Reigns: The Witcher, le sorceleur rebat les cartes

À l’origine, Reigns est un jeu sorti en 2016 qui repose sur un principe simple, et pourtant terriblement addictif : en tant que roi désirant rester le plus longtemps possible au pouvoir, votre seule marge de manœuvre consiste à faire des choix. Chaque nouvelle décision à prendre est représentée par une carte, qu’il faudra faire glisser à gauche ou à droite en fonction de son verdict. Les choix sont binaires, parfois cornéliens. Au-dessus du paquet de cartes qui contient les défis sur lesquels il faudra trancher, quatre jauges : le peuple, l’Église, l’armée et les finances. Chaque décision augmente ou diminue ces jauges, qui doivent rester à l’équilibre afin d’éviter un destin tragique (et toujours teinté d’humour noir).

Ce véritable « Tinder médiéval » (puisqu’il consiste essentiellement à « swiper ») a connu un franc succès et s’est donc décliné sous différentes formes, notamment une version Game of Thrones, qui permettait (enfin) de faire monter son personnage préféré sur le trône de fer (ou tout du moins d’essayer). Aujourd’hui, c’est dans les bottes de Geralt de Riv qu’il va falloir tirer les cartes.

La ballade du sorceleur

Reigns: The Witcher diffère quelque peu des précédentes versions du jeu de Nerial édité par Devolver, puisqu’on n’y incarne pas directement le plus célèbre des sorceleurs, mais son ami Jaskier. Les paquets de cartes représentent ici les différentes mésaventures contées par le barde dans ses ballades et, plutôt que d’en faire un roi, il va surtout falloir garder Geralt en vie le plus longtemps possible.

Contrairement au Reigns classique, où ces choix se suffisaient à eux-mêmes, Jaskier tire ici trois « inspirations » au début de chaque aventure, qui seront autant d’épreuves à raconter en faisant les bons choix. Réussir à coller le plus possible au sujet de ces inspirations rendra le public plus heureux et augmentera la réputation du barde. Car toute l’intrigue de Reigns: The Witcher part d’un pari entre ce dernier et Geralt, qui implique que Jaskier deviennent le conteur le plus connu du continent avant l’année suivante !

Plus Jaskier gagne en réputation et plus il débloque de nouvelles inspirations pour ses ballades. Certaines demanderont que le sorceleur parvienne à séduire le plus de personnes (ou créatures) possible dans les Royaumes du nord, qu’il parvienne à gagner le respect des mages ou, parfois, qu’il effectue des missions un peu originales, comme se laisser berner par un truand ou faire sourire une trollesse. Les quatre jauges à maintenir en équilibre représentent cette fois-ci les humains, les créatures magiques, les mages et les monstres.

Celle des monstres offre une nouvelle possibilité de gameplay, puisque lorsqu’elle est pleine, Geralt ne meurt pas mais passe en mode combat. Les cartes sont alors remplacées par un plateau de jeu sur lequel le sorceleur se déplace de gauche à droite, pendant que différentes icônes descendent dans sa direction case par case. La plupart représentent des attaques de monstre, qu’il faudra éviter, d’autres des épées ou des signes, qui permettent au héros de contre-attaquer s’il s’en empare. Le principe est simple, brise agréablement la routine du titre, mais se montre parfois difficile. Il n’est pas rare qu’un simple noyeur signe le trépas du Loup Blanc ! Les victoires permettent de débloquer de nouveaux signes, qui rendent les affrontements suivants un peu plus simples.

L’étoile montante de la Témérie

En dehors des séquences de jeu classiques, durant lesquelles Jaskier déroule son récit, le barde peut parfois choisir devant quel public il va se produire. Les tavernes n’offrent qu’un maigre gain de réputation, mais permettent de débloquer certains bonus, comme la possibilité de changer les trois inspirations de départ, piochées au hasard parmi celles obtenues. Multiplier les représentations offre également de nouvelles inspirations.

Une fois une certaine renommée atteinte, il devient possible de jouer devant des seigneurs où lors d’événements spéciaux. C’est ce public qu’il va falloir séduire pour remporter le pari lancé à Geralt en début de partie. Ici, le gameplay change encore, il ne faut plus faire des choix pour constituer une histoire, mais sélectionner la bonne inspiration et la bonne « fin » pour satisfaire l’auditoire, en se servant des indices glissés dans les dialogues. Les gens veulent une histoire grivoise ? Partons sur « Geralt le récuré », qui implique de séduire des demoiselles dans les ballades classiques ! Ils préfèrent un récit sanglant, pourquoi pas l’enquête sur le mystérieux tueur du thème « Geralt le limier » ? Les erreurs déçoivent l’hôte, qui chasse alors Jaskier de son domaine. Heureusement, les humains ont la mémoire courte, et l’épreuve pourra aisément être retentée plus tard !

Ainsi, de fil en aiguille, la réputation de Jaskier grandit et, avec elle, les inspirations qu’il peut ajouter à son répertoire s’étoffent. Le jeu connaît ainsi d’abord une baisse de difficulté, au fur et à mesure que les joueurs et joueuses reconnaissent les cartes piochées et savent comment y répondre pour tenter de faire durer la chanson du barde le plus longtemps possible. Puis un regain de challenge grâce aux nouveaux défis proposés par ces inspirations, dont certaines s’accompagnent ensuite de pénalités (impossibilité de refuser la demande d’un humain, par exemple). Petit à petit, l’objectif ne sera plus tant de garder Geralt en vie que de lui faire réaliser des actions, toujours plus farfelues, pour les besoins de l’histoire.

Un petit air de Gwent

Fidèle à la licence, le jeu reprend les plus célèbres thèmes musicaux des jeux Witcher classiques, à commencer par ceux des parties de Gwent, qui contribuent à l’ambiance « tavernière » du titre. Il faut dire que les deux univers étaient faits pour se rencontrer, l’humour tantôt potache, tantôt grinçant de The Witcher se mariant parfaitement avec celui de Reigns. La fin (souvent mortelle, mais pas toujours) en devient ainsi presque attendue tant elle s’avère drôle. D’ailleurs, si la licence de Devolver conserve son aspect graphique – qui se marie très bien avec tous les univers – elle offre quelques unes de ses meilleures compositions visuelles dans ce crossover.

Il faut également souligner la très bonne version française, qui rend à Jaskier toute sa verve et son bagout. Les joueurs et joueuses les plus motivés (où les plus chanceux et chanceuses) en profiteront pendant au moins une bonne vingtaine d’heures, bien que le jeu puisse se montrer bien plus long pour celles et ceux qui désirent exploiter toutes ses possibilités et surtout découvrir sa vraie fin.

Reigns: The Witcher réussi à combiner sa formule addictive avec l’univers du sorceleur le plus connu de Kaedwen au Nilfgaard ! Les fans de la formule d’origine y verront un bon moyen de renouveler leur intérêt pour le jeu, tandis que les nouveaux venus trouveront vite leurs marques. Une excellente manière de passer le temps en attendant The Witcher 4.

S’inscrire à notre newsletter mensuelle :

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑