Passé sans silence : les souvenirs d’un auteur font trop de bruit !

Dans Passé sans silence, deux histoires s’entremêlent : celle de Doug, un riche auteur maintenant âgé et atteint d’Alzheimer, et celle de Damien, son personnage, avec lequel Doug se confond de plus en plus. Un roman atypique signé Adrien Mangold, à retrouver aux éditions de l’Homme sans nom.

« Une feuille et un stylo… Une page blanche et de l’encre… Un support à l’histoire, et de quoi la créer. Quel rempart peut contenir cela, inspecteur Cironis ? J’ai fait le tour du monde des dizaines de fois, me suis même aventuré au-delà de ses frontières quand l’envie m’en prenait. Ici ou chez moi, il n’est de serrure qui m’empêche de bâtir des royaumes, voyager dans le temps, faire naître un amour ou éteindre une vie. Les caprices de l’âge n’ont là aucune emprise, et perdre la raison est déjà une évasion en soi. Nul besoin de sens ou de cohérence. L’auteur est le roi des évadés, celui qui partout peut être ailleurs. Qu’importent les murs dans lesquels on l’enferme, il est libre à jamais. »

Passé sans silence, Adrien Mangold

Résumé

Auteur de trois recueils de poèmes au succès retentissant, puis d’une série de romans mettant en scène son héros Damien Nordgal, le célèbre Doug Gueyburt a passé sa vie à écrire. Maintenant qu’il est âgé, la maladie d’Alzheimer grignote petit à petit ses souvenirs, auxquels s’entremêlent les péripéties de Damien. Ayant de plus en plus de mal à distinguer la fiction de la réalité, Doug se sent un jour le devoir d’avouer un meurtre commis par son personnage…

Être atteint d’Alzheimer après l’apocalypse

Les toutes premières pages de ce roman ne s’appréhendent pas aisément : une double temporalité, un narrateur loin d’être fiable et, en prime, un univers de science-fiction ! En effet, Doug Gueyburt n’évolue pas dans notre univers, mais dans une mégalopole qui s’élève au-dessus d’une Terre submergée après la montée des eaux.

Pourtant, Adrien Mangold a conscience qu’il nous embarque dans un récit complexe et il s’en tire avec brio pour disséminer les informations utiles à notre compréhension au fur et à mesure de l’histoire. S’il arrive qu’on s’embrouille, ce n’est pas une maladresse de la part de l’auteur, mais bien sa volonté de nous plonger dans l’esprit fragmenté de son héros !

Doug Gueyburt, un amoureux d’art et d’imaginaire

Et que dire de ce personnage ! Doug est un héros touchant, que l’on commence par prendre en pitié puis auquel on s’attache réellement au-delà de sa maladie. Il est entouré de personnes qui tentent de l’aider : son aide à domicile, un inspecteur chargé d’enquêter sur la disparition de ses manuscrits, un architecte qui se prend d’amitié pour lui… Hélas, ses souvenirs se confondent avec ceux de Damien, son héros tour à tour voleur d’art, scénariste, professeur, frère, amant, assassin. Mais Damien a-t-il existé ? Est-il un être d’avant l’apocalypse, une part de Doug, ou une pure fiction ?

Au-delà de son intrigue emboîtée, Passé sans silence est une ode à l’écriture et à l’art sous toutes ses formes, exploitant la mise en abyme du livre dans le livre à son plein potentiel. Ainsi, lorsqu’il donne un cours d’écriture scénaristique à ses étudiants, Damien Nordgal nous apprend qu’une scène en apparence inutile pour un scénario interroge le lecteur, qui s’attend d’autant plus à un rebondissement dans la scène suivante… nous indiquant ainsi à quoi sert la scène que nous sommes en train de lire.

La Seconde Humanité : un univers étendu

La fin abrupte a de quoi nous laisser sur notre faim. Heureusement, la nouvelle d’Adrien Mangold « Labourer le temps », initialement publiée dans la revue Galaxies Science-Fiction no 80 en novembre 2022, sert d’épilogue à ce roman (même s’il a probablement été écrit après). Elle nous permet de mieux comprendre les liens entre Doug et Damien, entre fiction et réalité, entre passé, présent et futur, ainsi que l’univers étendu d’Adrien Mangold. En effet, il l’a déjà exploré dans ses précédents romans Seconde Humanité et Prototypes.

Passé sans silence est un roman de science-fiction flirtant légèrement avec le fantastique, qui marque autant par son traitement original de la perte de la mémoire que par ses envolées lyriques sur l’amour de l’écriture et de l’art !

Cet ouvrage a été chroniqué dans le cadre d’un service presse.

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑