Conçu par le développeur indépendant espagnol HiWarp, Naiad est un jeu solo qui promet une expérience relaxante et paisible, dans laquelle il est question d’accompagner la nymphe de l’eau éponyme dans son voyage vers l’aval. Sous son apparence de puzzle-aventure, le titre propose une réflexion sur le cycle de l’eau et son importance, mais également sur la vie elle-même.
Nage droit devant toi
Descendre les cours d’eau aux côtés de Naiad, c’est nager avec les poissons, rencontrer la faune qui peuple les berges — cerfs, loutres, oiseaux et bien d’autres —, recevoir la grâce du soleil et chanter avec la nature. C’est également découvrir les secrets qui se cachent au bout d’un chemin sous-marin ou dans des grottes obscures, tout en se laissant bercer par le courant. Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche des lieux habités par l’humain, l’eau devient sale, polluée, son flux est gêné par toute sorte de déchets et d’installations non naturelles. La petite nymphe aquatique va devoir faire preuve d’astuce et de courage pour se frayer un passage et faire renaître la vie.

Curiosité et réflexion
Naiad se présente comme un jeu d’aventure et d’exploration sans mort ni violence, conçu en premier lieu pour susciter la curiosité et la réflexion. Si chaque niveau invite à réaliser toutes sortes de petites missions annexes, dont certaines offrent de nouvelles capacités à l’héroïne, il est en effet possible de les traverser en ignorant toutes les interactions proposées, sans conséquences sur le scénario. Pour autant, ce serait passer à côté des messages et des valeurs portés par le jeu.

On se plaît donc à chercher tous les poissons qui traînent de-ci de-là pour les emmener avec nous vers l’aval, à réunir des canetons auprès de leur mère ou encore à guider les papillons vers des fleurs gorgées de nectar scintillant. Pour ce faire, Naiad peut nager sous l’eau, ce qui augmente sa vitesse de déplacement, se propulser comme une grenouille pour une impulsion courte mais intense, chanter pour attirer vers elle les créatures de la rivière ou encore agiter la main.
« Aider certains animaux à s’abreuver peut offrir de nouveaux pouvoirs, comme nager plus vite, pousser des objets ou briser certains rochers. »
La plupart de ces interactions permettent de résoudre de petites énigmes : guider les grenouilles vers des nénuphars permet de révéler des chemins secrets et aider certains animaux à s’abreuver peut offrir de nouveaux pouvoirs, comme nager plus vite, pousser des objets ou briser certains rochers. Les seize environnements sont chacun divisés en quatre niveaux dans lesquels il est possible de trouver des fragments de poème, une essence de plante particulière et une aria, une mélodie que Naiad pourra chanter, liée à un élément naturel tel que le vent ou l’orage.

Certains sont très très bien cachés et il faudra fouiller minutieusement chaque niveau pour les découvrir. Cependant, pas de panique, il reste possible de rejouer un niveau précédemment réussi en conservant les éléments déjà découverts (mais pas les pouvoirs débloqués ultérieurement). Notez que durant notre partie, un bug a réinitialisé notre progression du niveau 12 au niveau 5 sans aucune raison apparente.

Mignon et coloré
Si les graphismes de Naiad sont minimalistes, ils sont loin d’être simplistes. Mignon et coloré, son style lui permet de tourner sur presque toutes les machines — y compris les consoles de la génération précédente — en affichant des couleurs vives, des personnages immédiatement identifiables et une ambiance agréable. Cette dernière évolue bien sûr en fonction des environnements traversés, joyeuse et pétulante dans les forêts, elle se pare de teintes ocre à l’occasion d’un passage dans les marécages, et fait place au violet et au bleu nuit lorsque vient le moment de traverser d’obscures grottes.

« À l’image de l’eau qu’elle incarne, Naiad trouve toujours un chemin, un interstice dans lequel se glisser. »
Lorsque vient le moment de traverser la ville ou les usines et que l’eau devient polluée, l’ambiance se ternit. Tons gris, froids, nappes de liquides dans lesquels il devient difficile de nager… même les oiseaux et les écureuils laissent place aux mouches et aux rats. Progresser devient plus compliqué, mais, à l’image de l’eau qu’elle incarne, Naiad trouve toujours un chemin, un interstice dans lequel se glisser. Les nombreux débris qui jonchent le courant peuvent la ralentir, mais jamais la stopper.

La musique, elle aussi, se montre particulièrement juste et inspirée. Elle accompagne parfaitement le périple de Naiad, se montrant enjouée durant la découverte de l’aventure, mystérieuse lors de l’exploration de grottes immergée et dramatique quand nous sommes confrontés à la pollution de l’eau. Les arias, pour lesquelles il faudra trouver un guitariste caché dans les différents niveaux, sont également particulièrement inspirées. Certaines, comme celle du tonnerre, redonnent de l’espoir au joueur après un passage dramatique, ou viennent l’apaiser lors de certains événements plus tendus.

Réflexions
Si Naiad se veut avant tout une aventure proposant une réflexion écologique, centrée sur la nature, ce n’est pas son seul message. En plus de l’accent mis sur l’importance de l’eau et la nécessité de la préserver, puisque sans elle, pas de vie possible, le jeu propose également une métaphore de la vie elle-même, à travers son personnage principal.

Tout au long de l’aventure, il est possible de croiser des zones éclairées par le soleil qui, si l’ont se place en dessous, font grandir Naiad. Pourtant, passé un certain stade du jeu, ces rayons commencent, au contraire, à la faire vieillir. Arrivé au terme du récit, il nous apparaît que celui-ci représente, aussi, les différentes étapes de la vie. Ainsi, la période joyeuse et insouciante du début peut être vue comme l’enfance de Naiad, suivi d’une phase qui se complexifie, telle l’adolescence. La perte de ses illusions et les vicissitudes de l’existence jalonnent son âge adulte, jusqu’à ce que la vieillesse lui apporte une paix et une philosophie, gagnée grâce à son expérience.

Une vision corroborée par les deux seuls personnages parlants de l’aventure, que nous surnommerons Nuage et Ténèbres, qui encouragent ou découragent Naiad en fonction des épreuves qu’elle affronte. Ces deux protagonistes évoquent ainsi la conscience (un peu comme lorsque les cartoons la représentent sous forme d’un ange et d’un démon sur chaque épaule de leurs héros) qui guide l’héroïne le long de son périple et qu’il faut parfois écouter ou combattre.

Avec une conclusion sublime et pleine de sagesse, et une fin complète qui ne se révèlera qu’à ceux ayant la persévérance de percer tous ses secrets, Naiad est une très belle aventure, poétique, écologique et artistique. Un titre qui nous rappelle que le jeu vidéo n’a parfois pas besoin de graphismes dernière génération et d’une équipe de trois cents développeurs pour faire passer un message. Comme l’eau, qui trouve toujours un chemin, la passion d’Elwin Gorman, créateur solo du jeu, a su trouver le sien et s’exprimer de la plus belle des manières.
| Si Naiad peut se boucler en quatre heures, nous conseillons à ceux qui voudraient s’y essayer de prendre leur temps, de profiter du voyage et de son message, d’admirer ses décors et de se laisser bercer par sa musique au rythme des flots qui accompagnent son personnage principal. À l’image de la vie qu’elle interprète, ce n’est pas la destination qui compte dans cette aventure, mais bien chaque étape et chaque rencontre qui la jalonnent. Une très belle œuvre, pleine de poésie, à découvrir sur consoles et PC. |