Les Enfants de l’empire – tome 2 : émancipation

Un an après un tome 1 bouleversant, Les Enfants de l’empire revient pour une suite qui affirme le caractère de ses personnages et leur dessine de tout nouveaux enjeux. Le trait délicat de Yudori y sublime une Corée du Sud en proie aux bouleversements, tandis que l’opposition à l’occupation japonaise prend forme au sein de la jeunesse du pays.

« Tu veux savoir comment mes parents m’ont appelée ? Malja ! Ça veut dire “faites que le suivant soit un garçon”, c’est tout ! »

Les Enfants de l’empire, tome 2, Yudori

Amour naissant

Alors que Jun Seomoon a de plus en plus de mal à composer avec ses émois adolescents, Arisa Jo continue de s’émanciper du rôle de femme traditionnelle que cherche à lui imposer la société, notamment en tenant tête à son père. Les deux jeunes gens se cherchent, se rapprochent, sans toutefois oser mettre des mots sur les sentiments qu’ils nourrissent l’un pour l’autre. Mais dans la Corée occupée des années 1930, un vent de révolte commence à souffler et le destin menace de séparer Arisa et Jun, la première adhérant au style de vie plus occidental apporté par les Japonais, tandis que le second, plus traditionaliste, se rapproche d’étudiants dissidents.

Sublime

Le tableau de la Corée d’époque peint par Yudori est toujours aussi sublime et envoutant. Qu’il s’agisse des couleurs, de la mise en page ou du découpage choisi par l’autrice, chaque scène est une petite merveille visuelle. Comme dans le tome 1, les chapitres sont entrecoupés de pages documentaires sur l’histoire et la culture coréenne, qui mettent en parallèle les modes actuelles avec celles de l’époque. Dans ce second tome, où les personnages subissent la chaleur estivale, l’accent est mis sur les recettes de cuisine favorites des Coréens pour se rafraîchir.

À travers son récit d’amour adolescent, c’est tout un pan de l’histoire coréenne que raconte Les Enfants de l’empire. Celui de l’occupation japonaise et de sa politique d’assimilation forcée, d’un pays où la ségrégation entre les classes sociales, les origines ethniques et les sexes est particulièrement marquée. À ce titre, la mère de Jun Seomoon est un personnage particulièrement tragique : d’abord au service de son mari, un alcoolique violent, et aujourd’hui de la famille d’Arisa, qu’elle sert malgré son grand âge.

Parmi les nouveaux personnages, l’énergique Mari Bak, cette jeune fille qui se bat pour échapper au destin de paysanne que lui impose sa naissance, contraste avec la douce et discrète Hwajeong, obligée de s’en sortir seule après avoir été exclue de l’université. Si le pays est dans sa période la plus sombre, Yudori parvient à rendre ses adolescents, avec leur insouciance et leur courage, particulièrement lumineux.

Les Enfants de l’empire continue de nous raconter l’histoire de la Corée à travers celle de ses personnages. Bien que ce tome porte encore en lui la douce candeur et les plaisirs de l’adolescence, on sent poindre le drame, lové derrière ces jeunes filles obligées de se prostituer après leurs études, derrière ces jeunes hommes qui complotent à l’ombre des murs de l’université. Nul doute que la bulle dans laquelle se trouvent encore Arisa Jo et Jun Seomoon va éclater dans le tome 3 et qu’ils seront forcés de faire des choix décisifs.

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