Kariba : entre colonialisme, écologie et magie

Édifié entre 1955 et 1959, le barrage de Kariba est situé dans les gorges du bassin du fleuve Zambèze, à la frontière entre la Zambie et le Zimbabwe. Sujet de nombreuses controverses, notamment à cause des conséquences de son édification sur la population locale et l’environnement, son chantier devient ici le cadre d’une histoire fantastique et magique, qui mêle contrebande, divinité de la nature et amitié.

L’esprit de Kariba

Depuis que le père adoptif de Siku est parti travailler – comme presque toute la population locale – sur le chantier du barrage de Kariba, celle-ci est sans nouvelle. Déterminée à le retrouver, elle s’engage sur le fleuve aux côtés d’Amadeo, le fils de l’ingénieure en cheffe du projet, qui désire lui aussi rejoindre sa mère à Kariba. Néanmoins, Siku n’est pas une fille ordinaire. Elle semble avoir un étrange pouvoir sur le fleuve, ce qui fait d’elle la source de nombreuses convoitises, à commencer par celle de dangereux pirates, mais également du directeur du barrage, qui espère que la jeune fille pourra calmer l’esprit du fleuve qui semble empêcher les travaux d’avancer.

Une ode à la nature

Les frères Clarke, à l’origine de cet album, le disent d’entrée de jeu : leur récit n’a pas vocation à respecter l’historicité de la création du barrage, mais s’en sert comme base de leur fiction. Néanmoins, Kariba est bien une ode à la nature sauvage et libre face à un capitalisme destructeur (et à l’industrialisation qui l’accompagne). Si son propos est nuancé par le personnage de Lia, l’ingénieure en cheffe, qui bien qu’impliquée dans la construction tente de prendre en compte les vies humaines qu’elle impacte, la BD ne nie pas le manque de concertation des populations locales dans le projet.

Si le récit ne prend pas de risque d’un point de vue politique, il porte un vrai message écologique. L’album à d’ailleurs été en partie conçu par le collectif Blue Forest, qui travaille à restaurer la mangrove dans les régions fluviales d’Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Il faut dire que le style des deux artistes sublime la forêt, les berges et les nombreux animaux qui peuplent Kariba. En dessinant leurs décors à part de leurs personnages, ce qui leur donne un joli effet peint, Daniel et James Clarke renforcent cette sensation que l’humain est minuscule face à la puissance de la nature.

De leur côté, Siku et Amedeo forment un duo attachant et agréablement éloigné des clichés. Les personnages secondaires, contrebandiers au grand cœur, vieille sorcière, promoteur véreux, mystérieux ermite… donnent une saveur digne d’Indiana Jones à l’épopée des deux jeunes gens. Si l’intrigue est parfois un peu convenue, elle n’en garde pas moins cette aura épique caractéristique à toute bonne aventure.

En un seul tome, Kariba propose une aventure aux couleurs magnifiques et pleine de rebondissements, dans laquelle les frères Clarke ont mis toute leur passion et leur talent. Si elle met avant tout l’accent sur le fantastique et qu’elle reprend à son compte la légende de Nyami Nyami, l’histoire est surtout une belle ode à l’amitié, à la nature et à l’espoir.

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