De l’utopie à la dystopie, il n’y a qu’un pas

Du nouveau monde (Shin Sekai Yori), de Yūsuke Kishi, nous plonge dans une société futuriste où l’humanité survit grâce au juryoku, un pouvoir psychique. Sorti en 2008 au japon, le roman a été adapté en Manga et série d’animation de 2012 à 2014. À travers les yeux de Saki et de ses amis, ce premier tome révèle peu à peu la face cachée de leur monde, en apparence parfait. Au menu : harmonie factice, secrets terrifiants, manipulation et domination. Un récit fascinant sur la liberté, la mémoire et le contrôle.

« La raison d’être des Bibliothèques est de protéger le savoir, qui est un bien de l’humanité, or, malheureusement, à un moment donné, elles devinrent la cible d’attaques. »

Du nouveau monde, Yūsuke Kishi, éditions Robert Laffont

L’histoire

À Kamisu 66, une communauté rurale japonaise bâtie au cœur d’une nature luxuriante, les habitants vivent dans l’harmonie et l’égalité. Quant aux menaces extérieures, elles sont tenues à distance grâce au Cordon sacré.

Comme tous les adolescents, Saki et ses amis attendent avec impatience d’être initiés au jyuryoku, un puissant pouvoir psychique. Et si la réalité était plus sombre et plus inquiétante que celle qui leur a été enseignée ? Leur trop grande curiosité risque de mettre en péril cette fragile utopie…

L’école de la pensée unique.

L’histoire débute dans une société en apparence paisible, mais qui repose en réalité sur un contrôle social implacable. Pour maintenir cette harmonie factice, l’éducation, la mémoire et même la biologie des citoyens sont manipulées. Toute personne jugée instable disparaît mystérieusement et l’on attribue ces disparitions au chat corrompu, une créature légendaire censée punir ceux qui ne respectent pas les règles. De plus, les humains sont génétiquement modifiés pour être incapables d’utiliser leur juryoku contre leurs semblables, un mécanisme garantissant la stabilité du régime. Cette société soulève une question troublante : peut-on préserver la paix en sacrifiant la liberté individuelle ?

L’Académie Générale incarne à elle seule ce système de contrôle, façonnant la pensée de ses élèves bien plus qu’elle ne les instruit. La véritable histoire du monde leur est cachée, leurs souvenirs sont altérés et ceux qui posent trop de questions rencontrent le chat corrompu. Loin d’être un simple lieu d’apprentissage, l’école devient un instrument de sélection où seuls les individus jugés « fiables » atteignent l’âge adulte. Cette éducation, fondée sur la peur et la manipulation, maintient une société obsédée par l’ordre, quitte à sombrer dans l’autoritarisme. Pourtant, malgré cet endoctrinement, certains événements vont fissurer cette illusion de stabilité. Saki et ses amis, en explorant les limites de leur monde, perçoivent des incohérences dans les récits qu’on leur inculque. La disparition de leurs camarades, des souvenirs troublants et d’étranges rencontres avec des rats-montres les poussent peu à peu à remettre en question l’ordre établi.

Amis ou ennemis, quand tout devient flou.

S’ensuit alors une véritable quête de vérité. À travers les yeux de Saki et de ses amis, l’histoire se transforme en un récit initiatique où l’innocence de l’enfance se heurte brutalement à la réalité du monde. Au fur et à mesure qu’ils sortent de leur périmètre de sécurité, les adolescents découvrent un univers bien plus complexe et dangereux qu’ils ne l’imaginent. Ce qui débute comme une simple exploration de leurs pouvoirs devient rapidement une prise de conscience effrayante : leur société leur ment et manipule leur existence. Chaque disparition autour d’eux n’est pas un accident, mais une décision délibérée des dirigeants pour maintenir l’ordre. En approchant de la vérité, ils réalisent que leur survie dépend de leur obéissance aveugle, mais aussi de leur capacité à ne pas remettre en question un système qui n’accepte aucune forme de rébellion.

Alors qu’ils se retrouvent hors de leur communauté, à la merci d’un monde extérieur qu’ils ne connaissent pas, leur rencontre avec les rats-montres, perçus comme de simples serviteurs par les humains, ajoute à la confusion de leurs certitudes. Bien que dominées par le juryoku, ces créatures semblent cacher un désir d’émancipation, défiant ainsi l’ordre établi. Sous leur apparente soumission, une tension latente monte avidement et la frontière entre alliés et ennemis devient alors floue. Si les rats-montres respectent et craignent les humains, leurs véritables intentions restent suspectes.

Cette première partie de Shin Sekai Yori jette les bases d’un monde dystopique oppressant, où la mémoire est altérée, la liberté restreinte et la peur omniprésente. En explorant les thèmes du contrôle social, de la corruption du pouvoir et des relations entre dominants et dominés, le roman propose une réflexion sur ce que signifie vraiment être humain. Le mystère entourant la société de Saki et ses amis ne cesse de s’épaissir et chaque révélation ne fait qu’amplifier le malaise du lecteur. Ce n’est que le début d’une descente vertigineuse dans un monde où vérité et mensonge s’entrelacent dangereusement, le premier tome est disponible chez Robert Laffont. Un roman dont la lecture m’a été conseillé par notre chroniqueuse Alex Moon, merci pour ce moment.

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑