Troisième tome du Cycle de Pandore, mais pouvant être lu indépendamment, La Valse des âmes s’inscrit entre fantasy et fantastique. Paru en format poche en octobre 2025, ce nouveau roman de Bernard Werber revient sur un thème qu’il affectionne : revisiter ses vies antérieures pour mieux comprendre sa place dans la vie présente, retrouver qui l’on est et renouer, parfois, avec des âmes croisées dans d’autres existences.
« Toute connaissance, si lumineuse soit-elle, peut être détournée et récupérée par les jaloux et les haineux dans le but de produire l’exact contraire de ce pour quoi elle a été créée… »
L’histoire
Une bibliothèque qui brûle, une guerre civile qui s’annonce et une date clé, vendredi 13 octobre, où le monde pourrait basculer dans le chaos : Melissa Toledano a entraperçu ce futur pendant ses voyages intérieurs, une pratique de l’hypnose qui lui permet de voyager dans le temps. Rongée par une maladie du cœur, elle ne peut que transmettre sa vision à sa fille Eugénie.
Les forces de l’obscurantisme tentent de se regrouper depuis la nuit des temps pour commettre l’irréparable. Pour les contrer avant qu’elles n’y parviennent, Eugénie va devoir apprendre à pratiquer les voyages intérieurs comme sa mère, afin de rassembler les cinq âmes qui composent la main lumière. Mais sa mission ne pourra être accomplie qu’à la condition qu’elle retrouve également son âme sœur. Car la lumière et l’amour sont les seules armes qui peuvent empêcher la main de l’ombre de se reformer.
De la préhistoire à nos jours, en passant par l’Égypte des pharaons et la Grèce Antique, Eugénie va traverser le temps et l’histoire pour comprendre comment les civilisations avant elle sont parvenues à empêcher la progression de ces âmes sombres.
Des personnages ironiquement sans âme
Très vite, il apparaît évident que le point fort de La Valse des âmes n’est pas ses personnages. Eugénie en est l’exemple le plus flagrant, notamment car elle est le personnage principal. Sa vision du monde universitaire ressemble à un assemblage de clichés, ce qui trahit un regard extérieur de l’auteur trop peu renseigné. Les autres protagonistes ne s’en sortent pas mieux : leurs paroles et leurs actions semblent servir uniquement le projet de l’auteur, sans cohérence interne. Ils ne sont là que pour permettre à Bernard Werber d’expliciter son message en utilisant le thème de l’exploration des vies antérieures.
Cette faiblesse fragilise la confiance du lecteur et attise sa méfiance. Quand les personnages sonnent faux, tout ce qui les entoure devient suspect. Les passages censés être historiques perdent toute crédibilité, qu’ils soient exacts ou non. Le problème est accentué par l’absence totale de différenciation linguistique entre les protagonistes modernes et préhistoriques ou antiques : même ton, même recul sur le monde, même vocabulaire. Rien ne reflète leur contexte ou leurs connaissances supposées. Le résultat sort constamment le lecteur du récit et empêche les personnages de devenir crédibles.
Une écriture plate
Le point fort de ce roman ne se trouve pas non plus dans l’écriture. On aurait pu attendre d’un auteur avec plus d’une dizaine de romans à son actif qu’il ait un vrai style littéraire, mais n’importe qui se lançant dans son premier roman pourrait écrire de la même façon. Certains éléments scientifiques sont incorrects ou mal formulés, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle (encore un exemple du trop peu de recherches effectuées par l’auteur), rendant l’ensemble imprécis ou franchement inexact. Sur le plan historique, on sent pourtant que Werber a enquêté, mais ces efforts ne suffisent pas à équilibrer les faiblesses du texte.
Le roman est aussi saturé d’opinions politiques et sociétales. Bien que le message porté par le récit concerne la paix entre les humains, l’auteur martèle ses convictions à presque chaque page, au point de créer une impression de propagande, indépendamment du fait qu’on les partage ou non. Cette omniprésence brouille la frontière entre fiction et message. Au début du récit, lorsque nous ne connaissons pas encore le dénouement, elle entraîne même un malaise : par moments, on se demande si le livre ne glisse pas vers une forme d’apologie involontaire des sectes ou de certaines idéologies. Cela encombre l’histoire et détourne l’attention de ce qui devrait en être le cœur.
Quelques idées qui sauvent l’histoire
L’intrigue en elle-même manque de tension et de véritable obstacle. Tout avance de façon linéaire, comme si rien ne pouvait réellement freiner le parcours des personnages. La structuration en jour des chapitres (Jour -3 avant…, Jour -2 avant…, etc.) renforce cette linéarité. La relation entre Eugénie et Nicolas illustre également ce manque de nuance : ils sont présentés comme un couple fiancé après quelques mois seulement, alors que leurs valeurs sont opposées et que Nicolas lui manque visiblement de respect.
L’intérêt du livre repose surtout sur la curiosité du lecteur à découvrir les différentes vies du passé, explorer des époques variées, ou encore retrouver des allusions aux univers déjà construits par Werber. Le message final est clair et positif : l’histoire façonne les individus, aide à éviter les erreurs et encourage chacun à œuvrer pour un monde plus conscient et plus pacifique.
En résumé, La Valse des âmes n’est pas un roman marquant. Il accumule trop d’approximations pour convaincre. Pris comme un simple divertissement porté par quelques anecdotes historiques bien trouvées et une morale optimiste, il peut éventuellement satisfaire un lecteur peu exigeant, curieux de revisiter une thématique déjà familière chez l’auteur.