L’anneau de Gygès : faites attention à ce que vous souhaitez

S’il y a une chose que la série The Boys nous a apprise, c’est que la ligne qui sépare les héros et les méchants est parfois très fine. Le mangaka Takahiro Kato (Humanimals), spécialiste des séries horrifiques, nous montre avec L’Anneau de Gygès que n’importe qui peut devenir un tueur une fois qu’on lui donne des super-pouvoirs. Cela dit, s’il vous était donné la possibilité de faire disparaître quelqu’un d’un simple mot, ne seriez-vous pas tentés vous aussi ?

Disparaît

Takeru, mangaka réputé mais en panne d’inspiration, et son jeune assistant Yu se rendent dans un ancien temple réputé maudit pour tenter de trouver de nouvelles idées. Le premier, en froid avec son responsable éditorial, fait le vœu que celui-ci s’efface pour que sa carrière cesse de stagner tandis que le second, qui manque de confiance en lui, demande à disparaître.
Rapidement, Takeru s’aperçoit qu’il a le pouvoir de rendre les gens invisibles pour peu qu’il le souhaite très fort. Malheureusement pour lui, il fait cette découverte alors qu’il est en plein rendez-vous avec l’éditeur honni et ce dernier menace de révéler son secret. Effrayé et en colère, Takeru le tue… Certes, il peut facilement faire disparaître le cadavre désormais, mais l’événement, lui, restera bien gravé dans son esprit. C’est alors que Yu lui téléphone : le garçon vient de découvrir que, depuis leur visite au temple, il peut se rendre invisible ! Tandis que Takeru est désormais un meurtrier, Yu s’imagine déjà user de son don tout neuf pour devenir un héros. 

Meurtre super-héroïque

Le trait varié et précis de l’auteur donne parfaitement le ton à cette histoire qui oscille entre aventure, suspense et gore. Comme souvent dans ce genre de manga, les quiproquos s’enchaînent et le personnage principal, malgré toute sa bonne volonté, se retrouve entraîné dans une spirale d’actions de plus en plus dramatique. Comprenez que si le récit suit (pour l’instant) une trame classique, il le fait de façon efficace. 

Ce premier tome offre déjà une sacrée dose d’action, puisque les péripéties s’y enchaînent de façon intense. Outre les questions morales, les meurtres plus ou moins accidentels et les superpouvoirs, L’Anneau de Gygès permet aussi de s’immerger dans le monde de l’édition japonaise. Certains personnages sont également joyeusement loufoques et le titre se permet une exagération des stéréotypes, à la manière des shonen de super-héros dont il reprend une partie des codes. Le mélange fonctionne bien et nous laisse imaginer des situations encore plus épineuses pour Takeru dans la suite du manga.

Si le nouveau manga de Takahiro Kato suit pour l’instant une trame plutôt conventionnelle, son mélange des genres fonctionne bien et son dessin est de qualité. Les amateurs de thrillers surnaturels devraient apprécier.

Le saviez-vous : Pour l’anecdote, l’anneau de Gygès est à la fois un artefact magique et une expérience philosophique inventée en Grèce antique. Dans La République de Platon, l’histoire de l’anneau (qui permet à son détenteur de se rendre invisible) est utilisée pour affirmer que le pouvoir corrompt et que la moralité serait uniquement une convention sociale née de la peur de la répression. On laisse chacun se faire sa propre idée sur cette question, mais on doute que Takeru résiste à l’envie d’user de son propre pouvoir dans les prochains tomes !

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