Depuis le début des années 2020, on constate avec une évidence croissante que face à un système cinématographique hollywoodien qui a du mal à remonter la pente post-covid, l’heure est à la recherche de nouveaux horizons filmiques et à la prise de risque des distributeurs occidentaux. L’exubérance du cinéma Bollywood, la puissance percutante des drames sociaux coréens, ou encore le cinéma social suédois… Toutes les pistes sont bonnes à essayer pour satisfaire un public toujours en quête de dépaysement, et ce, même si celui-ci reste encore amateur de certaines franchises bien installées.
Parasite, RRR et tout récemment le film d’animation chinois Ne Zha 2, qui explose tous les records du box-office mondial… Si tous ces exemples s’éloignent grandement des trames narratives occidentales traditionnelles, quelques années auparavant, une explosion visuelle était sortie en salles et semblait annoncer les prémices d’un renouveau de l’animation… Le Royaume des abysses, de Tian Xiaopeng.
L’histoire
Shenxiu, une fillette de 10 ans, est aspirée dans les profondeurs marines durant une croisière familiale. Elle découvre l’univers fantastique des abysses, un monde inconnu peuplé d’incroyables créatures. Dans ce lieu mystérieux, elle trouve le restaurant des abysses, dirigé par l’emblématique capitaine Nanhe. Poursuivis par le Fantôme rouge, leur aventure sera semée d’épreuves et de nombreux secrets. Leur odyssée sous-marine ne fait que commencer.
Le Choc des Cultures
Révélée dans quelques festivals (La Berlinale, Annecy…), cette pépite d’animation ayant nécessité sept ans de travail et la collaboration de 1500 personnes est en adéquation avec l’esprit de travail asiatique, rigoureux et sans failles. Mêlant animation 3D, peinture traditionnelle et usage inédits de logiciels de génération, la qualité de l’oeuvre nous explose au visage dès ses premières frames : un niveau de détail ahurissant dans des scènes titanesques, une vaste palette de couleurs rappelant les peintures à l’aquarelle chinoise, des modèles 3D ultradynamiques où chaque goutte d’eau est à sa place… Impossible de ne pas reconnaître à cette création une maîtrise esthétique absolue, qui ne tombe jamais dans un amas de références mal digérées et qui sait toucher la corde sensible du spectateur, autant dans ses scènes comiques (rappelant les cartoons à la Tex Avery) que dans ses instants dramatiques.
| Cette odyssée fantasmagorique, rappelant Le Voyage de Chihiro, ne laisse jamais les spectateurs dans l’ennui et s’offre aisément à un public occidental, qui n’aura jamais besoin de connaître le folklore chinois pour s’accaparer ces rêveries fantastiques. Débordant de thématiques visuelles inspirées, Le Royaume des abysses se hisse sans crainte parmi les plus grands noms de l’histoire de l’animation. |