Paru en grand format chez Bigbang puis réédité en poche chez Bragelonne, Dark Shores est un des derniers romans de Danielle L. Jensen traduits en français. Si elle s’était déjà essayée à la romantasy scandinave (avec La Saga des sans-destin), la voici avec une romantasy antique où la guerre stratégique prend une place importante. Sans vouloir rivaliser avec de grands titres de la sword and sorcery, Dark Shores demeure un premier tome convaincant.
L’histoire
Dans un monde divisé par des dieux capricieux et des océans redoutables, seuls les Maarins sont en mesure de traverser la mer Sans Fin. Leur règle d’or : l’Est ne doit pas connaître l’Ouest.
Teriana est une Maarin, et son peuple est le gardien des secrets de la mer. Pour sauver sa meilleure amie d’un mariage forcé, elle brise la loi sacrée des siens et doit faire face aux conséquences dévastatrices de son choix.
Marcus est le commandant d’une célèbre légion qui a permis à l’empire de Celendor de conquérir tous les territoires de l’Est. Les légionnaires sont ses frères, mais même eux ne savent rien de la terrible vérité qu’il dissimule depuis l’enfance.
Quand l’un des sénateurs de l’Empire découvre l’existence des Sombres Rivages, il capture Teriana et force Marcus et elle à partir à la conquête de ce nouveau continent. Unis malgré eux pour protéger les leurs, ils doivent désormais décider jusqu’où ils sont prêts à aller… et ce qu’ils sont prêts à sacrifier.
Une romantasy mêlant Antiquité et conquête du nouveau continent
Sans que ce choix soit justifié explicitement, l’histoire puise largement dans le modèle sociétal de la Rome antique, autant dans l’architecture des bâtiments que dans les noms des personnages ou l’organisation de la société. Elle permet au moins au lecteur de s’imaginer bien plus facilement ce monde de high fantasy dans lequel il est plongé.
Outre ce cadre spatio-temporel qui rappelle l’Antiquité, l’intrigue fait plutôt penser à la conquête de l’Amérique à la fin du xve siècle. L’un des éléments les plus intéressants du roman est d’ailleurs la manière d’expliquer les étapes d’une conquête pour se faire voir sous le meilleur jour possible et convaincre les populations autochtones d’accueillir le peuple envahisseur. Le récit présente les arguments du conquérant de façon convaincante, au point que l’on en vient parfois à soutenir cette expansion. Cette position ambiguë crée un regard particulier sur le conflit, mais très intéressant car assez rare dans les histoires. Par ailleurs, les chapitres courts donnent au roman une bonne dynamique. Le récit avance vite, sans temps mort, et se lit presque d’une traite. On suit les personnages sans effort, porté par une progression linéaire qui maintient l’attention.
Une baisse de régime avec des personnages inégaux dans leur développement
Pendant la première partie du récit, la romance entre Marcus et Teriana repose sur des tropes devenus stéréotypés : deux protagonistes qui oscillent entre attirance et agacement, puis se provoquent en se qualifiant continuellement l’un l’autre d’avoir un mauvais caractère. C’est ce qui agace généralement le plus dans la romantasy, mais, heureusement, ce schéma évolue lorsque leur relation se nuance. Chacun découvre que l’autre n’est ni bon ni mauvais, mais que leurs intérêts personnels sont en opposition tout en étant justifiés. Une fois n’est pas coutume, leur relation est construite sur un consentement explicite. Il existe un passage à vide vers le milieu de l’histoire avant que la relation ne gagne en intérêt, mais la tension liée à leurs objectifs opposés avec un ennemi commun, mais des conséquences différentes pour chacun, apporte une vraie matière dramatique.
Au fil du récit, Teriana et Marcus gagnent en épaisseur, notamment parce que leurs motivations, les conséquences s’ils échouent et leur objectif personnel sont explicités. Cependant, ces développements sont accompagnés quelques fois d’une certaine déception : ce qu’on imaginait d’eux était souvent plus intrigant que ce qu’ils sont réellement.
| En résumé, Danielle L. Jensen nous propose avec Dark Shores un roman au rythme très efficace et un univers qui fonctionne bien. La romance met du temps à devenir convaincante et les personnages perdent en complexité au fil de la lecture, mais certaines tensions et la manière d’aborder la conquête apportent un vrai intérêt. C’est un roman plaisant, même si l’on pouvait attendre davantage de profondeur. |
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