Fraîchement sortie sous le label Hi Comics, la nouvelle pépite cyberpunk du duo Kot/Moore, The New World, promet un spectacle survolté, et une romance qui l’est tout autant, dans un écrin de toute beauté. Retour sur l’un des immanquables de ce milieu d’année !
L’histoire
L’histoire se place au cœur d’un État américain fragmenté après une guerre civile sanglante, reposant sur des principes de contrôle total, où la télé-réalité et les exécutions en direct font bon ménage, qui rappellera à certains l’excellent Tokyo Ghost de Sean Murphy. Dans cette société de l’hyper-transparence, tout est spectacle, même la mort. Au cœur de cette satire à peine voilée de notre monde contemporain, on suit Stella Maris, justicière ultra-médiatisée, véritable icône télévisuelle en proie au doute, et Kirby, jeune hacker anarchiste désabusé, épris de liberté et d’idées radicales.
Bienvenue dans un monde de violence
Dès son entrée en matière, The New World convoque les grands noms du graphisme : Otomo, avec cette vision nucléaire effroyable, Moebius, au travers de cette Nouvelle Californie haute en couleurs, Charles Burns, avec son trait marqué… Mais le duo Kot/Moore fait davantage que simplement singer les maîtres en proposant une relecture acide, pop et résolument colorée du récit dystopique critique autour d’un État policier extrême.
Si la romance improbable entre les deux semble, de prime abord, recycler les codes de Roméo et Juliette en version punk fluo, elle devient rapidement le catalyseur d’une critique bien plus large : celle d’une société en perte totale de repères, où l’oppression prend des formes douces, presque séduisantes. Notre duo de personnages sert ici une fable nerveuse et visuellement survoltée, où chaque case crie sa révolte.
Moore, au dessin, se lâche complètement. Lignes épaisses, explosions de couleurs, découpage frénétique… Chaque planche regorge de trouvailles graphiques qui font de The New World une œuvre hypnotique et sensorielle, mais qui cache aussi une densité thématique inattendue. À condition d’accepter sa structure un peu chaotique et ses ruptures de ton, le lecteur y trouvera une critique féroce de la société du spectacle, du capitalisme de surveillance et du cynisme générationnel.
| The New World n’est pas qu’un hommage ou un énième futur désenchanté : c’est une B.D. coup de poing, une fresque pop-anarchiste qui embrasse la violence de notre époque avec style, sarcasme et une rage bien sentie. |