Avec Le Livre de Nathan, Nicolas Cartelet croque avec humour une humanité qui érige la fiction en mythe pour se trouver des raisons d’exister. Arrivée en poche le 13 novembre, cette novella postapocalyptique dépeint un futur loin, très loin des standards du genre.
« Il y avait d’abord eu Bertin et son refus d’éditer son roman, et maintenant la fin du monde; ç’avait été, pour Nathan, une sacrée journée de merde. »
Le Livre de Nathan, Nicolas Cartelet, le Livre de Poche
Le déluge
Alors qu’il pleut sans discontinuer depuis six jours sans que les météorologues ne puissent l’expliquer, Nathan Verdier, correcteur indépendant qui mène une vie de bohème, rencontre Bertin, un ami éditeur, pour lui soumettre son tout premier manuscrit. C’est la douche froide (et pas seulement à cause du temps) : le livre est mauvais. « Nul », selon la petite note en post-it collée dessus. Douché dans ses ambitions (toujours indépendamment de la pluie), Nathan s’en retourne à son voilier, sur lequel il vit depuis que sa femme l’a quitté. Le lendemain au réveil, il n’y a plus ni port ni ville, la mer a monté et a tout englouti. Nathan navigue jusqu’à rencontrer des survivants qui lui apprennent que son manuscrit est le seul et unique livre sauvé du grand déluge.
Voilà que, quelques siècles plus tard, le roman inéditable est devenu le livre saint d’une nouvelle religion.
Texte sacré
Dans sa courte nouvelle, Nicolas Cartelet propose à ses lecteurs de traverser les millénaires pour découvrir les différentes réinterprétations du livre de Nathan et la manière dont il est instrumentalisé pour servir les intérêts de quelques-uns. L’auteur nous rappelle ainsi que n’importe qui peut dévoyer le message originel d’un texte, même lorsque le texte en question parle de poésie et de mérous ! Le récit est drôle, incisif et met en scène des personnages truculents, qu’il s’agisse de gentils benêts, de croyants habités par les dogmes ou de vrais arnaqueurs.
Pour ce qui est de sa forme, la nouvelle surprend par la manière dont sont transcrits ses dialogues, intégrés au récit comme le reste du texte, sans aucune ponctuation spécifique. Un choix atypique, qui gêne parfois la lecture, bien qu’on finisse par s’y habituer. Il résulte d’une volonté de faire coïncider la forme au fond, car Nicolas Cartelet nous parle aussi de la manière dont la langue et les normes linguistiques évoluent avec les époques.
Un récit atypique, brillant et plein d’inventivité.
En rejouant les codes du récit biblique – déluge, errance, reconstruction – l’auteur illustre la manière qu’a l’humanité de chercher du sens dans ce qui l’entoure, non sans une touche de cynisme (beaucoup des personnages sont franchement égoïstes et cupides), mais avec énormément d’humour. S’il montre les hasards qui font d’un texte un succès ou un échec, Nicolas Cartelet raconte aussi le rêve de tout auteur ou autrice, celui de voir son livre lui survivre et devenir culte.