Premier réel ouvrage de Gustave Auguste, originellement autoédité et désormais disponible au sein de sa propre maison d’édition, Les Mondes flottants, Errabundus est un très court roman illustré. Son système de chapitrage étrange remet sur la table l’importance de la création d’un univers visuel et empirique pour former les fondations d’un monde cryptique et pourtant accessible pour la jeunesse.
Une étrangeté de roman
Frappé par une étrange malédiction, le roi Lazare s’est vu devenir une créature hybride : ses mains se sont transformées en ailes étranges et difformes. Il se met alors en quête de rejoindre le royaume des Cieux afin de redevenir normal et retrouver Diane, son premier amour, qui prie pour sa rédemption. Mais c’est sans compter sur Enzo, figure emblématique de la vie des deux jeunes personnages, qui va avoir la clé de toute cette histoire entre ses mains.
Lorsque l’errance psychique devient malédiction
Errabundus est un terme qui provient du latin, un dérivé du verbe « erro», et qui signifie un statut d’errance, une perdition, ou encore un état de l’entre-deux. Il s’agit d’un titre particulièrement bien choisi pour parler de la substance de cette petite histoire. À travers un triangle rapproché de personnages adolescents, mais aussi grâce au prisme de la fantasy incorporée à la réalité – tel un filtre –, Gustave Auguste ose aborder des sujets sensibles et qui ne sont pas souvent accordés dans les œuvres jeunesses. Cela concerne l’acceptation de soi à travers le prisme social, le deuil, la reconstruction, le mal-être psychique, les violences sexuelles ainsi que la difficulté de parler de la sexualité dans une société qui en a peur. Lorsque le malheur psychologique entraîne des séquelles physiques qui ne sont pas du ressort de Lazare, le récit prend une tournure tragique inattendue et pourtant sous-entendue depuis le commencement. Une évolution très intéressante à lire, même si elle vient chambouler avec justesse toutes les fondations narratives et scénaristiques suivies depuis les premiers chapitres. Autant de thématiques abordées en si peu de pages, c’est honorable, mais il est dommage de voir que la plupart sont assez survolées à cause de la construction du roman.
Une formation tordue
Sorte d’introduction à son roman postérieur, La Chute d’Anthémisa, Errabundus est la première œuvre de son auteur, et il est possible de sentir, à travers les pages et (très) multiples illustrations disposées en fin d’ouvrage, les nombreuses années de réflexion autour de cet univers. Il y a, dans ce court roman, une ambiance toute particulière qui semble presque impossible à comprendre à la première lecture. Et pour cause, l’avant-dernier chapitre apporte une révélation quasiment finale, qui remet en question l’intégralité de l’histoire lue jusque-là. L’apparition de ce fait – qui est ce que l’on pourrait appeler un véritable retournement de situation – rend l’histoire bien plus nette et palpable, contrairement à un début de lecture compliqué.
L’une des spécificités de ce court roman est sa conception narrative particulière : de très courts chapitres qui s’enchaînent, avec une alternance de points de vue qui ne prennent pas place dans le même univers. C’est une découverte assez singulière, mais qui, parfois, fait le charme de cette petite œuvre. Malgré la légèreté que permet ce court rebond entre Diane et Lazare, il faut préciser qu’il apporte également de nombreux questionnements concernant la substance du double univers que tente de dépeindre l’auteur. À la fois ancré dans un monde très proche du nôtre (si ce n’est le nôtre), mais aussi dans une fantaisie certaine, le roman de Gustave Auguste navigue entre les points de vue en oubliant le lecteur sur la rive qu’il vient à peine de quitter.
| Gustave Auguste signe, avec son Errabundus, un ouvrage fantastique expérimental et résultat d’un fantasme réussi, mais bien trop liminaire. Les points de vue s’enchaînent dans un univers incohérent (bien que poétique, une tragédie adolescente) et non approfondi, jusqu’à la révélation finale trop tardive qui mélange les dés une nouvelle fois alors que le titre atteint ses dernières pages. |
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