Le Guide de la Terre du Milieu, le Routard luxueux des passionnés et des novices de Tolkien

Critiquée, désavouée, mais invariablement reconnue comme l’œuvre la plus importante de la fantasy, le Légendaire de Tolkien – c’est ainsi qu’il nommait l’ensemble des textes traitant de son univers – est très probablement l’une des créations les plus riches de cette littérature. Sa complétude et sa complexité donnent l’occasion aux éditeurs de proposer différents regards analytiques sur le sujet.

Après le Dictionnaire de Tolkien de Vincent Ferré, Bragelonne a traduit et retravaillé l’ouvrage encyclopédique Le Guide de la Terre du Milieu de Robert Foster : 3000 entrées, rédigées  avec précision et érudition, qui permettent de mieux comprendre l’univers de J. R. R. Tolkien et de son fils Christopher. Non contents de proposer une traduction exemplaire, Piéric Guillomeau et son équipe se sont démenés pour proposer un objet de grande qualité. Couverture cartonnée, cinquante illustrations de Ted Nasmith en grand format, signet et tranchefile, rien n’est laissé au hasard.

« Teleri :« Les derniers, les retardataires » Le troisième et le plus grand des Trois Peuples des Eldar. Ils s’attardèrent lors de la Grande Marche, ce qui leur valut leur nom, puis, hésitèrent à quitter la Terre du Milieu.»

Robert Foster, Le Guide de la Terre du Milieu

Nouvelle immersion ou énième redite en Terre du Milieu ?

Si vous avez consulté l’ouvrage de Vincent Ferré chez le même éditeur, vous pourriez vous demander à quoi bon se pencher sur celui de Robert Foster. Pourtant, ce sont deux approches distinctes de l’œuvre de l’auteur britannique. Quand l’universitaire français propose son livre à Bragelonne, c’est un produit très académique qui en ressort. Il se concentre sur l’auteur et l’ensemble de ses différentes publications, pas uniquement sur le Légendaire. Robert Foster (R. F.) propose un regard plus centré sur Arda et ses millénaires d’histoire.

C’est avec une volonté de nous replonger dans les livres que R. F. a écrit ce guide. Rangées par ordre alphabétique, les entrées traitent de tous les sujets inhérents aux histoires d’Arda. Les héros et héroïnes (Lúthien, Aragorn, Galadriel, etc.), les lieux mythiques (Númenor, Fondeval, Minas Tirith, etc.), les différents noms des personnages, les langues, les peuples et les espèces, on retrouve tout ou presque. La grande force de l’auteur de cette encyclopédie est sa capacité à proposer des définitions concises et précises. Il évite les différents points de divergences qui n’auraient pas encore été tranchés, soit en acceptant le doute, soit en choisissant les réponses les plus simples. L’origine des orques et leur reproduction sont par exemple simplifiées, évitant les hypothèses qui auraient perdu les novices.

Vulgarisation ou apport significatif ?

Si le texte est accessible, il invite régulièrement à la découverte. On cherche un terme et, dans son explication, on en repère un autre signalé comme traité dans l’ouvrage. Comme souvent avec ce Légendaire, y mettre un pied signifie s’y perdre avec plaisir. Commence alors une belle partie de chasse au trésor où le coffre caché est simplement notre émerveillement. Cette stratégie digne de Wikipedia a cependant un écueil : la frustration. Il arrive parfois qu’on se retrouve avec des éléments à peine évoqués alors qu’ils sont intrigant et parfois importants. Pour en revenir au passage dédié aux orques, on parle de gobelins comme étant le terme employé par les hobbits pour désigner les orques, il aurait été intéressant d’en dire un peu plus ou d’en expliquer l’origine (voir Tolkiendil).

On peut cependant apprécier le soin apporté aux détails dans la plupart des entrées. Les mots sont traduits dans les différentes langues de la Terre du Milieu, les termes reprennent les dernières traductions en date, et même un habitué de l’univers peut se faire surprendre par une belle découverte au détour d’une page. Il n’est pas question ici de vulgariser au risque d’éluder le propos, mais bien de pousser à la découverte ou à la redécouverte du Légendaire. R. F. offre aux experts et expertes un outil à la fois pratique et pertinent.

Un indispensable malgré quelques défauts

Quand on s’attaque à l’œuvre des Tolkien, il est difficile de ne pas se tromper. Le travail de traduction réalisé par Pauline Loquin, se référant à celui de Daniel Lauzon, est de grande qualité. On entrevoit malgré tout quelques coquilles au milieu de cet océan de termes spécifiques. Passons sur le problème d’impression page 470, où les arbres généalogiques se sont mystérieusement mélangés. Pas de raison de jeter l’opprobre avec l’eau du bain, un tel ouvrage n’est jamais parfait.

L’un des quelques ouvrages à propos du Légendaire qui n’avaient pas encore été traduits, l’a été avec brio, et le travail éditorial a rendu la version française encore plus intéressante que la version originale. Non sans défauts, Robert Foster a produit une œuvre de référence qui éclaire les moins au fait de cet univers tout en accompagnant efficacement les fins connaisseurs du sujet.

Ouvrage reçu en service presse

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