Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.
Imaginez un arbre-maison plus grand encore que ceux de la planète Pandora, et des pucerons atteignant la taille d’un chien. Bienvenue dans le monde des Arbres-Mères et des Alkayas. Cette série littéraire, Mémoires du Grand Automne, composée de quatre tomes, débute avec Le Déni du Maître-sève, premier livre publié en 2015 en autoédition chez Bookelis. Ce roman de fantasy, mêlant enquête et quête d’immortalité, se distingue par la richesse de son univers et la profondeur de ses personnages. Stéphane Arnier y déploie un monde foisonnant de magies locales et brassant des thématiques poignantes, tandis que l’intrigue nous entraîne à la découverte des multiples passerelles et lieux de l’Arbre-Mère Alkü.
« Les espoirs des arbres sont les racines de nos rêves, leurs peurs celles de nos cauchemars. »
Une naissance bien mystérieuse
À l’ombre des montagnes enneigées du Nord, au fond d’une vallée baignée d’un lac, pousse un arbre géant. Entre ses racines escarpées vit le peuple d’Alkü, des hommes et des femmes qui naissent de l’écorce et possèdent le talent de manier les vents.
La saison des naissances approche. En tant que Maître-sève, Nikodemus Saule prépare la cueillette des enfants, mais sa bonhomie habituelle est mise à mal : il se fait vieux, n’a pas formé de successeur, et l’un des bourgeons à naître présente un bien curieux symptôme. Tandis qu’on cherche à le destituer, il s’enfonce toujours plus profond entre les non-dits, les manigances et les secrets du passé.
Et si cette future naissance n’annonçait pas un début, mais une fin ?
Tensions sociales chez les Alkayas
L’histoire se concentre sur Nikomedus, un Maître-Sève chargé de transmettre son savoir à la nouvelle génération pour le bien de son peuple. Une tâche qu’il répugne à accomplir, tout comme il refuse de voir la souffrance croissante de sa compagne, Maari, sa Veilleuse.
Un millénaire après la Grande Infestation et les exploits héroïques de Line Liane, le peuple alkaya connaît une ère de paix : les cendrés — d’immenses pucerons autrefois redoutés — ne menacent plus la tranquillité de l’Arbre-Mère. Pourtant, cette paix apparente cache des tensions sociales grandissantes. Les places de reproduction se font rares, et les files d’attente pour en obtenir une s’allongent d’année en année.Chez les Alkayas, la reproduction repose sur une union tripartite : le couple et l’Arbre-Mère. Partout dans l’Arbre, des alcôves de reproduction accueillent les futurs parents, tandis que chaque automne, les sèvetiers recueillent les enfants nouvellement nés.
En seulement quelques chapitres, l’auteur parvient à nous immerger dans un univers totalement inédit. La narration, fluide et claire, se focalise principalement sur le personnage de Nikomedus Saule. À travers ces premiers chapitres essentiels, on découvre peu à peu les lois et les coutumes qui régissent le peuple alkaya, dévoilant toute la richesse et la complexité de leur société.
Une quête d’immortalité
Le grand thème de ce premier tome, et sans doute de l’ensemble de la saga, semble être la quête de l’immortalité, envisagée sous ses multiples formes. Elle se manifeste à travers les actions de Nikomedus, déterminé à trouver un remède aux souffrances de sa compagne Maari, mais aussi à travers la réflexion plus large sur la reproduction, la mémoire et la transmission. Cette idée se prolonge dans le rôle central accordé aux archives : fragments de savoirs perdus, elles deviennent l’objet d’une recherche de vérité. La tentative désespérée de conjurer la mort entraînant, paradoxalement, la mort du sens même de la vie.
Le Déni du Maître-sève se présente avant tout comme une fantasy intimiste, centrée sur la quête d’un Alkaya incapable d’accepter la mort de sa compagne. Pour lui, la fin de la vie n’existe pas : sa compagne semble se confondre avec l’immuable Arbre-Mère ou se réduire à la légende de Line Liane. Pourtant, ses certitudes seront progressivement ébranlées au fil du récit. Le roman déploie une magie subtile et diffuse, où chaque Arbre-Mère confère à son peuple des pouvoirs singuliers, renforçant l’impression d’un univers à la fois mystérieux et profondément connecté.
Publié en 2015, Stéphane Arnier nous propose avec ce premier tome, Le Déni du Maître-sève, un roman captivant, ouvrant son cycle Mémoires du Grand Automne. Entre une enquête à couteaux tirés et une quête tragique d’immortalité, le récit ne connaît aucun temps mort et plonge le lecteur dans un univers riche et foisonnant, porté par des idées et des thématiques qui peuvent parler au plus grand nombre. La saga se poursuit avec les très bons trois tomes supplémentaires.