Le Dieu vampire, Jean-Christophe Chaumette

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.


Grâce à ce roman paru en 2010 chez l’Éditeur, vous pourrez redécouvrir l’imaginaire sombre et dérangeant de Jean-Christophe Chaumette, figure incontournable de la littérature fantastique.

« Ils aiment le Mal, ils aiment la souffrance et la mort… »

Une histoire menaçante

Le Dieu vampire nous entraîne dans un récit où se mêlent histoire sanglante et fantaisie vampirique, agrémentées d’une bonne dose de science-fiction. À travers un récit polyphonique, les destins des personnages s’entrecroisent et se réunissent autour d’un même foyer maléfique : l’Ordre du Dragon, secte sanguinaire bien décidée à retrouver et à étendre sa puissance d’antan. Sophie Hoang, brillante vétérinaire dont les recherches explorent les mystères du contrôle cérébral, participe aux fouilles archéologiques du tombeau de Gengis Khan. Cette dernière ignore encore qu’elle s’apprête à révéler des secrets qui la dépassent. La résurgence du Mal est proche et la frontière entre le vivant et l’innommable s’efface peu à peu pour laisser place à l’horreur.

Le Dieu vampire : des buveurs de sang terriblement humains ?

Ce livre revisite délicieusement le mythe du vampire que l’on connaît déjà si bien. Il se rattache aux lieux communs vampiriques pour mieux les détourner et nous emmène dans une intrigue régulièrement ponctuée de découvertes qui poussent à parcourir les pages de plus en plus vite. Ici, le surnaturel devient une fenêtre ouverte pour s’engouffrer dans les parties les plus sombres de l’âme humaine.

Le début de ce roman fantastique est intrigant et la lente découverte des personnages et de leur implication nous fait trépigner d’impatience. Il faut quelque peu s’accrocher, faire confiance à l’auteur et le laisser nous mener vers les plus intenses délectations de lecture. Le crescendo des rebondissements nous tient en haleine et, à mesure que l’on pénètre dans ce récit plus qu’horrifiant, il devient impossible de s’arrêter avant d’avoir dévoré la dernière page.

Âmes sensibles s’abstenir : le livre explore les confins du mal et de l’horreur mais sans jamais tomber dans l’obscénité du gore. Les ekphrasis répétées donnent à voir des scènes difficiles à imaginer sans cette plume acérée et sans détour. L’auteur joue sans peine avec la frontière du soutenable, comme pour mettre à l’épreuve ses lectrices et ses lecteurs. La clé de la compréhension du Dieu vampire – et peut-être celle de l’univers – se cache dans des contrées maléfiques encore inexplorées pour la plupart d’entre nous. Chaumette installe ainsi un malaise diffus qui, à l’instar des personnages de ce roman, nous pousse à déchiffrer chaque énigme de ce texte.

L’auteur nous fait renoncer à tout ce que nous pensions connaître de cet univers pour nous mener dans son propre monde, peuplé de créatures assoiffées de sang et bien plus terrifiantes que les légendaires buveurs d’O négatif : les humains. Parfait pour les amateurs de science-fiction qui aimeraient découvrir le fantastique en douceur, ce livre nous plonge au cœur d’un complot où la science se mêle au folklore le plus inquiétant. Contrôle neuronal à distance, parasitage et barbarie : l’ouvrage ravira les cœurs – à défaut de les transpercer d’un pieu.

Certes, Sophie Hoang colle à tous les clichés de la femme fatale qui ne cherche pas à l’être. Mais elle est essentielle afin d’illustrer les désirs humains dans leur plus grande violence. À travers elle, on explore les pulsions les plus intenses et sauvages, dans lesquelles Éros se mêle indubitablement à Thanatos, dans une danse toujours plus macabre.

Pourquoi lire Le Dieu vampire ? Pour se plonger dans un récit qui fait douter de tout et ouvre les portes de l’esprit vers les horizons les plus inquiétants. Le roman se promène habilement dans l’histoire pour créer sa propre légende du Mal. Il mêle passé et présent, personnages historiques et fictifs, croyances ancestrales et problèmes contemporains. Il nous rappelle ainsi ce qui a été, est et sera toujours : la souffrance qui plane, telle une ombre de sang, sur l’espèce humaine. Alors, péché commis par Ève ou simple nature bestiale, l’homme peut voir en ce livre le miroir de l’origine de son inhumanité.

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