Réaliser l’adaptation d’un roman est un sacré défi, d’autant plus quand il s’agit d’une œuvre plébiscitée telle que La Quête d’Ewilan. Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de lire ces romans de fantasy jeunesse, voici en quelques mots de quoi il s’agit.
Camille, enfant adoptée par le riche couple Duciel, vit à Arles. Sa petite vie de collégienne est morne, alors elle s’en échappe en dessinant et en passant du temps avec son ami Salim. Un jour, sans comprendre comment, elle est transportée dans une forêt étrange et traquée par un monstre ressemblant à une mante religieuse géante. Entre les deux mondes, elle va partir à la recherche de ses origines, épaulée par Salim et d’autres personnes qui croiseront le chemin des deux adolescents. Camille comprend qu’elle peut voyager d’un monde à l’autre grâce au Dessin, une magie rare qui fait reposer le destin des deux mondes entre ses mains.
Adapter et actualiser
Des romans datant des années 2000, avec les références et les codes de la jeunesse de cette époque, voilà qui avait besoin d’une bonne actualisation afin de parler aux adolescent‧es de 2026. Le passage par l’image permet à l’équipe d’Andarta Studio de s’adresser plus directement à ces derniers et dernières. Les ordinateurs, les smartphones, les codes vestimentaires, tout est modernisé. Pourtant, rien ne choque. Cela sert même le récit et les contraintes de format d’une série d’animation. L’omniprésence des téléphones et des ordinateurs permet de ramener une longue scène de recherche d’information dans le roman, à quelques clics de Camille et Salim dans la série par exemple.
D’autre part, la série prend son temps. Une saison de huit épisodes pour un tome, c’est à la fois assez long pour donner toute la profondeur nécessaire aux personnages et à l’univers, et bien assez court pour garder un rythme qui accroche l’audience. Un bon équilibre et des choix pertinents dans les passages retravaillés, l’idéal pour explorer cet univers.
Le Dessin, représenter la magie
Comment mettre en image l’imagination, ce lieu étrange et informe dans lequel les dessinateurs et dessinatrices se plongent pour faire appel à leur don magique ? La solution trouvée est plutôt étonnante. Sans en dire trop, le médium du dessin animé, utilisé pour cette série, a permis de prolonger la mise en abîme que Pierre Bottero propose dans ses livres. L’art comme pouvoir dans une œuvre d’art devient ici une mise en abyme. Le passage dans l’imagination est une sortie du dessin animé pour rentrer dans un autre, avec un nouveau style et ses propres codes.
La présence du carnet à dessin de Camille est un rappel constant de ce parallèle fait entre le dessin comme art et le dessin comme magie. C’est particulièrement agréable de voir que l’adaptation respecte autant l’univers et l’histoire que ses messages de fond.
Un dessin animé de grande qualité
Faire cette série, c’est faire honneur au texte et à son propos sur l’art pictural. Pour cela, Andarta Studio a réalisé un travail admirable, à l’aide d’un rendu en 2D, de couleurs chatoyantes et d’une action maîtrisée. Si certains passages semblent saccadés, l’ensemble est très agréable. La lisibilité et la cohérence de l’univers sont bien équilibrées, les plans sont efficaces et immersifs, de quoi nous plonger pleinement dans l’univers.
Gwendalavir est chatoyant, les décors et les créatures sont beaux, l’ensemble est aussi cohérent que le matériau original. Les marcheurs, les Ts’liches et autres monstres sont bien différents de ceux représentés sur les couvertures des premières éditions, mais les propositions faites ici sont tout aussi appréciables et moins effrayantes.
Quelques regrets
Volontairement diluée et masquée, la violence est pourtant bien présente dans les livres de Bottero. Ici, on épargne au jeune public toute vision sanglante ou morbide. Sans vouloir que cette œuvre de jeunesse ne verse dans la dark fantasy, on peut regretter l’absence de réflexion sur la mort et l’acte qui y conduit. Cet élément est pourtant bien présent dans le texte original, Edwin faisant tout pour cacher les cadavres de pillards aux yeux de Salim, par exemple. Cependant, la représentation graphique pouvant être plus choquante que celle à l’écrit, on peut comprendre aisément une telle décision. (Merci à Marine « Une hobbit et ses livres » pour cette réflexion)
On peut également regretter la faible présence de la voix qui appelle Camille et qui est au centre de l’intrigue de la trilogie. Elle n’apparaît qu’une fois et reste accessoire dans la série, son absence n’aurait rien changé au déroulé de cette adaptation. La pertinence de ce choix ne se mesurera qu’au travers de la prochaine saison.
| Le défi a été relevé haut la main par l’équipe d’Andarta Studio. Ils et elles ont fait montre d’une bonne dose d’Imagination et d’un don particulier pour le Dessin, essentiel pour réussir ce Grand pas sur le côté. Une belle adaptation d’une œuvre incontournable de la littérature de jeunesse francophone. |