Iron Prince, jeu de guerre

Les éditions Lorestone poursuivent le travail entamé avec leur collection de Lit-RPG, qui vise à réunir lecture et codes du jeu vidéo, dans leur dernière sortie : Iron Prince. Cette fois, l’ambiance délaisse la fantasy de Primal Hunter pour plonger dans la science-fiction, avec un roman se déroulant dans une université militaire du xxve siècle.

« Il n’y a pas d’argent à gagner en débarrassant le monde entier de toute maladie. Nous avons peut-être laissé derrière nous les vieux jours de la corruption et de la cupidité des mégacorporations du début du millénaire, mais l’humanité n’est pas encore parvenue à évoluer en une civilisation apte à survivre de la charité cyclique. Je pensais, à l’époque, que cela était juste, que c’était un prix qui méritait d’être payé en échange des traitements et outils que nous avons à notre disposition. Mais après avoir vu l’ascension du Stormweaver ces dernières années je suis bien obligé de me demander combien de grands talents et d’esprits brillants notre espèce aura sacrifié au cours des siècles au ban des maladies que nous ne “voulions pas nous enquiquiner” à traiter… »

Colonel William Mayd, Iron Prince, O’Connor et Chmilenko

Soldat d’élite

Reidon Ward a 18 ans, et a déjà subi plus de 200 opérations chirurgicales. Né avec un syndrome rare de fybrodisplasie ossifiante pour lequel il n’existe aucun remède, le garçon rêve d’obtenir un jour un CAD – Contrôle d’Arsenal par Dispositif – qui lui permettrait de compenser les faiblesses de son corps défaillant et surtout de rejoindre la ligue professionnelle des Tournois de combat, sport dont il est un fervent admirateur. Mais les CAD sont rares, difficiles à supporter pour la plupart des humains et donc réservés à l’élite des soldats, ceux qui se font un nom dans l’arène avant d’aller combattre au front, à l’autre bout de l’univers. Dans ce futur où l’humanité à conquit une bonne partie de la galaxie et où les soldats sont « starifiés » comme des sportifs de haut niveau, Rei va non seulement devoir lutter contre ses statistiques physiques faibles, mais également supporter le regard des autres élèves, cette élite qui ne supporte pas qu’un garçon handicapé essaie de se hisser au même niveau qu’elle.

CAD, c’est-à-dire ?

Iron Prince, comme les autres ouvrages de Lorestone, a pour ambition d’intégrer les codes du jeu vidéo à la littérature. Ici, les combattants ont des statistiques de bases qui leur sont propres : force, endurance, vitesse et cognition, mais l’obtention d’un CAD vient y ajouter ses propres spécificités. Ces derniers étant des dispositifs biotechnologiques, ils intègrent le corps de leur porteur et lui permettent de déployer une armure et une arme liées à sa classe de combattant. Les classes sont au nombre de sept. On y trouve par exemple les pugilistes, qui se servent essentiellement de leurs poings, ou les sabreurs qui manient une lame. Le CAD à la particularité de s’adapter et d’évoluer en symbiose avec le corps humain qui l’héberge et va donc augmenter les capacités physiques de son porteurs et ses propres compétences en attaque et défense, en fonction du style de celui-ci et des adversaire auquel il est confronté. Les CAD peuvent aussi, dans certaines circonstances, permettre de développer des capacités uniques, qui ne sont pas sans rappeler celles des combattants de League of Legends ou d’Overwatch.

Si cette entrée en matière peut sembler obscure, particulièrement pour celles et ceux qui ne jouent pas aux jeux vidéo (et qui n’auront pas déjà fait le lien avec les nombreux titres qui exploitent des personnages à rangs et statistiques), le roman les introduit de façon plutôt didactique, avec un artifice grossier, mais efficace : l’examen que passe Rei au début du récit pour tenter de recevoir un CAD. S.-F. militaire oblige, le récit comporte beaucoup d’acronymes et de surnoms, mais parvient à ne jamais perdre ses lecteurs et lectrices avec une avalanche de termes techniques. Pour ce qui est d’intégrer le lexique relatif aux jeux vidéo à leur roman, les auteurs Bryce O’Connor et Luke Chmilenko s’en sortent donc plutôt bien (aidés, cela va sans dire, par la traduction française d’Hermine Hémon et d’Erwan Devos).

Clichés

Scénaristiquement, ont retrouve beaucoup de stéréotypes classiques de la science-fiction et des romans universitaires (que l’on appelle aussi romans de campus) : la meilleure amie forte tête toujours la pour défendre le héros, la professeure alliée qui s’oppose à ses collègues car elle voit quelque chose en de dernier, le rival qui ne manque jamais une occasion d’humilier le protagoniste, l’élève riche qui porte le poids d’un nom de famille trop noble sur ses épaules… Une ambiance entre Riverdale et Starship Trooper qui fonctionne étonnamment bien malgré son classicisme. Les personnages sont attachants et même Rei, sous ses airs d’ado malingre et malmené, possède une grande force de caractère qui lui permet d’asséner des réparties délicieusement piquantes à ses détracteurs.

« T’es pas un grand amateur de la notion d’espace personnel, hein, Ward ?
[…]
– C’est drôle ça, venant d’un type qui vient de tellement s’approcher de mon cul que je pourrais croire qu’il fait partie intégrante de mon uniforme.
»

Iron Prince, O’Connor et Chmilenko

La particularité d’Iron Prince vient de son académie militaire, qui forme des soldats, mais aussi des stars du combat, qui feront office de vitrine vivante pour le recrutement de l’armée. Exit donc les dortoirs spartiates et les douches à l’eau froide, l’académie Galens est un mélange entre une université de luxe et un établissement militaire de haut standing. Un cadre plus approprié pour un roman qui mélange tranches de vie étudiante et entraînement au combat. Il est tout de même regrettable que l’histoire ne semble pas vraiment parvenir à choisir entre la critique d’une militarisation débridée de la jeunesse au nom d’une guerre à peine évoquée et l’encensement de ses combattants aux capacités surhumaines.

Page turner

Néanmoins, malgré son intrigue un brin téléphonée, ses personnages stéréotypés et ses quelques facilités, Iron Prince fonctionne. Ses pages défilent sans même que l’on s’en aperçoive et l’on découvre avec plaisir l’existence compliquée de Rei, abandonné dès l’enfance à cause de son handicap et devenu pupille de la nation. On ricane avec sa meilleure amie Viv lorsqu’elle cloue le bec à quelques mauvaises langues qui voudraient se moquer du garçon. On retient son souffle lorsque ce dernier affronte Aria, une élève aussi mystérieuse que talentueuse. Querelles entre étudiants, compétition malsaine, favoritisme des instructeurs, apprentissage dangereux (le cours de résistance à la douleur…) et émois estudiantins, (malgré une partie romance un peu plus maladroite) la vie à l’académie militaire nous est racontée avec tous les bons ingrédients d’une histoire de S.-F. universitaire.

Art by Asur Misoa

Le roman possède également un excellent rythme et sait garder ses scènes de combats claires et dynamiques, malgré la technicité que leur imposent les CAD. Peut-être est-ce aussi parce qu’Iron Prince, présente un futur où, malgré les progrès techniques et technologiques, la compétition sociale est toujours aussi rude. Un futur où le Contrôle d’Arsenal par Dispositif pourrait permettre, grâce aux modifications génétiques qu’il apporte, de soigner les handicaps comme celui de Rei, mais où l’on préfère l’utiliser pour faire la guerre. Et surtout, un futur où, à cause des possibilités d’améliorations physiques très couteuses apportées par la science, les inégalités sociales se doublent d’une rude compétition génétique. Un futur au goût de Sparte antique, dans lequel Rei se retrouve donc affublé d’un double handicap : ses maigres ressources financières et son corps plus faible que la moyenne des autres cadets. L’ascension du garçon parti de zéro promet d’être rude, mais intense.

Si l’on peut reprocher à Iron Prince d’être un peu flou sur ses intentions, un peu cliché dans ses personnages, il n’en reste pas moins un furieux page turner bourré d’action, d’humour et doté de protagonistes attachants, dont on attend la sortie du tome 2 avec impatience. Le roman réussit avec brio la mission qu’il s’était donnée : appliquer les codes du jeu vidéo à un récit qui parle aux fans de loisirs virtuels, sans perdre les lecteurs et lectrices qui ne s’y connaissent pas.

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