Un désert, un soleil brûlant et l’espoir de vivre comme avant. C’est un postulat de départ commun à de nombreux classiques du post-apocalyptique. Alors, dans ce premier tome de La Trilogie du Dôme, Mathieu Lemaître propose une vision plus humaine, plus proche de nous, que le fantasme punk de Mad Max.
Il nous plonge en 2132, quelque part sur Terre, après un grand cataclysme qui a rendu la planète vulnérable aux brûlures du soleil. Pour survivre, Richard, Sarah et leurs quatre enfants adoptifs ont constitué un village de rescapés autour d’une source d’eau. Autour d’eux, il n’y a que le désert et quelques rares communautés comme la leur. Tout le monde vit en paix, apprenant à cultiver, à chasser et à utiliser les vestiges technologiques du passé. Jusqu’à ce qu’un drame oblige la famille à quitter son oasis paisible. Les six doivent s’enfuir dans le désert en quête d’un nouveau refuge.
« Vu d’en haut, toute la plaine jusqu’au premières grandes montagnes me faisaient face. J’avais donc devant moi la totalité de ce que j’avais connu. Ce petit tout, uniforme tant par ses couleurs qui ne passaient que du jaune à l’ocre, que par ses maigres reliefs s’érigeant timidement, marquait les frontières de mon monde. Derrière les grandes montagnes, tout n’était que suppositions et racontars.»
Jay in La Trilogie du Dôme, tome 1 : Résilience
Du post apo classique avec son lot de surprises
Si le cadre de l’histoire est somme toute très classique pour le genre, les choix narratifs et thématiques faits par l’auteur ont de quoi surprendre. Loin de proposer une histoire de révolution comme Hunger Games ou Divergente, Mathieu Lemaître préfère donner la voix à la jeunesse dans un contexte de survie et de fuite en avant vers l’inconnu.
Pour que l’immersion soit totale dans cette course haletante, la narration est à la première personne et suit alternativement les membres de la famille. Une grande partie du livre est consacrée à Miti, la plus jeune, et à Jay, son grand frère adoptif. Elle, est intelligente et passe son temps à dévorer des livres, les préférant aux humains avec qui elle n’est pas très à l’aise. Lui, pense souvent au monde, à ce qui est arrivé pendant la Chute. Ses terreurs nocturnes témoignent d’un trauma dont il n’a pas de souvenir.
Si la famille semble former une équipe dans laquelle chacun a des qualités qui complètent celles des autres, les personnages sont profonds et leurs liens bien travaillés, assez pour éviter toute sensation de facilité scénaristique. À titre d’exemple, Riley et Kylian sont deux frères jumeaux que tout oppose, le premier est idéaliste et calme, le second est un fonceur qui cultive la simplicité. Riley a une relation privilégiée avec Miti, alors que Kylian est le seul à savoir apaiser les états d’âme de Jay. Pourtant, les terreurs nocturnes de ce dernier ne passent que grâce à Miti. La jeune fille, discrète et solitaire, a du mal à faire profiter de ses connaissances à sa famille, car les autres n’ont pas l’habitude de l’écouter. Quand Richard, le chef de famille avec l’expérience du combat, consulte le groupe, la cadette doit prendre sur elle et élever la voix pour faire valoir son opinion. N’oublions pas Sarah, la voix de la sagesse et la soigneuse de la bande. Si elle n’a pas été médecin avant la Chute, elle a appris dans des livres à reconnaître les plantes et à en faire des remèdes. C’est un maillon central, celle qui unit le groupe et qui garde la connaissance et le savoir de l’ancien monde.
Traverser le désert
Dans ces dunes à perte de vue, la peur de l’autre, le manque de ressources et la menace constante du soleil transforment ce qui aurait pu être d’une vacuité angoissante en un lieu de mystères, où chaque pas peut être le dernier. On découvre des vestiges de villes, des restes de civilisations détruites, et d’autres secrets qui seront au cœur de l’intrigue. Le voyage est un moment essentiel de l’histoire. Il crée des liens entre les personnages, donne du corps à l’environnement dévasté. Étonnamment, les décors sont très variés, une seule chose persiste d’une mer de sable à une forêt humide : la vie y est rare et presque toujours dangereuse.
La survie passe par l’élimination de toute menace. Les autres humains en sont la principale, ils traquent, pillent et tuent pour leur subsistance et celle de leur groupe. Ce désert particulièrement hostile à la vie, est pourtant le vivier de différentes sociétés. Des nomades dirigés par la loi du plus fort, des survivants de l’ancien monde qui perpétuent un souvenir de ce qu’ils ont perdu, des militaires à la hiérarchie stricte et rassurante… L’auteur ne manque pas d’idées, piochant dans tous les poncifs du genre pour proposer un univers riche. On peut regretter un léger manque d’originalité pour certains de ces groupes, mais rien qui perturbe la lecture.
Un page-turner non sans défauts
La grande force de ce premier roman est sans nul doute sa fluidité et son efficacité. Les pages se tournent sans y penser, les personnages, d’une grande diversité et d’une grande originalité, nous captivent, tout comme leur destin qui ne tient qu’à un fil. Ce que nous voyons, dans notre réalité, comme des handicaps, deviennent dans ce texte des atouts et la marque des épreuves traversées. À chaque étape, la délicatesse et l’entraide soudent le groupe. C’est ce contraste entre action haletante et douceur nécessaire qui rend l’ouvrage d’autant plus agréable à lire. Pas de héros, ici, ce sont les dures limites des corps humains – dans toute leur diversité – qui contraignent les actions des personnages. Tout cela donne une sensation de réalisme et nous rapproche encore plus de cette famille recomposée.
On regrettera les quelques fautes qui subsistent, ainsi qu’un manque de relecture éditoriale. Cela reste un bon premier roman postapo, et un livre auto-édité de bonne facture en numérique (nous n’avons pas eu accès à la version papier).
Résilience est un roman très bien construit, le rythme est prenant et les personnages sont attachants. Ce premier tome ouvre la carrière d’un auteur qu’il nous faudra suivre avec attention.