Le Livre des Terres Bannies, tome 1 : Malice. Que vaut le premier roman de John Gwynne ?

John Gwynne est aujourd’hui le chef de file du renouveau de la fantasy épique. Il a lancé sa carrière avec Le Livre des Terres Bannies, une tétralogie volumineuse, qui montre fièrement les œuvres littéraires dont il est l’héritier. Ce roman choral nous fait naviguer entre Légende de Gemmel, Le Trône de fer de Martin et Le Seigneur des anneaux de Tolkien (rien que ça). Leha, sa maison d’édition française, en a été si satisfaite que le premier tome a lancé leur collection poche : Majik. En décembre, les quatre tomes de la saga sont sortis en version collector reliée et jaspée.

« Perchée sur une avancée rocheuse, l’antique forteresse [Dun Carreg] dominait toute la baie. Il [Corban] pouvait entendre le rugissement monotone de la mer alors que les vagues s’écrasaient contre les falaises escarpées, des rideaux d’embruns jaillissant des rochers déchiquetés »

in Le Livre des Terres Bannies, tome 1 : Malice, chapitre 1, p.24, John Gwynne, ed. Leha, coll. Majik

Dieux, prophéties et luttes de pouvoir

Elyon, dieu de la Lumière, et Asroth, dieu de l’Autremonde, se sont livrés une guerre fratricide dans laquelle ils ont impliqué les deux peuples vivant sur le monde : les humains et les géants. Alors qu’elles coexistaient en harmonie auparavant, les deux ethnies se sont déchirées et massacrées. Les géants ont fabriqué des artefacts magiques pour vaincre leurs ennemis. Ces derniers s’en sont emparés et tout a été détruit. Des siècles plus tard, les humains se sont installés dans les Terres Bannies, l’ancien territoire des géants. Ceux-ci vivent reclus dans les montagnes ou les forêts sauvages. Pourtant, une vieille prophétie annonce de grands changements, le retour de la Guerre des dieux et l’affrontement de leurs avatars : le Soleil Noir d’Asroth et l’Étoile Vive d’Elyon.

Ce marasme pousse les royaumes humains à tisser des alliances ou à s’affronter, tandis que les géants multiplient leurs attaques et semblent plus audacieux. Les artefacts refont surface, et deviennent une promesse de pouvoir pour les seigneurs les plus ambitieux. La guerre qui se prépare ne laissera personne indemne, ni le Haut roi des Terres Bannies ni la jeune palefrenière, tous et toutes devront choisir leur camp. Entre complots, secrets et magie, le pourront-ils et elles vraiment ?

Un premier roman classique, mais efficace !

Le premier tome est également la toute première publication de l’auteur. Si ses personnages sont nombreux et travaillés, on sent rapidement où vont se trouver les enjeux de la tétralogie. C’est une fantasy épique résolument classique, il ne faut pas s’attendre à une révolution dans la structure ou l’intrigue, qui se dévoile rapidement. Pour autant, des protagonistes tels que Corban et son apprentissage de la vie, Veradis et son amour fraternel pour son prince ambitieux, et Kastell qui lutte entre devoir et envie d’aventure, font du récit un véritable page turner.

Les 800 pages du livre de poche s’avalent d’autant plus vite que les personnages évoluant en arrière-plan arrivent subitement sur le devant de la scène. Cywen, cavalière, confidente de sa princesse et lanceuse de couteaux, prend en quelques chapitres la place de son frère Corban. Fidele, la mère de Nathair, femme du Haut roi des Terres Bannies, dévoile son importance au fil du récit. Une autre femme s’avère être essentielle à l’intrigue, invisible, tirant dans l’ombre les ficelles politiques comme militaires.

Géants et autres merveilles effrayantes

Si vous pensiez que l’ouvrage n’allait être qu’une lutte manichéenne entre géants et humains, détrompez-vous. Le peuple démesuré porte avec lui une sorte d’aura effrayante et mystique. Les humains vivent dans leurs anciennes forteresses, ne soupçonnant pas ce qui s’y cache, tandis que le peuple exilé erre dans les terres sauvages et attaque les humains qui s’approchent trop. Traités au départ comme des créatures farouches et sans âme, ils dévoilent leur profondeur et leur complexité au fil de l’histoire.

On retrouve une opposition chère à Tolkien dans le récit : la nature et la destruction. Si personne ne semble voué à incarner l’un ou l’autre de ces aspects, on a plaisir à suivre la manière dont les personnages se découvrent dans l’un ou l’autre malgré eux. Les monstres liés aux géants contrastent avec les simples chiens et chevaux des humains, pourtant la notion de monstruosité est questionnée par touches subtiles. Comme à son habitude, John Gwynne laisse filtrer ses valeurs dans son texte, rappelant que même la fantasy la plus simple est toujours porteuse d’un message, qu’il ne tient qu’à nous d’identifier.

L’honneur, la politique et la survie

Parler des valeurs de l’auteur est une chose, mais celles de la société qu’il nous décrit en est une autre. En reprenant l’image arthurienne de l’honneur au combat et en s’inspirant des duels judiciaires scandinaves, ainsi que des sociétés du début du Moyen Âge européen, John Gwynne dévoile des royaumes au fonctionnement assez classique. Les femmes ne peuvent pas se battre ni gouverner, la guerre et le combat sont codifiés pour être perçus comme honorables, etc. Tous ces éléments sont là uniquement pour permettre aux différents protagonistes d’être tiraillés entre leur conscience, leurs convictions et leurs traditions.

Le quotidien qui disparaît en temps de guerre, les situations imprévues et parfois impensables, la simple survie, tout cela vient remettre en question ce monde qui semblait jusqu’alors figé. Ce premier tome est résolument celui de la mise en mouvement d’une force brute qui emporte les personnages et les secoue avec la violence d’un raz-de-marée.

Finalement, c’est un premier roman puissant, qui présageait déjà le grand succès que connaît l’auteur aujourd’hui. Les défauts et le classicisme de ce premier livre sont vite gommés par sa plume. On en sort avec l’espoir que la suite soit encore meilleure. Le plus dur est de s’empêcher de lire les trois autres tomes sans s’arrêter.

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