Ces dernières années, les jeux de stratégie écologiques ont le vent en poupe. De Terra Nil à Preserve, en passant par des city-builders tels que Timberborn, le sujet s’exporte même au-delà du genre et à donné lieu à des simulations et des titres d’aventure plutôt réussis. Synergy mêle exploration, construction et gestion, mais à en plus le bon goût de proposer un cadre de science-fiction qui change de cette bonne vieille Terre postapocalyptique à rebâtir, si chère aux développeurs ces dix dernières années. Avec un style graphique dessiné du plus bel effet et un gameplay qui repose sur l’étude et la compréhension de l’environnement, le titre de Leikir Studio renouvelle judicieusement le genre.
Dune
Synergy est resté en early access plusieurs années avant de sortir en version complète le 16 avril 2025. Le jeu nous emmène sur une planète inconnue et désertique, à mi-chemin entre Arrakis et Tatooine, sur laquelle la vie est parvenue à émerger malgré des conditions difficiles. Néanmoins, le peuple dont nous avons la charge ère depuis longtemps, chassé de ses terres natales par la sécheresse et se retrouve amputé d’une partie de son histoire et de ses connaissances. Arrivés aux abords d’une des rares oasis que compte la planète, voilà les survivants prêts à rebâtir une cité, mais pour cela il va leur falloir comprendre leur environnement et s’y adapter, afin de ne pas se retrouver sans ressources au bout de quelques cycles.

Si beaucoup de jeux de construction et de gestion proposent d’analyser l’environnement pour en tirer parti, aucun ne crée une telle synergie entre la terre, les plantes, l’eau, la météo et l’impact humain. Le jeu n’a en effet pas volé son nom, puisque plus que de nous faire analyser une plante pour comprendre à quoi elle peut nous servir, il propose un véritable écosystème qui implique une codépendance entre les espèces et de véritables conséquences en fonction de la manière dont nous agissons sur l’environnement. Mais avant d’avoir à gérer tout cela, il faut trouver l’endroit idéal pour bâtir sa colonie : proche de l’eau, où subsistent des arbres afin de se protéger de la chaleur et où poussent déjà quelques plantes comestibles.

La place des fondateurs, autour de laquelle va s’organiser la construction de la cité, offre divers bonus aux bâtiments situés dans son rayon d’action. Plus tard, il sera possible de multiplier les places afin de créer des quartiers différents, consacrés à des domaines particuliers (habitation, artisanat, recherche…), mais, pour l’instant, nos options se limitent à quelques tentes pour abriter nos survivants, un poste de travail pour les cueilleuses et les cueilleurs, ainsi que des lieux de stockage pour l’eau et la nourriture. Il est d’abord possible soit d’arracher les plantes environnantes, soit d’en récolter les fruits ou branches. Si la seconde option offre un rendement moindre, elle ne détruit pas les végétaux. Arracher toutes les pousses d’une même plante peut donc la faire totalement disparaître de la carte et signer la fin de la partie.

La source de toute vie
Au début, l’eau n’est pas un problème. Des pontons auxquels sont affectés des travailleurs permettent de la puiser et des citernes de la conserver, mais lorsque surviennent des saisons arides, les lacs s’assèchent et il faut donc développer de nouvelles manières de s’abreuver. Pour cela, il va falloir former des chercheurs et étudier la flore : comment parvient-elle à survivre sous ce climat aride ? La réponse peut trouver plusieurs formes en fonction de la carte sur laquelle se joue la partie : nappes souterraines, purification de l’eau contaminée qui se trouve dans certains champignons géants ou, plus prosaïquement, accumulation d’un stock suffisant durant la saison tempérée.

La chaleur a bien évidemment une influence sur nos travailleurs, qui peuvent subir une insolation, voire mourir, si leur maison et leur lieu de travail ne sont pas suffisamment isolés. Bien évidemment, elle modifie également l’état des sols, qui s’assèchent, et donc la quantité et la qualité des plantes disponibles pour la récolte. Construire un laboratoire de terrain devient rapidement vital pour étudier la flore et le substrat, et comprendre comment la nature fonctionne. Cela permet aussi d’ouvrir l’arbre de recherches technologique, qui offre à nos nomades la possibilité de regagner le savoir perdu de leurs ancêtres, mais également de développer de nouveaux outils de survie : système d’irrigation, cabane de bucherons qui prélèveront des ressources sur les arbres sans les tuer, cuisine capable de préparer des plats plus nourrissants…

« Synergy n’est pas un jeu dans lequel il est possible de laisser ses travailleurs en poste et d’attendre simplement que la récolte tombe »
Mais chaque nouvelle technologie modifie l’impact que nous avons sur l’environnement. En irriguant le sol, nous changeons sa composition et le rendons fertile pour certaines plantes, mais inadapté pour d’autres. En répandant les graines de certains arbres, nous étendons la surface forestière disponible, mais ces espèces invasives repoussent des plantes locales qui finissent par disparaître. Il va donc falloir maintenir un équilibre délicat pour conserver un environnement viable. Synergy n’est pas un jeu dans lequel il est possible de laisser ses travailleurs en poste et d’attendre simplement que la récolte tombe : il faut régulièrement ajuster l’intervention humaine sur la nature, la repenser en fonction de la saison, voire la stopper pour laisser à la terre le temps de se régénérer.
Au-delà de l’horizon
Une fois les besoins primaires comblés et la colonie relativement stable vient le moment où vos habitants ressentent le besoin d’aller voir ce qui se cache ailleurs dans le désert. Formons donc une équipe d’exploration et allons voir ! Il y a toute sorte d’endroits à découvrir au-delà de l’oasis : grottes, campements, lacs, canyons… Plus les explorateurs vont loin, plus il leur faudra emporter de ressources pour assurer le voyage, mais ils restent limités par leur capacité d’encombrement. Parfois, l’exploration de certaines zones demandera des outils ou de l’équipement spécial et il faudra y revenir plus tard si les explorateurs ne disposent pas des éléments adéquats.

Les expéditions peuvent être très gratifiantes, outre les nouvelles plantes et les matériaux technologiques qu’on peut y dénicher, elles permettent de ramener de mystérieuses tablettes, chargées d’un savoir antique, qui débloquent des améliorations spéciales de l’arbre de recherches. Toutes sortes d’événements aléatoires peuvent se produire une fois arrivé dans une contrée lointaine et ils peuvent, dans le pire des cas, provoquer la mort d’un ou plusieurs membres de l’équipe d’exploration. Néanmoins, cela reste rare.

Rencontrer d’autres colonies durant un voyage permettra de débloquer des options d’échanges de ressources, bien utiles lorsque l’on peine à obtenir un élément particulier nécessaire à la progression. Ces rencontres sont souvent mises en scène de manière scénaristique et permettent d’enrichir l’histoire de cette mystérieuse planète et de ses habitants. Synergy propose d’ailleurs deux (longs) scénarios, en plus d’un tutoriel pour maîtriser les bases du jeu et d’un mode bac à sable. De quoi occuper les plus complétistes près de soixante-quinze heures.

| Synergy est un jeu qui mêle survie et city-building dans un univers de science-fiction étonnement paisible malgré sa rudesse. Pas d’ennemis à combattre ou d’animaux à soumettre, le jeu suscite notre curiosité en faisant interagir avec beaucoup d’intelligence ses espèces végétales et minérales. Une aventure poétique, écologique et terriblement addictive. |
