs ou de mettre en lumière des contradictions dans leurs témoignages. Cette mécanique renforce l’immersion et donne l’impression de mener un véritable travail journalistique.

C’est pourquoi il faut mentionner immédiatement que le jeu s’adresse principalement aux lectrices et aux lecteurs de science-fiction. Entre les archives mémorielles, les articles de presse et les interviews, on passe beaucoup de temps à consulter des textes pour rassembler les pièces du puzzle. Cette abondance d’informations ne plaira pas aux amateurs d’action, mais elle constitue l’une des forces du jeu en enrichissant considérablement son univers. D’autant que l’écriture est assez bonne, en alternant les phases sérieuses avec des moments de légèreté bien placés. Certains personnages, comme le directeur de La Voix, se distinguent par leur répartie ou leurs remarques ironiques, ce qui rend les conversations agréables à suivre malgré leur longueur. L’expérience bénéficie d’une localisation française complète : les textes profitent d’une traduction soignée, malgré quelques petites fautes d’orthographe, et le doublage sympathique permet d’apprécier les courtes cinématiques.


Sur le plan visuel, Nocturne for Cyl-Hestia adopte une direction artistique volontairement sobre. Les graphismes restent relativement simplistes et ne cherchent pas à impressionner par leur niveau de détail. Ce choix fonctionne dans certaines situations, mais il limite parfois l’impact visuel de l’univers en donnant l’impression d’un manque de personnalité de certains environnements. C’est notamment le cas du quartier des Oubliés, dont les décors finissent par lasser au fil de l’exploration. Quant à la bande-son, c’est probablement l’aspect le plus en retrait du jeu. Des musiques discrètes accompagnent les déplacements, mais peinent à marquer les esprits. Rien de mémorable, et on frôle même le pénible avec un côté répétitif lorsqu’on s’attarde dans une zone. Ceci était une petite confession sans mauvaise foi… nocturne !

Imagine

L’une des idées les plus originales du jeu repose sur son système d’analyse des souvenirs. Le joueur ou la joueuse manipule deux formes de mémoire distinctes. Celle à court terme permet d’examiner les enregistrements mémoriels récoltés au cours des différentes enquêtes afin de les combiner. Si cela fonctionne, ils intègrent alors la mémoire à long terme de Silas. Une fois assemblés comme on le peut dans les cases de notre cerveau, ces fragments donnent un souvenir détaillé, clair et précis. Ces assemblages permettent alors de conclure certaines recherches et de faire avancer le scénario.

Pour décrypter certains souvenirs, la joueuse ou le joueur doit utiliser un outil appelé « reconfigurateur ». Celui-ci permet d’analyser des enregistrements altérés ou incomplets afin d’en extraire des informations exploitables. Concrètement, il suffit de réussir un minijeu consistant à coder des sphères colorées parmi un chemin jonché de pièges. Les erreurs sont tolérées, fort heureusement, car les dernières parties mettent les neurones à rude épreuve.

Autre variété en termes de gameplay, les déplacements de Silas dans les différentes zones de Cyl-Hestia se font en métro ou en hoverscoot. Il s’agit d’un véhicule semblable à une trottinette électrique qui offre un gain de temps non négligeable. En effet, le jeu souffre parfois d’un nombre (trop) important d’allers-retours entre les différents lieux d’enquête. Certaines missions imposent de revisiter plusieurs fois les mêmes secteurs, ce qui rend le tout fastidieux. Oui, parce que fastueux, c’est plus en rapport avec les animaux marins, non ?


Le titre est également marqué par des thématiques fortes liées à la religion, avec le culte de Prométhée, aux limites morales dans les avancées technologiques ou encore aux conditions de travail, avec le cas particulier du personnel des mines. Bref, durant la dizaine d’heures que constitue la durée de vie du jeu, Nocturne for Cyl-Hestia propose un récit de science-fiction cohérent et assez percutant. Les joueuses et les joueurs souhaitant compléter l’ensemble des succès ou trophées devront toutefois envisager une seconde partie, puisque certaines récompenses nécessitent des actions spécifiques à un instant donné. Serait-ce aussi dystopique d’imaginer que tous les jeux puissent, un jour, intégrer des sélections de chapitres ?

Il est possible d’analyser Nocturne for Cyl-Hestia de deux manières. La première consiste à y voir une aventure narrative prenante, particulièrement recommandée aux joueuses et aux joueurs qui apprécient la lecture et savent faire preuve de patience. La seconde réside davantage à valoriser la démarche intellectuelle portée par l’œuvre et qui gagnerait à être adoptée plus largement de nos jours. En invitant à la recherche, à la réflexion et à la compréhension des décisions prises par n’importe quel dirigeant, le jeu esquisse peut-être les contours d’un avenir plus éclairé et donc plus prometteur.

Le titre est disponible depuis le 27 mai 2026 sur PC, Playstation 5 et Xbox Series. Ce test a été réalisé sur une version Xbox Series S grâce à un code fourni par l’éditeur. Jeu classé PEGI 12.

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