ABC Bazooka, un comic à la japonaise

ABC Bazooka est la première incursion en France de Yusaku Sawada, qui signe là un album à la croisée des genres, entre comic et manga, entre récit de super-héros et teenage story, avec pour thème principal : la tolérance.

Méta-humains

Métisse sino-américaine, Aiko Glenn n’est clairement pas une lycéenne comme les autres. Comme un petit pourcentage de la population, elle possède un super-pouvoir, qui a malheureusement causé un accident ayant entraîné la mort de sa mère lorsqu’elle était enfant. Aiko est traumatisée par cet événement, mais elle doit en plus composer avec un monde qui considère majoritairement les « méta », ceux qui possèdent des pouvoirs, comme des déviants ou des menaces. D’autant que la vie au lycée n’est pas vraiment rose, entre son don à dissimuler et les élèves qui la harcèlent. Tout change lorsque Aiko rencontre Chris Cobain, un méta capable de manipuler l’eau. Bientôt rejoints par Becky Allen, la championne d’athlétisme de l’école, qui cache le don de foudroyer ses ennemis, l’équipe de jeunes super-héros va partir à la recherche d’une de leur camarade, qui serait retenue dans un effrayant centre de conversion pour métas.

Un mariage réussi

C’est d’abord le style singulier d’ABC Bazooka qui frappe le lecteur, car, si ses personnages ont hérité le style manga de leur parenté japonaise, l’album, en couleur, grand format et qui se lit de gauche à droite, rappelle clairement les comics américains. Un mariage réussi, malgré des couleurs parfois trop saturées, qui proposent des scènes d’action particulièrement efficaces et une mise en scène dynamique. En revanche, on regrette quelques enchaînements d’événements un peu confus, qui laissent la sensation que l’artiste a fait l’économie de quelques cases pour parvenir à faire tenir son scénario dans un one-shot. Il faut dire qu’avec ses 300 pages de péripéties, ABC Bazooka n’a rien à envier à des publications plus ambitieuses.

Si le récit se définit comme queer, il n’en fait pas son thème principal, ou du moins pas directement. Contrairement à un matraquage au forceps façon Netflix, les personnages LGBTQIA+ ne sont pas ici un sujet, iels existent, tout simplement. Certes, on peut tout à fait voir dans la discrimination des métas une métaphore de celle des communautés queers, mais c’est aussi celle des personnes racisées et ostracisées. Il y a dans ABC Bazooka une manière d’aborder la différence qui rappelle parfois Cadwell Turnbull et sa série de romans Ni Dieux ni Monstres, tant le comic est capable d’être à la fois très politique et très intimiste.

Si ABC Bazooka propose certains schémas et enjeux classiques des comics de super-héros, ses personnages attachants et la sensibilité de son récit sont ses plus grandes forces. Yusaku Sawada est particulièrement pédagogue lorsqu’il s’agit d’intégrer des soucis d’ados dans des problèmes sociopolitiques plus vastes et si iel le fait avec le prisme du fantastique, cela n’empêche pas chaque lecteur et lectrice d’y voir le reflet d’une société bien réelle. Loin du prosélytisme revendicatif ou de la critique acerbe, son message est d’amour, de paix, de tolérance et de vivre-ensemble. Une idée qui peut sembler naïve au regard de la violence de l’actualité médiatique, mais qui, au contraire, n’a jamais été plus nécessaire qu’en ces temps troublés. 

Comic reçu dans le cadre d’un service presse.

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