Entrevue choc avec un vampire : les immortels de la téléréalité

Le temps d’une collaboration avec Vincent Tassy, Morgane Caussarieu quitte l’univers des romans d’horreur pour s’essayer à l’humour dans Entretien choc avec un vampire. Parodie assumée du best-seller d’Anne Rice, le récit s’amuse des clichés au sujet des plus célèbres buveurs de sang pour en proposer une version joyeusement ridicule et potache. Avec des références à True Blood, à Buffy, au célèbre Dracula et une interprétation très littérale de  l’étude d’Antonio Dominguez Leiva sur le sujet1, le duo nous emmène à la découverte de la vie (pas si) secrète des vampires.

« Nous en donnons peut-être l’impression, nous autres vampires avec notre peau lisse et blanche, mais nous ne sommes pas de marbre. Et moi en particulier. Vous avez sans doute déjà saisi que l’humanité et l’empathie sont les caractéristiques premières du buveur de sang que je suis. 
— Pas spécialement, non, grommelle le journaliste. Mais peut-être suis-je de parti pris parce que vous me retenez contre ma volonté et que vous m’avez terrorisé en menaçant de me tuer.
»

Entrevue choc avec un vampire, Morgane Caussarieu, Vincent Tassy, éditions Actusf

Drama queen

Tout commence par la rencontre entre un journaliste radio à la recherche d’un scoop pour son émission « tranche de vie » et un bel éphèbe aux prises avec une vieille dame au détour du rayon « coiffure » d’un supermarché ! Séduit par cet étrange inconnu, le journaliste lui propose une interview. Ce qu’il ignore, c’est qu’il vient de tomber sur un vampire pompeux, raciste, mégalomane, véritable drama queen qui s’enthousiasme à l’idée de partager ses deux siècles d’existence. Et quelle existence ! Entre relations toxiques, passions soporifiques, meurtres à répétitions, voyage en Europe et rencontres incroyables (parmi lesquelles Jésus lui-même), le journaliste se retrouve bien obligé d’écouter les frasques du suceur de sang puisqu’à la fin de son histoire, c’est une certitude, le vampire le tuera.

Glamour toujours

Entrevue choc avec un vampire est à la fois hommage décalé à la plus célèbre autrice de romans vampiriques de ces quatre-vingts dernières années et critique assumée de la popularisation — et, bien souvent, de la glamourisation — de la figure du vampire. On y tire à boulets rouges sur Twilight, on s’y moque allègrement des incohérences entre le statut de morts-vivants des suceurs de sang et l’aura sexuelle qu’ils dégagent, on met en exergue la manière dont la culture populaire en a fait des icônes alors qu’ils sont bien souvent des manipulateurs narcissiques… Vous l’aurez compris, le roman ne se lasse pas de tordre l’image du plus célèbre monstre de la littérature et d’en faire un geignard gothique frustré et orgueilleux. Les frasques des deux immortels, Jean-Louis David (qui raconte son histoire) et son créateur, Richard, sont aussi l’occasion pour le duo formé par Caussarieu et Tassy, de critiquer pêle-mêle les coachs de vie, les parents abusifs, le star-system, les groupies, les préjugés ou encore la bourgeoisie.

Si l’humour, tantôt burlesque, tantôt railleur, parfois même potache, est omniprésent, il s’avère parfois poussif dans la première partie du roman. La faute à une exagération et une insistance qui, si elles auraient convenu à un format visuel, se montrent lourdes à l’écrit. Néanmoins, l’écriture reste fluide durant tout le récit et ses 400 pages se lisent facilement et rapidement. Les aventures rocambolesques narrées par Jean-Louis David et les régulières remises en cause de leur véracité par le journaliste offrent des joutes verbales délicieuses entre les deux personnages. Les allers-retours entre leur discussion présente et le passé du vampire sont clairs et dynamiques et font le choix audacieux d’un mélange de narrations au passé et au présent plutôt bien maîtrisé. L’écriture à quatre mains sied à Morgane Caussarieu et Vincent Tassy puisqu’ils ont signé cette année un autre roman qui renouvelle la figure du vampire et dont notre rédacteur Exosk3let vous a parlé ici.

Si vous en avez assez de la bit-lit adolescente, des bellâtres gothiques et des immortels lascifs, offrez-vous une bonne tranche de dérision grâce à Entrevue choc avec un vampire ! Une lecture à se procurer chez les géniales éditions Actusf, garantie sans lycéen qui brille au soleil, mais avec de vrais morceaux de La Nouvelle-Orléans !

Ouvrage reçu dans le cadre d’un service presse.

  1. « Le Vampire : métamorphoses d’un immortel d’Ovide à Fred Vargas » in Le Magazine littéraire, no 529, mars 2013. ↩︎

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