Le sport et l’animation japonaise, c’est une histoire d’amour qui ne semble jamais se finir. De Haikyu à Slam Dunk et du Sommet des dieux à Blue Lock, on pourrait croire que chaque sport semble avoir été traité sous des prismes différents.
La course à pied était pourtant encore dénuée d’adaptation digne de ce nom, si ce n’est peut-être avec Run With The Wind. C’est avec un plaisir double que l’annonce d’une adaptation en film du manga 100 Meters a été accueilli : double, car le manga est écrit par le mangaka derrière Du Mouvement de la Terre, et car le réalisateur n’est autre que Kenji Iwaisawa, l’homme derrière le très bon film On Gaku.
Deux bonnes raisons de s’enthousiasmer au sujet de ce projet lors de son annonce, mais qu’en fut-il une fois devant l’écran ?

L’histoire
Togashi est né pour courir. Enfant, il est naturellement doué et remporte toutes les courses de 100 mètres sans effort. En 6e, il rencontre Komiya, un nouvel élève plein de détermination, mais qui manque de technique. En lui enseignant la sienne, Togashi donne à Komiya un nouveau but : gagner quoi qu’il en coûte. Les années passent, Togashi et Komiya se rencontrent à nouveau sur la piste, comme des rivaux, et se révèlent sous leur vrai jour.
La rotoscopie dans 100 Meters
Au détour des bande-annonces, il s’est révélé que la technique d’animation utilisée sur 100 Meters était la rotoscopie. Méthode mal aimée dans l’industrie, qui nous ramène à l’horrible film d’animation Seigneur des anneaux, elle trouve pourtant toute sa légitimité avec ce film.
En effet, quel choix technique plus évident que celui-ci, pour capturer toute l’énergie brute du corps humain en mouvement ? Chaque séquence de course est, dans 100 Meters, d’une beauté simple, mais époustouflante. La réalisation, jouant avec les prises de vues et allant même jusqu’à conserver un effet de caméra à l’épaule, donne corps et âme à cette course à bout de souffle entre des prodiges de l’athlétisme que tout oppose et réunit à la fois. Opposés par leur caractère, mais réunis par ces 100 m de terrain, mangés à la vitesse de l’éclair, dans lesquels se concentrent leurs rêves et leurs ambitions. Une autre séquence phare, qui allie technique et choix de mise en scène marquant, c’est bel et bien celle de ce 100 m sous une pluie diluvienne, où le destin d’un des coureur prend un tournant inattendu, et qui est sublimée par une tension maîtrisée.

100 mètres, c’est toute une vie
Mais la rotoscopie ne se révèle pas seulement pratique pour donner de l’énergie et de la fougue à des scènes de course, elle offre aux séquences de dialogues une plénitude tout autre, à laquelle l’animation nous habitue rarement. Il n’y a qu’à voir certaines scènes fortement émotionnelles pour comprendre à quel point cette technique est ici à sa place. Côté histoire, 100 Meters rejoint sur bien des aspects l’un de ses aîné du genre qu’est Le Sommet des dieux, en cherchant à amener une réflexion sur le pourquoi du sport, mais surtout, le pourquoi de la performance. Que ressent-on, une fois devenu le meilleur, sans adversaires ? À quel moment doit-on s’arrêter ? Et peut-on vraiment s’arrêter ?
Des personnages, on n’en saura finalement peu, tant ils n’existent qu’à travers la course et ne semblent vivre que pour ça. C’est un travers d’écriture assez courant dans les récits sportifs, qui n’est ici pas dérangeant, tant ceux-ci semblent n’avoir volontairement aucune autre vie en dehors des circuits. C’est ce qui les rend, finalement, si captivants à suivre. Ils incarnent une humanité autre, dévouée à leur pratique corps et âme, jusqu’au bout.
| 100 meters est un bol d’air qui fait un bien fou, et qui, même s’il ne réinvente pas la manière de narrer le récit sportif, offre une animation léchée et des personnages marquants. À sa façon, il laisse sa trace dans l’animation japonaise, et on le regarde faire avec plaisir. |
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