La Servante écarlate : Trump l’a rêvé, Margaret Atwood l’a écrit.

Dans (Re)Lire, nos rédacteurs se penchent sur des œuvres qui ne sont pas des nouveautés, mais qui ont marqué la littérature. Qu’il s’agisse de succès intemporels ou d’ouvrages injustement méconnus, venez (re)découvrir ces pépites du passé à nos côtés.

Margaret Atwood, est une auteure canadienne connue pour ses récits mêlant science-fiction et critique sociale. Publié en 1985, La Servante écarlate (The Handmaid’s Tale) est une œuvre phare de la littérature dystopique, avec une réflexion sur la liberté, le pouvoir et les droits des femmes. En 2017, le roman a été adapté en série sur Prime vidéo et réédité chez Robert Laffont en 2021, permettant de donner à l’œuvre une résonance encore plus actuelle. Après la réélection de Trump, Richard Lecastor a eu envie de vous parler de ce roman d’anthologie, qui n’apparaît finalement plus si dystopique que cela.

« Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

Defred, La Servante écarlate, Robert Laffont

L’histoire

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, servante écarlate parmi d’autres à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, voit son corps mis au service d’un commandant et de sa femme. Le soir, dans sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau clandestin, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Quand le corps des femmes devient LE symbole de l’oppression…

Margaret Atwood nous plonge dans un futur glaçant où un régime théocratique totalitaire, contrôle chaque aspect de la vie, notamment celle des femmes. Elles sont réduites à des rôles strictement définis, privées de leurs droits fondamentaux et asservies au nom d’une idéologie religieuse dévoyée. Les femmes sont désormais classées en castes distinctes : les Servantes, comme l’héroïne Defred, sont des esclaves reproductrices, cantonnées à leur capacité à procréer ; les Épouses, qui sont souvent stériles, sont les femmes des puissants dirigeants et bénéficient d’un statut privilégié, mais restent confinées à des rôles domestiques ; enfin, les Marthas assurent les tâches ménagères tandis que les Tantes surveillent, éduquent et endoctrinent les autres femmes telles les instruments du système patriarcal.

Afin de répondre à une crise de la fertilité, le régime de Gilead prétend offrir une protection à tous ses citoyens, mais en échange d’une perte totale de liberté personnelle. Par exemple, il est formellement interdit aux femmes de lire et d’écrire. Cette interdiction ne se limite pas à un simple déni d’accès à la connaissance ; c’est une suppression de leur autonomie intellectuelle, leur capacité à communiquer librement, et leur individualité. Ce roman explore donc plusieurs thèmes : l’oppression des femmes, la manipulation du corps et de la reproduction, tout en dénonçant les dangers d’un pouvoir absolu qui s’arroge le contrôle du langage et de la pensée.

… la révolte passe par un devoir de mémoire et d’émancipation .

À travers le récit de Defred, l’auteure dresse un portrait saisissant de la résistance face à la déshumanisation et les luttes pour préserver son identité. Narré à la première personne et ponctué de flashbacks qui montrent sa vie avant Gilead, les souvenirs contrastent avec le présent, soulignant l’importance de la mémoire pour maintenir une lueur d’espoir dans une société qui cherche à l’effacer et à tout contrôler.

Ce récit est bien plus qu’un récit dystopique ; c’est une réflexion universelle sur les dérives sociétales, inspirée par des faits historiques bien réels. L’auteure a déclaré que rien dans le roman n’avait été inventé sans un précédent historique ou réel. Nous retrouvons des emprunts : aux colonies théocratiques et puritaines de la Nouvelle-Angleterre du XVIIe siècle, régissant strictement la vie quotidienne par des lois religieuses, imposant des rôles genrés et punissant sévèrement les femmes déviantes ; au système esclavagiste, notamment en Amérique, où des individus étaient réduits à des rôles utilitaires ; ou les régimes totalitaires du XXe siècle (Allemagne nazie, Union soviétique) avec leur machine de propagande, la surveillance, les dénonciations et la répression brutale des dissidents.

Atwood interroge subtilement la responsabilité collective, la complicité passive et la résilience individuelle dans un contexte oppressif. Avec une écriture à la fois incisive et poétique, elle nous invite à questionner les mécanismes de pouvoir et les libertés que nous tenons pour acquises. À la lumière des événements actuels, le roman est un avertissement intemporel, toujours d’actualité dans un monde où les droits des femmes et la liberté sont régulièrement menacés : monté du fascisme en Europe, privation des libertés, interdiction de l’avortement dans plusieurs états des États-Unis.

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