L’Hôtel de l’autre monde

S’il y a bien une chose que tous les êtres ont en commun, c’est leur mortalité. N’en déplaise à certains qui se croient si importants qu’ils cherchent à outrepasser l’inévitable, nous mourrons tous un jour. L’après, c’est ce grand inconnu qui terrifie une partie de l’humanité. Qu’y a-t-il après la mort ? Et s’il y avait d’abord un espace de transition ? Un purgatoire, non pas au sens biblique, mais pour servir d’intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts. Un endroit où il se déroulerait sans doute toutes sortes d’histoires… C’est en tout cas là-bas que prend place L’Hôtel de l’autre monde, dans ce lieu qui se tient entre la vie et la mort. À travers sept histoires différentes, Shiro Kuroi (Leviathan, Dragon Hunt Tribe) nous livre les derniers instants de personnages qui s’apprêtent à passer de l’autre côté.

L’au-delà

Qu’elle frappe au crépuscule de l’existence, après une vie bien remplie, ou à l’aube de celle-ci suite à un accident, la mort vient toujours. Mais il existe un lieu où elle permet à chacun de prendre le temps d’accepter son trépas avant de se décider à franchir le fleuve qui sépare le royaume des vivants de l’autre monde. Dans ce lieu, où le temps ne s’écoule pas, se trouve un hôtel, qui accueille les défunts le temps qu’ils se décident à passer de l’autre côté. Certains mettent un peu de temps à comprendre ce qu’ils font là, d’autres en profitent pour se remémorer les instants les plus précieux de leur existence, ou bien pour profiter une dernière fois d’un moment passé ensemble. Car, oui, parfois, les morts se retrouvent entre amis à l’hôtel de l’autre monde.

Un manga en couleur

Dans un style atypique, qui se distingue du manga traditionnel par son choix de la peinture et ses pages entièrement en couleur, Shiro Kuroi déroule plusieurs tranches de vie (ou de mort), tantôt joyeuses, tantôt tristes, mais toujours avec une grande sensibilité, renforcée par les couleurs pastel et les effets vaporeux de son dessin. Un choix qui mêle habilement le fond et la forme du récit, puisqu’il en ressort un effet éthéré, granuleux, qui nous donne la sensation d’observer un monde situé en dehors de l’espace et du temps.

Si la plupart des récits comportent leur part de tragédie, ce one-shot porte un message globalement positif : la mort est une étape douce-amère, mais, comme chaque épreuve de l’existence, elle peut apporter quelque chose. Néanmoins, la dernière histoire de l’album est un peu différente, puisqu’il s’agit d’une introduction à l’univers de Leviathan, autre œuvre de Kuroi. Elle ne nous envoie donc pas dans l’au-delà, mais très loin dans le futur et dans l’espace, pour une leçon sur la vie et la nature un peu particulière.

Loin des historiettes horrifiques ou des tranches de vie tragiques, L’Hôtel de l’autre monde propose des aventures touchantes, parfois dures, mais qui se terminent systématiquement de façon réconfortante. Un titre atypique, poétique et profondément humain. On referme le volume avec une sensation étrangement apaisée : oui, la mort viendra, mais en attendant, vivons !

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