En France, on ne connaît souvent que Godzilla pour représenter ce qui est l’un des phénomènes les plus importants de la culture japonaise : les kaiju. Ces monstres géants, souvent marins, ne se limitent pourtant pas au lézard nucléaire le plus connu du monde et sont présents dans les films et la littérature depuis presque quatre-vingts ans. Dans Great Kaiju Gaea-Tima, l’auteur Kent, déjà connu pour le très original Colorless, propose une vision moderne et personnelle de ce phénomène iconique.
Carnage bénéfique
Miyako n’était qu’une petite fille lorsque la ville côtière de Sukuba a été à moitié détruite à cause d’un tsunami provoqué par un monstre géant sorti de la mer. Après le carnage, la créature s’est dissoute dans l’eau en provoquant une étrange augmentation du nombre de poissons et de crustacés, transformant l’événement dramatique en un miracle pour les pêcheurs du coin. Dix ans se sont écoulés, la ville est aujourd’hui riche grâce à la pêche et au tourisme. Les gens se pressent pour visiter l’endroit où les eaux ont été fertilisées par le monstre baptisé Gaea-Tima. Pour Miyako, qui gagne sa vie en fabriquant des figurines de la créature à destination des touristes, le traumatisme laissé par l’attaque d’autrefois est toujours vivace et elle ne partage pas l’enthousiasme de ses pairs au sujet du kaiju. Aussi, le jour où Gaea-Tima émerge à nouveau, la jeune fille voit ressurgir toute la terreur qu’elle avait connue cette nuit-là. Pourtant, le monstre ne semble pas vouloir détruire une nouvelle fois Sukuba, mais plutôt protéger la ville face à un autre kaiju.

Le choc des titans
Kent livre ici un manga qui commence très fort, dans lequel action et aventure s’enchaînent à la perfection. La qualité de ce premier tome doit beaucoup au dessin exceptionnel du mangaka, qui met en scène des combats nerveux et une destruction de grande envergure avec une force et un sens du détail remarquables. Le trait est vif, précis, il donne toute la mesure des affrontements titanesques entre les créatures et des moyens mis en œuvre par les humains pour y mettre fin.

L’émotion n’est pas en reste, avec des visages expressifs, des gros plans judicieux et des jeux d’ombres et de lumière particulièrement bien choisis. Miyako est une héroïne forte, crédible et attachante, malgré son austérité initiale. Sa rencontre avec Tatsukuni, un passionné de kaiju extrêmement jovial, donne un duo de héros à la fois drôle et intéressant. Si certains personnages correspondent à des schémas plus classiques, aucun n’est là pour remplir un rôle superflu.

Les événements s’enchaînent peut-être un peu vite au début du manga, mais le récit finit par trouver son rythme et pose les bases de ce qui promet d’être une aventure à la fois mystérieuse, drôle et pleine d’action. Avec, en prime, une créature qui se paie le luxe d’être à la fois une arme de destruction massive et un genre de pokémon mignon lorsqu’il se manifeste dans une taille réduite. D’ailleurs, la comparaison avec les monstres de poche de Nintendo n’est pas anodine, puisque Kent semble s’en être inspiré pour certains aspects de son œuvre.
| Great Kaiju Gaea-Tima est un manga qui détonne, tant par son action nerveuse que par sa manière de renouveler le genre du kaiju. À la fois drôle, sincère et jouissif, il signe le renouveau, déjà amorcé avec Minus One, d’un genre pour lequel le mangaka Kent livre là une interprétation personnelle et touchante, symbole de toute l’admiration qu’un enfant puisse porter aux monstres géants les plus célèbres du Japon. |