Le Dernier écho de notre existence : message posthume

Fable poétique, sensible et profondément humaine, Le Dernier écho de notre existence est une histoire en deux tomes qui aborde, à travers cinq tranches de vie, les différentes manières dont il est possible d’affronter la mort lorsque celle-ci est inéluctable. Ni naïf ni fataliste, ce manga de Yasuo Ohtagaki (scénario, déjà à l’œuvre sur Moonlight Mile et Gundam Thunderbolt) et Yuuki Ohta (dessin) interroge ses lecteurs sur le message qu’ils souhaitent laisser après leur passage sur Terre.

« Et vous ? Quels seront vos derniers mots ? »

Le Dernier écho de notre existence, Yasuo Ohtagaki (studio Toa), Yuuki Ohta

Ginga Rocket

Dans dix mois, la Terre sera détruite par l’impact d’une météorite et toute vie sera exterminée. Il n’y a rien qui puisse être fait pour l’empêcher. Le gouvernement japonais invite donc chaque membre de sa population à inscrire le message qu’il souhaite laisser derrière lui sur une carte qui sera placée dans la Ginga Rocket. Cette dernière sera envoyée dans l’espace, avec l’espoir qu’un jour, quelque part, une espèce intelligente découvre cette ultime trace de l’existence de l’humanité. Mais comment continuer à vivre, à travailler, à aimer… lorsqu’on sait que la fin est aussi proche ? Si certains perdent pied et sombrent dans le désespoir, d’autres choisissent de profiter de l’échéance pour faire la paix avec leur famille, affronter leurs peurs, réaliser leurs rêves et enfin vivre une dernière fois.

Ensemble face à la mort

La vision d’un effondrement civilisationnel proposée par Ohtagaki et Ohta à beau être typiquement japonaise, notamment dans la façon dont la société s’organise face à sa fin imminente, elle n’est pas dénuée d’une certaine crédibilité. Certes, une partie de l’humanité s’abandonne au nihilisme et fait ressortir ses plus vils instincts, une autre choisit le suicide pour ne pas être confrontée à la déchéance de la civilisation, mais certains préfèrent se rassembler, partager, s’aimer et s’entraider pour affronter la fin. Ce sont les questionnements de ces personnages que nous raconte Le Dernier écho de notre existence.

Ainsi, chaque chapitre nous permet de rencontrer un protagoniste différent, avec toujours pour fil rouge les mois qui défilent jusqu’à l’inéluctable échéance. Il y a d’abord Hisae, qui découvre peu de temps après l’annonce qu’elle est enceinte. Takashi, celui qui croit être un raté inutile, mais qui va se découvrir la capacité d’aider son prochain durant cette épreuve. Pour Nanako, qui a toujours rêvé de vivre de grandes aventures, la confrontation avec des émeutiers violents ayant abandonné tout espoir va être une leçon sur la valeur d’une vie paisible. Du côté des trois sœurs Hara, on se demande comment organiser des funérailles dans un monde condamné. Enfin, Tatsuya a bien du mal à trouver encore du sens à son métier de facteur alors que tout s’apprête à disparaître. 

Existence

Plus qu’une histoire de fin du monde, ce manga est une belle leçon de sociologie et de philosophie, qui parle du sens de l’existence, de la famille et du vivre-ensemble. C’est aussi une œuvre au trait soigné, dont les visages sont particulièrement expressifs. Les quelques pages d’introduction en couleur sont faites à l’aquarelle, ce qui leur donne un aspect doux et poétique, qui colle particulièrement bien à l’ambiance réflexive de certaines histoires. Pour autant, ces deux tomes ne sont pas dénués d’action, notamment lorsque le désespoir pousse certains personnages vers la violence.

Sans jamais porter de jugement ou favoriser une ligne de conduite en cas d’effondrement sociétal, le manga nous permet aussi d’interroger la valeur que nous accordons à des notions comme l’argent, le plaisir ou le confort. Il nous propose de réfléchir à l’importance de l’espoir, car dans Le Dernier écho de notre existence, c’est bien uniquement sur l’espoir que repose le projet Ginga Rocket, celui que ces messages, ces ultimes échos, trouvent leur chemin vers une espèce capable de les comprendre à travers l’immensité de l’espace. Une leçon sur l’importance du besoin de transmission, mais aussi sur ce qui fait de nous ce que nous sommes, dans un monde où même la survie n’est plus envisageable. 

Après les excellents Clair Obscur: Expedition 33, Big Fish ou encore Ce qu’il reste de tout ça, Le Dernier écho de notre existence rejoint ces œuvres qui interrogent notre humanité, le sens de notre existence et ce que nous laissons derrière nous après notre passage sur Terre. Un manga philosophique et poétique, entre douceur mélancolique et questionnement intime, qui ne se contente pas de faire réfléchir, mais propose aussi des séquences d’action et d’émotion vibrantes. Un beau diptyque à découvrir chez Delcourt. 

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