Vampire: The Masquerade – Bloodlines 2

Né du jeu de rôle sur table de 1991, l’univers de Vampire : La Mascarade a contribué (après les romans d’Anne Rice) à développer l’image moderne et glamour du vampire et s’est depuis enrichi de nombreuses œuvres annexes. La plupart des jeux vidéo inspirés de la licence sont des RPG à la qualité variable, avec néanmoins quelques exceptions, comme le battle royal Bloodhunt et le jeu en VR Justice. Précédé d’un Vampire: The Masquerade –Swansong en demi-teinte, Bloodlines 2 a la lourde tâche de rendre ses lettres de noblesse à la série, mais, au vu de son développement tumultueux (annoncé en 2019, le jeu ne sortira finalement qu’en octobre 2025, après un changement de studio et un remaniement complet), la prudence est de mise.

Seattle by night

Après trois épisodes à New York et un autre Boston, c’est la Camarilla de Seattle qui sera au centre des intrigues de ce nouveau Vampire. L’histoire débute lorsque la Nomade, une puissante et très ancienne vampire, s’éveille après cent ans de torpeur, une sorte d’état de stase. Débarquée à Seattle sans savoir pourquoi ni comment, la Nomade, qui se fait désormais appeler Phyre, découvre qu’une étrange marque a été tatouée sur sa main et qu’elle partage désormais son esprit avec celui de Fabien, un vampire malkavien1. Ce dernier, ancien inspecteur de police devenu vampire dans les années 1920, ignore la raison de leur situation, mais soupçonne qu’elle est liée à l’enquête concernant une série de meurtres qu’il menait avant de perdre son corps.

Fabien se résume à cette ombre bavarde dans la tête de Phyre la plupart du temps.

D’autant que la Camarilla vampirique de Seattle est dans tous ses états : l’ancien Prince (chef ou cheffe d’un territoire vampirique donné – le titre est mixte) a été éliminé, le shérif, censé faire respecter la mascarade (nom donné à l’ensemble des méthodes mises en place par les vampires pour ne pas être découverts par les humains), a décidé de faire bande à part et les Anarchs, ces vampires qui refusent l’autorité de la Camarilla, sèment la zizanie en ville. Depuis son réveil, Phyre a perdu une partie de ses pouvoirs d’ancienne à cause de la marque. Pour comprendre ce qui lui est arrivé, elle va devoir accepter la présence de Fabien dans sa tête et l’aider à retrouver la mémoire.

Les visions de Fabien sont psychédéliques.

Le jeu se présente comme un FPS-RPG à la Dishonored qui alterne des missions dans le présent aux commandes de la Nomade et d’autres dans le passé de Fabien, depuis les années 1920 et jusqu’à son meurtre en 2024. Dès le début, il est possible de personnaliser Phyre, mais les options sont plutôt limitées : son genre, sa couleur d’yeux, quelques coiffures… Le choix du clan2, parmi les six disponibles, sert à définir les pouvoirs de départ du personnage. Toutes les autres compétences seront néanmoins disponibles au fil du jeu, grâce aux missions annexes. Chaque clan offre quatre pouvoirs actifs, essentiellement utiles au combat, et un pouvoir passif. Si les passifs sont cumulables, ce n’est pas le cas des autres, qui peuvent néanmoins être intervertis à tout moment.

Le choix du clan parmi les six disponibles définira l’arbre de compétences de base.

Choix multiples

Bloodlines 2, comme ses prédécesseurs, propose plusieurs embranchements scénaristiques en fonction des choix de dialogues. L’appréciation que les différents protagonistes ont de Phyre permet de faciliter certaines quêtes, mais seuls quelques choix sont réellement déterminants pour obtenir l’une des six fins du jeu. Certains ont des conséquences sur les rencontres faites en ville, apportant ainsi un peu de vie à un monde plutôt limité. En effet, le quartier de Seattle qui fait office de monde ouvert se révèle assez restreint et, malgré des éléments de décors plutôt sympas, est peuplé de PNJ génériques et d’événements scriptés. Les niveaux sont plus vastes, mais il est impossible d’y accéder librement et l’ensemble du monde est assez vide, malgré quelques objets à collecter.

Les personnages sont également très inégaux. Ceux qui ont de l’importance pour le scénario sont finement modélisés et animés (on pense à Lou, magnifique, ou à Benny et sa face grêlée), tandis que les autres n’ont souvent même pas droit à une synchronisation labiale digne de ce nom ! De même, les animations sont plutôt rigides et les graphismes se montrent corrects, sans plus. Pourtant, le jeu comporte quelques bonnes idées en matière de design, comme le filtre sépia qui donne un charmant aspect vieux film aux passages se déroulant durant la prohibition américaine. Les lieux qui exploitent le passé historique de Seattle, qu’il s’agisse du souvenir des Années folles, les souterrains de la ville ou l’ancien quartier chinois, sont les plus réussis. Le reste semble se résumer à des boites de nuit, des SDF, des prostituées et des punks.

Le studio The Chinese Room a choisi de proposer un level design qui permet deux modes de déplacement. Au sol, dans les rues, il faut maintenir la mascarade, ce qui implique de ne pas utiliser ses pouvoirs, grimper sur les murs ou arracher des gorges à pleines dents au milieu des badauds. Néanmoins, il est aussi possible de passer par les toits et, puisqu’aucun citoyen ne lève jamais les yeux au ciel, super-vitesse, sauts démesurés et capacité à planer y sont autorisés. Jouer les vampires volants permet d’éviter les humains et offre une sensation de liberté bienvenue. En contrepartie, il arrive de croiser des factions vampires rivales qui attaquent à vue sur les toits. Il faudra donc choisir entre la lenteur tranquille des rues ou la vitesse et les risques d’attaques du ciel.

Avoir les crocs

Se mêler aux humains à tout de même un avantage, celui de pouvoir leur sucer le cou en cas de petit creux. Que ce soit pour régénérer ses pouvoirs ou une partie de sa vitæ (la santé des vampires), il faudra parfois attirer quelqu’un à l’écart et pratiquer un prélèvement à la source. Mais tous les sangs ne se valent pas. En utilisant ses sens surdéveloppés, Phyre peut voir le potentiel de chacune de ses proies sous forme d’aura colorée. Les sangs mélancoliques, colériques ou fébriles permettent de débloquer de nouvelles compétences auprès des chefs de clan de Seattle. Attention cependant, si quelqu’un aperçoit la Nomade en plein dîner, la mascarade sera brisée et la Camarilla pourrait bien finir par envoyer des troupes afin d’effacer le problème…

Les sens surdéveloppés révèle la résonance sanguine des humains, mais permettent aussi d’y voir dans le noir.

Que ce soit face à des vampires rivaux, des policiers zélés ou des créatures de la nuit mystérieuses, il faudra parfois se battre. S’ils ne sont pas particulièrement difficiles, les combats ont tendance à être brouillons, la faute à une action pas toujours lisible et au choix de la vue à la première personne qui nuit à l’immersion plus qu’elle n’y contribue. Bien que les pouvoirs vampiriques offrent des possibilités intéressantes, particulièrement lorsqu’ils sont combinés, la plupart des affrontements se résolvent en utilisant uniquement l’esquive et l’attaque de base de Phyre. Les combats de boss demandent parfois de mémoriser quelques patterns, mais ils ne révolutionnent pas le gameplay pour autant.

Parfois, il faudra jouer les limiers et suivre une trace olfactive.

Les missions de Phyre impliquent généralement plusieurs affrontements avant un boss final. Ce n’est pas le cas de celles de Fabien, qui sont centrées sur la recherche d’indices et l’interrogation de suspects. Le détective vampire possède également quelques humains de confiance prêts à lui céder un peu d’hémoglobine bénévolement, et n’a donc pas besoin de chasser comme la Nomade. En tant que Malkavien, Fabien est capable de manipuler les esprits, mais aussi faire « parler » les objets et les morts, en faisant ressurgir l’écho de leurs derniers instants. Contrairement à Phyre, qui est plutôt froide et sérieuse, Fabien possède un certain sens de l’humour et ses dialogues sont souvent les plus piquants.

Tous les personnages n’ont pas la finesse de Fabien…

Dark romance

Si le scénario de Bloodlines 2 est plutôt réussi, il est regrettable que les quêtes forcent de nombreux aller-retour à travers la carte pour rallonger artificiellement la durée de vie du jeu (qui n’en avait nullement besoin). Les missions annexes proposées par les différents chefs de clans de Seattle – les mêmes qui offrent de nouveaux pouvoirs à Phyre – sont plus concises, mais elles reprennent toujours la même formule : Mme Thorn ne donne que des quêtes de livraisons, Niko demandera systématiquement de suivra la piste d’un humain à punir… Dommage. À noter que tous ces chefs de clans sont des personnages « romançables », mais l’option semble avoir été rajoutée uniquement pour cocher une case sur un cahier des charges tant les scènes « sexuelles » sont limitées et leurs dialogues navrants. Néanmoins, l’humour et l’ambiance film noir rétro apportés par Fabien sont particulièrement appréciables, tout comme la satire politique et sociale qui se dessine derrière certains dialogues et éléments du jeu.

Quel romantisme !

La musique, qui a toujours été un élément réussi des jeux Vampire, est ici le fruit de Rick Schaffer (déjà à l’œuvre sur le premier Bloodlines), Craig Stuart Garfinkle et Eímear Noone. Si l’on peut regretter l’absence d’Olivier Derivière, qui avait composé la sublime B. O. de Swansong, l’ensemble reste d’excellente qualité. Difficile d’en dire autant pour les doublages. Non pas que les acteurs (Anglais, le jeu ne comportant aucune voix française) soient mauvais, mais il est fréquent que leurs pistes ne se déclenchent pas, rendant un personnage muet, ou que les sous-titres ne suivent pas le dialogue. Dialogues qui, au demeurant, sonnent parfois faux, comme si certaines répliques n’avaient pas été placées au bon endroit ou rajoutées à la dernière minute pour allonger une scène. Au rang des défauts, on peut ajouter l’absence de sauvegarde manuelle, pas très pratique, ainsi que plusieurs bugs et des ralentissements particulièrement gênants.

Vampire: The Masquerade – Bloodlines 2 n’est pas LE jeu de la licence Vampire la mascarade tant attendu, c’est un fait. Les fans de l’univers y trouveront tout de même leur compte, grâce à un scénario intéressant – doté d’un final qui fait honneur à la série – et quelques personnages charismatiques, qui leur permettront de passer outre un gameplay trop pauvre et daté, ainsi que des bugs agaçants.. Pas sûr, en revanche, que cela suffise à celles et ceux que les vampires laissent froids pour aller jusqu’au bout du titre. Dommage, car le potentiel du récit est vraiment là, mais le jeu accuse un sérieux retard en terme de qualité au regard des productions actuelles.

Testé sur Xbox Series X.

  1. Dans Vampire la mascarade, les vampires sont divisés en différents clans : Brujah, Tremeres, Malkaviens, Toreadors, Lasombras, Ventrues, etc. Chaque clan dispose de caractéristiques et de pouvoirs qui lui sont propres. ↩︎
  2. Les développeurs ont d’ailleurs mis en ligne un quiz plutôt bien fait qui permet de savoir à quel clan vampire vous êtes le ou la plus susceptible d’appartenir (en anglais). ↩︎

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