Trois Nuits : Le polar-fantasy psychologique

Trois nuits est un récit écrit par Stéphane Arnier, qui mélange le polar à la fantasy. Édité par les éditions PVH, il inaugure également Asynchrone, une nouvelle collection qui brouille les frontières entre les genres de l’imaginaire.

L’histoire

Trois cadavres. Trois enquêtes. Trois nuits. C’est l’épreuve imposée par l’entité maléfique du nom de Keres, qui pourrait bien être la mort elle-même, à Nabintu, Melanthius et Ishitey. La première est une paysanne en fuite, le second un ancien prévôt et la dernière une guerrière venue du Nord. Trois maudits qui vont devoir décider si les personnes désignées par Keres sont coupables ou non des meurtres dont ils sont suspectés. Mais en cas d’erreur de jugement, Keres dévorera l’âme des trois maudits. Trois nuits pour lesquelles ces derniers n’auront que jusqu’au lever du soleil pour décider…

Un polar sauce fantasy assez particulier

Trois nuits est un roman unique dans son approche, il s’agit d’un récit de médiéval-fantasy qui se déroule sous la forme d’enquêtes jouant à la fois sur la psychologie des héros et des suspects. Le livre est divisé en trois parties, qui représentent chacune des nuits. Elles vont se dérouler selon le même procédé, l’entité Keres va présenter un cadavre à notre trio de personnages ainsi qu’un potentiel meurtrier. Le verdict devant être rendu avant le lever du jour, une course contre la montre se déclenche. Un jeu de dupes va alors se mettre en place pour faire avouer le suspect, car, pour survivre à la malédiction qui leur est infligée, nos protagonistes vont non seulement devoir déterminer s’il est coupable ou non, mais aussi appliquer la sentence voulue par Keres : les meurtriers devront succomber avant l’aube, les innocents, eux, devront survivre à la nuit.

Singulier par bien des aspects, c’est le processus narratif du livre qui pousse le lecteur dans une immersion totale. Stéphane Arnier choisit ici de livrer un récit choral en huis clos qui va nous faire alterner les points de vue de chaque personnage. Un choix audacieux et d’autant plus percutant, puisque l’auteur se concentre essentiellement sur les pensées et la psyché de ses trois héros qui sont par ailleurs bien différents. Nabintu est la figure émotionnelle du groupe, Melanthius, l’homme de loi, le pragmatique et Ishitey la force brute. Ainsi, pour une même situation, le lecteur se retrouve confronté à trois angles de vue différents qui peuvent complètement modifier sa propre vision des faits.

Cette complémentarité, qui fait leur force lors des enquêtes, est aussi leur faiblesse, car si le groupe est victime de la malédiction de Keres, c’est parce qu’ils ont eux aussi fauté. Chaque révélation devient alors un dilemme moral qui les confronte à leurs propres démons et peut potentiellement altérer leur jugement sur l’affaire en cours, jusqu’à en faire basculer le dénouement.

Par tous ces choix créatifs, Stéphane Arnier nous met dans une situation indélicate, en nous emmenant au-delà de notre rôle de lecteur. Il nous impose à tour de rôle d’être observateur, juge, juré, ainsi que bourreau,  aussi bien des meurtres que de Nabintu, Ishitey et Melanthius, car il nous revient, tout autant qu’à eux, de décider ce qu’il est moral de faire, ce qui est condamnable ou non.

Trois nuits est un tour de force, un roman choral, intimiste, à la croisée des genres. En jouant avec les détails, Stéphane Arnier aurait pu en faire trop ou pas assez, mais il parvient pourtant avec minutie à livrer un récit équilibré, gardant le lecteur en haleine tout au long de chaque enquête et dévoilant son jeu là où on ne s’y attend pas.

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