L’Île de Noirebraise de Brandon Sanderson : perdus en Shadesmar !

Le dernier roman du Cosmère nous propulse directement dans le futur spatial de cet univers étendu. Il s’agit du cinquième projet secret : L’Île de Noirebraise, sans doute l’ouvrage le plus étroitement connecté à cet univers étendu. Brandon Sanderson reprend une nouvelle des débuts du Cosmère, Sixième du crépuscule, l’enrichi d’une intrigue plus ample, tout en y ajoutant une seconde histoire qui tisse des liens inédits avec plusieurs autres œuvres de l’auteur. C’est avec ce livre que l’on mesure pleinement la maturité de l’univers imaginé par l’auteur : disposer d’une matière suffisamment riche pour offrir une grande densité narrative et de références, tout en restant assez ouvert pour proposer un roman pouvant aussi servir de porte d’entrée vers le Cosmère.

Nous vous prévenons tout de suite : le résumé d’appel de l’édition française est assez succinct, mais cela a aussi l’avantage de ne pas dévoiler une grande partie de l’intrigue, dont la richesse se révèle particulièrement fascinante à l’échelle du Cosmère.

« Quelle importance que le Cosmère soit aussi grand ? L’océan aussi était grand, et Crépuscule n’arrivait déjà pas à en saisir la taille »

La vague déferlante du progrès (Résumé d’appel du roman)

Un roman d’aventures qui vous fera voyager sur les mers et dans les étoiles du futur lointain du Cosmère.

Trappeur des îles du Panthéon, Crépuscule est toujours accompagné de ses deux Aviares, des oiseaux aux pouvoirs magiques avec lesquels son peuple est capable de tisser des Liens. Afin de résister à Ceux-d’en-haut, des envahisseurs venus des étoiles qui souhaitent exploiter les Aviares, il exhorte ses semblables, les Eelakin, à réagir, mais cela semble déjà trop tard.

Aussi, lorsqu’il découvre par hasard un portail vers Shadesmar, le Royaume cognitif qui relie tout le Cosmère, il décide de s’y aventurer afin de trouver, il l’espère, le salut de son peuple…

Brandon Sanderson retrouve le protagoniste de sa novella Sixième du crépuscule et nous offre un roman d’aventures palpitant se déroulant dans le futur lointain du Cosmère, où se mêlent légendes et traditions, magie et technologie, peuple autochtone et superpuissances galactiques.

« Elle lui sourit, prit une longue inspiration, puis activa l’ouverture de la porte – derrière laquelle attendait un groupe de fascistes lourdement armés. »

Un roman de l’ère spatiale du Cosmère

Toutes les histoires de fantasy doivent-elles nécessairement évoluer vers une ambiance de science-fiction ? Le voyage spatial constitue-t-il un aboutissement narratif incontournable ? Sûrement pas, mais c’est clairement la direction que Brandon Sanderson a choisie pour son univers étendu du Cosmère.

Avec les trois autres romans des projets secrets (Tress de la mer Émeraude, Yumi et le peintre de cauchemars, L’Ensoleillé), cet univers est déjà entré dans l’ère du voyage spatial, une période de modernité/progrès que certains protagonistes du récit qualifient d’ailleurs avec méfiance. Dans ce roman, l’auteur fait le choix de révéler le futur lointain de son Cosmère, au risque de divulgâcher certains éléments des intrigues de Fils-des-Brumes (principalement), ainsi que des Archives de Roshar.

Il existe effectivement quelques spoilers, mais ils restent suffisamment mesurés pour ne pas nuire à la lecture des autres sagas. Surtout, ils s’intègrent pleinement à l’intrigue et participent à la construction globale de l’histoire.

L’ère spatiale du Cosmère se caractérise par une lutte entre superpuissances galactiques et une véritable course aux ressources magiques : l’Investiture, les verticales, l’éther, mais aussi par la colonisation et une quête de profit à court terme. Dans ce contexte d’expansion, l’espace sidéral n’est cependant pas l’unique voie de circulation. Il existe également Shadesmar, le Royaume cognitif, qui permet de réduire des distances de plusieurs années-lumière à seulement quelques milliers de kilomètres, transformant profondément les dynamiques de voyage et de prédation.

Ce roman a donc l’avantage de nous offrir un véritable aperçu du futur de l’univers étendu, un futur qui est, en réalité, déjà en train de devenir notre présent. Cette démarche s’inscrit parfaitement dans l’esprit d’architecte de Brandon Sanderson, que l’on sait attaché à planifier son univers depuis de nombreuses années. En proposant une vision anticipée, l’auteur se donne ainsi un horizon narratif avec lequel il pourra jouer, quitte à mieux nous dérouter dans les romans à venir. Nous pensons forcément à la troisième ère de Fils-des-Brumes, qui promet d’être particulièrement fascinante à découvrir après toutes les révélations apportées dans L’Île de Noirebraise.

« Le progrès ne vaut pas le sang de mon peuple. »

L’anticolonialisme selon Brandon Sanderson

Ce n’est pas la première fois que Brandon Sanderson explore, à travers la fiction, des thématiques liées à l’anticolonialisme. On pense notamment à son cycle des Archives de Roshar, où l’un des axes majeurs du récit concerne les effets de la colonisation sur le long terme.

L’anticolonialisme selon Brandon Sanderson mêle plusieurs dimensions : la résistance face à l’invasion, la volonté d’indépendance, mais aussi une forme de fatalité devant ce que l’auteur présente comme la vague déferlante du progrès. C’est d’ailleurs sur ce point que se situe notre principal regret, même si le récit n’en pâtit pas et que le message du roman demeure parfaitement clair.

Brandon Sanderson a choisi de situer le monde de Première du Soleil dans une ambiance d’inspiration hawaïenne et polynésienne, avec tous les raccourcis culturels et coloniaux que cela peut impliquer. Soucieux d’éviter toute appropriation culturelle et de s’éloigner du mythe du  « bon sauvage », il imprègne certains de ses personnages des valeurs qu’il souhaite transmettre, tout en reconnaissant explicitement ses sources d’inspiration.

L’auteur cite notamment l’histoire de Kamehameha Ier et l’unification des îles hawaïennes : «J’adore la culture hawaïenne et polynésienne, et c’est en lisant des histoires sur Kamehameha et l’unification des îles que je me suis dit : “Ah, il faut absolument que j’utilise ça un jour.” Il a fallu attendre des années avant que je puisse m’en servir, mais j’ai fini par trouver l’occasion de le faire.» (Traduction des Mille Mondes, d’après le site web de l’auteur.)

« Ils nous ont déjà conquis. »

Perdus en Shadesmar

Jamais un roman du Cosmère ne nous avait autant émerveillés par la profondeur et le détail des mystères de Shadesmar. En lisant ce livre, vous aurez envie d’en découvrir davantage et de vivre encore plus d’aventures dans ce Shadesmar peuplé d’un Noirebraise innavigable, de balises investies et d’entités thrénodites. Mais nous en avons déjà trop dit.

Avec une narration organisée en quatre livres, autrement dit quatre grands chapitres, quelques lenteurs se font sentir, notamment dans le premier et le troisième. Cela ne gêne en rien la lecture. Il suffit de prendre son temps et de savourer la richesse du Cosmère, un univers qui ne cesse de se dilater, à l’image de Shadesmar.

« Ou… Noirebraise, ainsi que les gens appelaient parfois cet immense vide – le terme rosharien qui désignait les zones inexplorées de Shadesmar.»

Vingt ans après la naissance du Cosmère avec la publication d’Elantris, il aurait été difficile d’imaginer un univers aussi vaste et riche que celui déployé aujourd’hui dans L’Île de Noirebraise. Véritable roman tourné vers le futur du Cosmère, Brandon Sanderson nous entraîne dans une plongée inédite en Shadesmar. Unique à l’échelle de la saga, anticolonial dans son propos, l’ouvrage regorge de références à de nombreuses autres œuvres du Cosmère et propose une intrigue d’inspiration hawaïenne et polynésienne, tout en développant une nouvelle publiée plusieurs années auparavant. À l’image de Shadesmar, qui semble sans cesse éloigner les planètes les unes des autres, chaque nouveau livre du Cosmère repousse l’horizon de la conclusion, et c’est tant mieux.

Merci au Livre de Poche pour ce beau service presse !

Pour aller plus loin

Une traduction de Sébastien Guillot

Sébastien Guillot n’est pas un inconnu pour les lecteurs du Cosmère : il a déjà signé la traduction de Tress de la mer Émeraude, une autre excellente histoire de cet univers étendu. Nous lui devons également la nouvelle traduction de Blade Runner de Philip K. Dick.

Les illustrations d’Esther Hi’ilani Candari

L’Île de Noirebraise contient également de superbes illustrations de l’artiste multidisciplinaire Esther Hi’ilani Candari. Son travail explore des thèmes tels que l’identité multiraciale, le genre et le regard féminin dans un contexte religieux, ainsi que les liens entre l’écologie, la culture et le sentiment d’appartenance à un lieu. Une grande partie de son œuvre s’inspire de son expérience personnelle, puisqu’elle a grandi à Hawai’i au sein d’un foyer asiatique-américain métissé. (Traduction des Mille Mondes à partir du site personnel de l’artiste.)

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