Sarah Beth Durst nous offre avec La Petite Boutique de sortilèges un roman de cosy fantasy qui fera du bien à tous les lecteurs souhaitant s’éloigner des batailles épiques. Édité aux éditions Bragelonne, ce roman est un appel à la solidarité et à l’espoir, alors qu’actuellement, ces valeurs sont de plus en plus troublées.
« Sur le perron, devant la porte en piteux état se trouvait un panier contenant plusieurs roulés à la cannelle et aux raisins recouverts de glaçage, ainsi que trois œufs de poule et un morceau de fromage. — Ça, c’est gentil, convint-elle. Bon d’accord. C’était un voisin sympathique qui ne comprenait pas le concept des limites de propriété. »
L’histoire
Kiela, une bibliothécaire introvertie et passionnée de magie, voit sa vie basculer lorsque la grande bibliothèque impériale dans laquelle elle travaille est détruite lors d’une révolution. Accompagnée de son assistant Caz, une plante magique douée de conscience, elle fuit vers son île natale, un lieu qu’elle espérait ne jamais revoir.
Installée dans la vieille maison familiale, Kiela découvre un village appauvri et négligé par l’empire, où la magie censée les aider cause désormais plus de mal que de bien. Résolue à venir en aide aux habitants, elle décide d’ouvrir en secret une boutique de sortilèges, au risque de braver les lois impériales. Peu à peu, Kiela apprendra à tisser des liens et à s’ouvrir aux autres tout en redonnant espoir à ceux qui l’entourent.
Entre tendresse et petits bonheurs quotidiens
Sarah Beth Durst propose avec ce roman un univers empreint de délicatesse, à la fois magique et profondément humain, redonnant foi aux petits bonheurs du quotidien. Même les mots choisis sont porteurs d’une certaine douceur – un mérite que l’on doit en partie à la qualité de la traduction. L’ambiance qui se dégage des pages du roman n’est pas sans rappeler certains films d’animation du studio Ghibli, avec ses décors bucoliques et ses êtres surnaturels. Les liens entre les personnages renforcent cette idée, avec la bienveillance omniprésente, la confiance et les efforts de chacun pour construire une communauté où tout le monde se sent à sa place.
Un récit reposant sans grands rebondissements
Le roman prend son temps, notamment dans ses premiers chapitres, où l’on suit Keila qui quitte sa bibliothèque pour fuir la ville et retrouver son île natale. Ce n’est que lorsqu’elle décide de s’installer dans son village d’enfance et d’y ouvrir une boutique de sortilèges qu’un véritable souffle anime le récit. À partir de là, les différentes péripéties s’enchaînent, sans toutefois donner un rythme trop rapide pour une cosy fantasy.
La romance entre Kiela et son voisin suit cette même direction narrative. Nulle passion dévorante ici, mais un lien sincère qui se développe avec naturel, sans forcer l’émotion. Le peu de tension dramatique est rapidement désamorcé : le roman ne cherche jamais à dramatiser, mais plutôt à rassurer.
En résumé, La Petite Boutique de sortilèges ne cherche pas à bouleverser les codes de la fantasy ou à briller par la complexité de son intrigue, mais plutôt à apaiser. Sarah Beth Durst y construit un récit doux, centré sur la reconstruction de soi, la communauté et la magie discrète du quotidien. Si son rythme lent et son absence de tension dramatique peuvent désarçonner les lecteurs avides de rebondissements, ceux qui s’y abandonneront trouveront un livre tendre, lumineux et inspirant.