Après que le réalisateur Thomas Cailleteau s’est attaqué à ce sujet peu prisé au cinéma qu’est le transhumanisme — cette idée d’une après-humanité, d’une transformation vers un stade nouveau — avec Le Règne Animal, voilà que le jeune réalisateur Thibault Emin s’en empare à son tour avec Else. Un huis clos éthéré et poétique mettant en scène l’humanité face à une menace inédite : la fusion de ses corps avec tout ce qui les entoure.

L’histoire de la fin du monde…ou de sa fusion !
Else s’ouvre d’abord comme un étrange métrage dont on ne saura saisir la direction, et ce, malgré une patine vintage agréable magnifiant une photographie laiteuse à souhait. La faute à un démarrage laborieux, qui peine à cimenter les bases de la relation de notre duo de protagonistes (il faut dire que l’écriture du personnage de Cassandre, femme extravertie et totalement dissipée, est insupportable au possible). S’ajoute à cela une courte scène pointant du doigt, avec peu de finesse, le gouvernement français durant la covid, au travers d’un clin d’œil orwellien lourdingue et dispensable.
Mais quand arrive le deuxième tiers, l’intrigue se déploie dans toute sa splendeur visuelle et symbolique : la dégradation progressive de l’appartement servant de cadre à la majorité du film évoquera la forteresse de solitude du personnage, se fissurant face aux assauts d’un dehors toujours plus envahissant et « hypercommunicationnel ».
Ne faisons qu’un
Else agrippe la rétine de son spectateur avec sa proposition graphique élaborée rappelant le travail de Yorgos Lanthimos (Pauvres Créatures, en particulier) ou de Terry Gilliam (Brazil à l’évidence) et n’hésite pas à offrir de multiples pistes d’interprétations quant à cette anomalie qui fait de fusionner les corps dans un chaos visuel toujours plus abouti. D’abord discrète, cette menace englobe vite les corps et les esprits, avec des effets pratiques réussis rappelant le chaos du monde dévasté de Mad God, tout en lorgnant sur le cinéma organique de Bertrand Mandico. Des incrustations régulières de microscopiques fragments absorbant la réalité infusent une tension supplémentaire, qui donne un cachet unique à la direction artistique de Else.
La question de l’ère posthumaine prend ici des allures de conte sur la fin du monde, mais aussi de notre rapport à l’autre dans sa pluralité, de la surveillance de masse et, plus généralement, de la trace que nous laissons sur Terre, le tout au travers d’une fusion avec les objets du quotidien pour ne devenir qu’une masse informe.
| Écologique, politique, poétique et réellement original, Else est à découvrir au cinéma au plus vite ! |