Imaginez que Robert Rodriguez et Quentin Tarentino aient décidé de produire un nouveau film dans le style de leurs productions Grindhouse. On n’y retrouverait ni Dany Trejo ni Rose McGowan, mais Casper Van Dien et David Schofield. L’histoire serait une uchronie dans laquelle le nazisme ne serait pas né en Allemagne, mais en Suisse, et aurait pour victimes, non pas les Juifs, les Tziganes et les Slaves, mais les intolérants au lactose.
Ce film existe bel et bien, ce n’est pas le fruit de deux réalisateurs hollywoodiens amoureux des explosions d’hémoglobine, mais celui de Johannes Hartmann et Sandro Klopfstein, et il se nomme Mad Heidi.
Dictature fromagère
Dans une Suisse dystopique tombée sous le joug d’un tyran maléfique amateur de fromage, Heidi, une jeune femme indépendante, mène une vie simple dans les Alpes aux côtés de son grand-père. Mais lorsque son petit ami est exécuté par la milice du dictateur pour contrebande de fromage de chèvre, la jeune fille innocente se retrouve incarcérée dans un camp de rééducation. Les épreuves qu’elle va affronter vont faire d’elle une combattante redoutable, lancée dans une quête sanglante pour libérer le pays des fascistes « turophiles ».
Swissploitation
Sortie le 8 décembre 2022, cette comédie trash et nanardesque est le premier long-métrage de « Swissploitation », une société de production créée pour l’occasion et qui parodie la Paramount. Le film, qui a été tourné en seulement vingt-sept jours, est le résultat d’un financement participatif ayant permis à ses scénaristes et réalisateurs de lever 2 millions de francs pour le projet.

Derrière la parodie se cache un véritable hommage aux films de série B des années 1960 – 1970, ainsi qu’une volonté assumée de détourner les codes hollywoodiens. Mad Heidi se moque autant de la Suisse et de ses clichés que du cinéma de genre et des dictateurs mégalomanes. On y torture des détennu‧es à coup de fondue brûlante et y organise des combats de gladiatrices boostées aux produits laitiers sur fond de nationalisme exacerbé jusqu’au ridicule. Les reproches à lui faire sont minimes (quelques figurants anachroniques, des scènes de combats parfois un peu fragiles), tandis que la réalisation est soignée et l’humour efficace. En outre, la musique, qui s’inspire autant des arrangements des westerns spaghettis que des sons traditionnels suisses, donne une véritable identité à la production.
Sanglant, gentiment érotique et surtout très drôle, le film profite d’un rythme efficace et se révèle un savoureux divertissement, doté d’acteurs et d’actrices convaincant‧es. La passion sincère qui se dégage de Mad Heidi lui a d’ailleurs permis de remporter plusieurs prix, notamment le Prix du public lors du Vancouver Horror Show et celui de meilleur film du BIFFF (Brussels International Fantastic Film Festival) de Bruxelles.
| Celles et ceux qui ont l’esprit curieux – et néanmoins suffisamment ouvert pour accepter le côté décalé, parfois burlesque, de la production – trouveront dans Mad Heidi un long-métrage truculent, preuve que la Suisse dispose d’une scène artistique qui mérite qu’on s’y intéresse. Les nostalgiques des films d’exploitation trash seront également ravis d’y voir un hommage sincère au genre. |