Si vous ne connaissez pas Renaissance, cette fantastique série de science-fiction française en six tomes, qui propose un futur dans lequel les aliens ne viennent pas pour nous envahir, mais pour nous sauver de nous-mêmes, alors il est urgent de la découvrir. Et si vous êtes déjà adepte de l’œuvre de Fred Duval, EMEM et Fred Blanchard, alors vous serez ravis d’apprendre qu’Apogée, préquelle à Renaissance, sera disponible dès le 17 janvier 2025. Reçu en avant-première chez les Mille Mondes, le tome 1 de ce nouveau cycle, baptisé Les boucles de Céladön, se montre déjà aussi passionnant que la série originelle.
« Un diplomate se prépare toute sa vie à devoir écrire ce genre de discours, mais passe sa carrière à travailler pour ne jamais avoir à les prononcer. »
Apogée ; Les Boucles de Céladön, éditions Dargaud, Fred Blanchard, EMEM, Fred Duval
Aux origines du conflit
Loin de la Terre, de Näkän et bien des siècles avant les événements de 2084, qui provoqueront la rencontre entre les différents peuples de l’alliance intergalactique et l’humanité, les Öuröbörös se préparent à briser leurs accords de paix envers les planètes du Complexe. Dame Eliz, une dissidente öuröbörös opposée aux ambitions colonialistes de son peuple, tente de prévenir les représentants de cette fédération de planètes alliées. Pourchassée, elle finit par s’écraser sur Ötöne, une terre sauvage et paisible. Elle va y faire la rencontre d’une autre espèce exogène inconnue : un humain, en la personne du centurion romain Marcus Valérius. Celui-ci, enlevé sur Terre et abandonné sur Ötöne avec la conviction qu’il se trouve désormais dans l’au-delà, la prend pour une étrange divinité. Pendant ce temps, sur Törö, les Öuröbörös chargent le mercenaire Cröne, de retrouver Eliz par tous les moyens, tout en se préparant à lancer l’assaut sur les planètes du Complexe.
Une B.D. impeccable
Bien que la lecture de Renaissance ne soit pas indispensable pour saisir les enjeux d’Apogée, on vous conseille tout de même de passer d’abord par la série originale, afin de repérer tous les petits clins d’œil et les secrets révélés par ce tome. Comme toujours, auteur et dessinateurs ont réalisé un vrai travail d’orfèvre pour rendre la bande dessinée impeccable. Les environnements, sauvages comme urbains, sont magnifiques et les scènes fourmillent de détails. Malgré la profusion de peuples, de cultures et de noms, le récit ne perd jamais ses lecteurs. Il est très plaisant, pour les fans, de découvrir des événements tout juste évoqués dans Renaissance et de vivre l’origine du conflit avec les terribles Öuröbörös. C’est également agréable d’en apprendre plus sur certaines des cultures interstellaires apparues dans l’hexalogie, mais qui gagnent ici plus de place pour se développer. Que le néophyte se rassure, ne pas remarquer les références glissées ça et là n’empêche pas de profiter d’un superbe récit d’aventure.
Le rythme est lui aussi parfaitement maîtrisé. Les pages mettant en scène les enjeux politiques succèdent aux batailles spatiales, et l’exploration d’Ötöne est ponctuée de fuites haletantes. De même, l’invasion de Kerath, événement majeur de ce premier tome, rappellera aux fans de la licence Halo, la chute de Reach, dans le jeu du même nom. Duval, EMEM et Blanchard sont toujours aussi talentueux quand il s’agit de rendre leurs personnages crédibles et « humains ». Si le sous-texte social est présent, comme dans Renaissance, c’est plutôt les questions écologiques (déjà largement abordées dans la série) qui semblent ici prendre toute leur place. Avec un final qui promet bien des surprises, Apogée est une excellente préquelle dont il nous tarde de découvrir la suite.
Si vous aimez les space operas, les fresques politiques et sociales, les batailles épiques et l’aventure, alors nul doute que vous adhérerez à l’univers d’Apogée. Bien moins manichéen qu’un Star Wars et plus proche de nos problématiques qu’un Star Trek, l’univers de Renaissance trouve ici une nouvelle manière de repenser la science-fiction.