Publié en France par Pika Édition depuis 2018, L’Atelier des Sorciers est une série de mangas signée par Kamome Shirahama, autrice également reconnue pour son travail d’illustratrice, notamment chez Marvel et DC Comics. À la croisée du conte initiatique et du récit poétique, la série s’apprête à tirer sa révérence avec la sortie de son dernier tome prévue dans quelques semaines, durant l’été 2025. C’est l’occasion idéale de revenir sur cette œuvre à la fois accessible et d’une richesse narrative et visuelle rare.
L’histoire
Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique ! Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !
Une plongée dans les pentacles
Kamome Shirahama propose ici une œuvre à la fois accessible et enchanteresse, qui séduit dès les premières pages par la délicatesse de son trait et la richesse de son univers. Bien que l’on puisse être tenté de le résumer à un Harry Potter en version manga, la série s’en détache rapidement pour proposer une expérience bien à elle. On suit Coco, une jeune fille naïve, dont le courage et la gentillesse seront mis à l’épreuve dans un monde régi par des règles strictes, qu’elle découvre peu à peu. Elle fait les choses à sa manière, mais quelle manière ! Elle pourrait devenir l’inspiration de tous les jeunes enfants qui se sentent différents.
Le système magique, fondé sur le dessin de pentacles, est particulièrement inventif : tout repose sur la précision, la forme et la composition des symboles tracés. Loin d’être un simple décor, cette magie devient un véritable langage, un art en soi, auquel le lecteur est initié au même rythme que l’héroïne. C’est cette cohérence de l’univers, enrichie de détails progressifs, qui rend l’immersion aussi naturelle qu’enthousiasmante.
Une œuvre très travaillée
Visuellement, le manga a un style très agréable avec une certaine recherche dans les détails. Alors qu’on pourrait rapidement classer cette série dans les shōjo, l’histoire va se révéler bien plus complexe et peut plaire aux lecteurs de tout âge et de tout genre. L’aspect mignon du style est trompeur car l’histoire est loin d’être mièvre. Les personnages secondaires, parfois caricaturaux au début (notamment les jeunes sorcières aux caractères très distinctifs), gagnent eux aussi en profondeur au fil des tomes.
Mais derrière cette douceur se cache aussi une tension latente : celle d’un monde où la magie est strictement encadrée, voire interdite à ceux qui ne font pas partie du cercle autorisé. Coco, par sa simple curiosité, remet en cause sans le vouloir tout un ordre établi. Ce fil narratif, qui s’installe doucement mais sûrement, confère à l’intrigue une dimension plus grave, voire politique, sans jamais alourdir le rythme ou perdre le ton enchanteur de l’ensemble.
| En résumé, L’Atelier des Sorciers est une série à la fois belle, intelligente et innovante. Accessible aux plus jeunes sans être simpliste, mais également assez riche et profonde pour convaincre un public adulte, cette œuvre est une vraie réussite. Kamome Shirahama prouve qu’on peut encore être surpris par des récits d’apprentissage quand ils sont traités avec autant de finesse et d’amour du détail. |