Alors que le genre de l’isekai a été essoré de long en large au point de ne devenir que l’ombre de lui-même, on accueille désormais avec beaucoup de plaisir les quelques rares incursions originales proposées dans cet univers déjà bien codifié. Et croyez-nous, quand on vous dit que le manga Isekai Samurai, en cours de parution chez Meian, est une bouffée vivifiante d’air frais graphique et scénaristique !

L’histoire
Ginko, fille d’une famille guerrière, suit la voie du samouraï et désire plus que tout mourir au combat. Malgré de nombreuses occasions, la mort refuse de l’emporter. Après une errance infructueuse, elle se résout à prier Bouddha de lui donner un moyen de mettre fin à sa vie. Errant à la recherche d’un lieu où mourir, elle est projetée dans un univers fantasy peuplé de monstres… Plus qu’à trouver un adversaire à sa juste mesure !

Vivre…
Un des fléaux du genre isekai depuis de nombreuses années, en plus de sa surproduction évidente, est très certainement d’avoir allié les mécaniques de MMORPG au genre, donnant lieu à un florilège de récit dont les dérivations sont si fines, qu’elles n’offrent que peu de place à quelque chose de nouveau. Côté personnages, le tour est vite fait : quand nombre d’entre eux possèdent des capacités cachées surpuissantes et cherchent à en profiter, d’autres préfèrent vivre leur vie tranquillement. Quand certains désirent recommencer leur vie à zéro avec des connaissances préalables, d’autres se retrouvent mis au ban de leur nouveau monde et cherchent à se venger de cette marginalité forcée… Et ce sera plus peu près tout de ce côté-ci, à quelques rares exceptions comme dans Re: Zero.
Les personnages réincarnés sont légion, mais n’apportent que rarement des éléments innovants en matière d’histoire, qu’ils deviennent des héros aussi farfelus qu’un gérant de supermarché, un distributeur, un cuisinier, un mage, un héros, un méchant, un assassin… La liste des métiers de France Travail y est déjà passée de fond en comble et c’est en grattant désespérément dans les aspérités du genre que votre humble serviteur est tombé sur Isekai Samurai.

…et mourir par le sabre !
Isekai Samurai a de nombreuses qualités et l’une des plus évidentes est bel et bien son dessin. Fougueux, délicatement hachuré et fleurant bon les années 1990-2000 (le chara-design de Ginko rappellera immanquablement Kenshin le vagabond), le trait de Keigo Saito se révèle très technique et empli d’une beauté poétique bien rare dans un genre gavé de modèles graphiques tous similaires. S’ajoute à cela que ce dessin est au service d’un univers tout aussi dense, offrant un lore intriguant, qui n’attend que de se dévoiler. Trois tomes suffisent à saisir la densité du monde fantasy qui nous est proposé, ses enjeux ainsi que ses règles. Voir Ginko se frotter constamment à des barrières sociales et culturelles qu’elle n’a jamais côtoyées rend le tout très savoureux. L’humour, plutôt barré par moments, sait se jouer avec brio de certains codes du genre, tout en ménageant une tension mélancolique, due à la personnalité complexe de Ginko, qui désire vivre selon la voie du sabre envers et contre tout.
À la recherche d’un adversaire à sa mesure, elle ne vit que pour le combat, mais évite de rester dans une posture stéréotypée de personnage surpuissant et impassible, en se révélant par moments touchante et faillible. En effet, venant de la période Sengoku, la force et le combat sont les deux éléments centraux de son existence et le fait qu’elle soit en permanence en décalage face aux situations la rend très attachante. On notera aussi, fait notable pour un personnage féminin dans un manga, isekai qui plus est, qu’elle n’est à aucun moment sexualisée durant l’aventure.
| Isekai Samurai s’avère être une véritable bouffée d’air dans un genre qui en a terriblement besoin. Nous continuerons de le surveiller de très près, afin de voir si l’histoire proposée restera, on l’espère, à l’écart des classiques du genre. Et rien que pour son graphisme léché et son personnage attachant, foncez sans hésitation ! |