Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.
Que feriez-vous si la fin du monde était soudain annoncée ? Dans ce récit d’anticipation de Manon Fargetton publié chez Gallimard Jeunesse, six personnages se rencontrent et s’entraident sur la route qui les mènera au rivage des derniers survivants.
« On n’avait pas prévu ça. On avait prévu les tornades, les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les pluies de météorites, les catastrophes nucléaires, la montée des eaux, les bombes atomiques, la planète qui étouffe sous la pollution, la surpopulation, les épidémies, les manipulations génétiques qui tournent mal. On avait prévu l’humanité qui s’autodétruit. Mais ça, on ne l’avait pas vu venir. »
Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton
Un dernier voyage
Deux lignes d’explosions ravagent la Terre. Nul n’en connaît l’origine mais, quand elles se rejoindront au large de notre côte atlantique, le monde sera détruit. Sur les routes encombrées de fugitifs qui tentent en vain d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par le destin. Ensemble, ils ont dix jours à vivre avant la fin du monde…
Dans la première moitié de ce roman haletant, les personnages principaux ne se connaissent pas encore. Pourtant, à l’annonce de l’apocalypse imminente, ils se fixent le même objectif : rejoindre cette plage de Bretagne où les deux lignes d’explosions se rencontreront. Leurs chemins se croisent et la tension monte tandis que l’humanité perd tous ses points de repère. Je me suis essentiellement attachée à Brahim, chauffeur de taxi divorcé qui fait toujours passer les autres avant lui, et à Valentin, jeune homme déjà brisé par la vie qui joue de multiples rôles pour s’intégrer dans la société.
« Ce qui m’intéresse dans l’idée de fin du monde, c’est le compte à rebours. Le futile n’a plus cours, les plans sur vingt ans non plus. On se recentre sur l’essentiel, sur les “dernières fois” », nous dit l’autrice, Manon Fargetton, sur la quatrième de couverture. Conséquence de ce parti pris : des chapitres ultracourts avec une alternance de points de vue, ce qui rend la lecture addictive.
À la frontière du fantastique
Une fois arrivés à destination, nos protagonistes se résignent à profiter de leurs derniers instants… à moins qu’ils ne trouvent une solution miracle pour survivre ?
La deuxième moitié du roman prend une dimension bien plus fantastique. Gwenaël, l’auteur de la bande, s’éloigne de sa compagne Sara et ne peut s’arrêter d’écrire tant qu’il n’a pas achevé son manuscrit en cours. Les passages de son texte prennent de plus en plus de place et coïncident étrangement avec la première histoire.
Cette partie du récit m’a moins convaincue. Cependant, il faudra se contenter de l’explication onirique qu’elle propose sur l’origine des explosions, car nous n’en aurons pas de plus rationnelle. La fin ouverte pourra se révéler frustrante pour les lecteurs, mais au moins pour ceux qui ne veulent pas voir leur protagoniste favori mourir, la conclusion reste ambiguë sur la survie ou le destin tragique de certains personnages.
Dix jours avant la fin du monde est un roman choral prenant, un récit de vie(s) davantage que d’action, qui nous prouve que la science-fiction française n’a rien à envier aux best-sellers américains.