Barnstormers, amour, meurtre et septième ciel

Au dessin de Barnstormers, on reconnaît immédiatement le trait caractéristique de Tula Lotay, déjà à l’œuvre sur l’excellentissime Somna. Cette fois-ci, l’artiste s’associe à Scott Snyder (Canary, Absolute Batman…) pour délivrer d’une cavale en avion durant les Années folles, qui met en scène un pilote américain et une arnaqueuse de haut vol !

« Elle n’a plus peur tant qu’il est aux commandes. Et lui non plus. Parce qu’ils sont trop haut pour être atteints. Trop rapides pour êtres pris. Trop brûlants pour qu’on les touche. »

Barnstormers, Lotay, Snyder, Delcourt

Voltige

Hawk E. Baron rêve de percer dans le barnstorming, des spectacles de voltige toujours plus audacieux. Avec son avion, il sillonne les États-Unis dans l’espoir de gagner quelques dollars grâce à son show, mais c’est lorsqu’il rencontre Tillie que tout change. Comme lui, la belle n’a pas froid aux yeux et elle fuit un lourd passé. Entre les deux, l’alchimie est immédiate, Tillie devient la partenaire d’Hawk, leur succès décolle, mais devenir la coqueluche des foules c’est aussi attirer l’attention de certains individus indésirables à la poursuite des deux tourtereaux.

Une Amérique en plein bouleversement

Sans surprise, le dessin de Barnstormers est époustouflant. Mise en scène, couleurs, découpage… Tula Lotay n’a rien perdu de son talent et sublime avec brio le scénario de Scott Snyder. Loin de proposer une simple version volante de Bonnie et Clyde, ce dernier développe un récit d’aventure passionnant, sur fond de lutte des classes, de vengeance, de traumatisme et de quiproquos parfois mortels. 

Bien qu’il contienne quelques salopards patentés, le récit est rarement manichéen et on s’attache au couple de fuyards autant qu’à Zeke West, le détective chargé de les retrouver. L’album doit aussi beaucoup à son cadre : une Amérique en plein bouleversement après la Première Guerre mondiale, à l’industrie galopante et aux classes sociales de plus en plus marquées.

Les amateurs de vieux coucous seront aux anges ! Hawk pilote un Curtiss JN-4 « Jenny », biplace à doubles commandes fidèlement représenté, qui fut réellement l’avion de prédilection des pilotes de cirque à cette époque. Si Hawk et Tillie sont des personnages de fiction, le ciel est apparu comme un nouvel espace de liberté et de possibilités pour nombre d’anciens pilotes des années 1920, ce qui a permis le développement de l’aviation commerciale et touristique. Un sentiment particulièrement bien retranscrit chez les deux personnages principaux, qui, outre la course-poursuite dans laquelle ils sont engagés, s’envolent pour se sentir libres, débarrassés du poids des attaches et des obligations qu’ils laissent sur la terre ferme. 

Attachant et sincère

Là où Snyder et Lotay rendent leur duo particulièrement attachant, c’est à travers l’histoire personnelle de chacun. Tillie, qui affiche l’air d’une jeune femme désabusée et cynique, à envie de croire à la liberté proposée par Hawk et à la possibilité de se construire une nouvelle vie, en faisant table rase du passé. De son côté, le pilote est frappé d’hallucinations suite à un accident qu’il a subi. Ces visions sont la cause de sa fuite, lui qui est persuadé d’être poursuivi par quelque chose. Ce déséquilibre mental n’est jamais montré de façon à déshumaniser le personnage, bien au contraire. Si le scénario ne gomme pas le danger qu’il représente (pour Hawk comme pour les autres), il en fait la source d’une souffrance et la raison pour lequel Tillie s’attache autant à son compagnon : lui qui lui semble aussi brisé, aussi différent qu’elle.

L’histoire d’amour entre les deux n’est jamais forcée ni racoleuse et propose un érotisme soft qui colle parfaitement à l’ambiance glamour des années 1920. Il y a beaucoup de sincérité dans ce couple réuni par le destin, au sein duquel se développe une véritable alchimie.

Aussi beau sur le fond que sur la forme, Barnstormers se fait le reflet d’une époque charnière pour l’aviation et l’Amérique, à travers une histoire d’amour et de liberté digne des plus grands récits d’aventure. Un one-shot exceptionnel, qui se lit d’une traite, tant il est impossible de le lâcher une fois commencé.

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