Songs of Silence abat ses cartes

Si la sortie console de Songs of Silence est malheureusement entachée par des bugs plutôt gênants (sauvegardes impossibles à lancer et temps de chargements excessivement longs, pour ne citer qu’eux), le deck building stratégique du studio allemand Chimera Entertainment cache néanmoins de sacrés atouts dans sa manche.

Le chant de la vie

Au début, il n’y avait qu’une faible mélodie, l’hymne divin. Au fil du temps, cette chanson est devenue plus forte, plus vibrante, plus substantielle. Elle a formé le monde au sein du néant, puis a donné naissance aux dieux primordiaux, qui ont à leur tour créé toutes les bêtes de la terre jusqu’aux humains. Mais ces Dieux ont fini par s’affronter jusqu’à déchirer le monde en deux. Le séparant en un royaume de lumière et un autre d’obscurité. L’obscurité convenait aux Premiers-Nés, les descendants des divinités, mais bientôt une nouvelle civilisation humaine naquit : Les Starborn, qui prirent possession du monde de lumière.

Les deux peuples auraient pu vivre dans une paix relative malgré leurs différences, mais c’était sans compter sur le Silence : un phénomène inexplicable et insatiable qui dévore l’hymne, source de vie, pour ne laisser que le silence. Tous les efforts pour arrêter sa propagation se sont avérés vains jusqu’à présent. Les royaumes humains sont confrontés à une ère anarchique de chaos et de désespoir, qui annonce leur disparition imminente. Bientôt, des fanatiques religieux s’élèvent pour louer le Silence et propager son œuvre. Ils se lancent dans une croisade maléfique, usant des terribles Purgateurs, des monstruosités corrompues par le Silence, afin de conquérir les royaumes et d’étouffer l’hymne. Une alliance ténue se forge entre la reine des Starborns, Lorelai, et le chef des Premiers-Nés, Akard, pour tenter d’empêcher la destruction de tous les mondes et la fin de l’hymne.

Visuellement somptueux

« Songs of Silence est un jeu vidéo très stylisé qui accorde une attention exceptionnelle aux détails, aux objets et aux repères. Pour nous, il est important d’assurer une qualité artistique exceptionnelle à chaque illustration. »

Chimera Entertainment lors du lancement du Kickstarter du jeu.

Songs of Silence propose un univers visuel directement inspiré du style de la Belle Époque, fortement influencée par le peintre tchèque Alphonse Mucha et d’autres artistes incroyables, comme Gustav Klimt ou Toulouse-Lautrec. Les graphismes ont d’ailleurs été créés en s’inspirant des techniques de Mucha et ils donnent toute son identité au jeu. Le scénario ayant une place prépondérante et une influence certaine sur le gameplay, l’équipe de développement a pris soin de créer des emblèmes, de choisir des couleurs, des styles vestimentaires ou architecturaux propres à chaque faction.

À noter que la musique du jeu est le fruit d’Hitoshi Sakimoto, déjà à l’œuvre sur des titres tels que Final Fantasy Tactics, Final Fantasy XII, ou encore Valkyria Chronicles. Autant dire que c’est une véritable merveille ! La bande-son est un paysage sonore épique qui complète le scénario du jeu et participe à l’immersion.

Si en jeu la lisibilité est de mise (ce qui n’empêche pas les environnements d’être somptueux), on profite particulièrement de la qualité graphique du titre lors de ses séquences de narration – qui proposent des successions d’illustrations variées et léchées – ou dans les visuels des cartes utilisées pour les combats, car, oui, Songs of Silence est aussi un jeu de deck building.

À la guerre

Le jeu est axé sur une campagne de 4X traditionnelle sur carte, avec gestion des armées, des royaumes et des ressources, mais y ajoute un système de combat innovant, en temps réel, où il est possible d’influer sur le cours de la bataille grâce à des cartes.

Songs of Silence consiste donc d’abord en une phase d’exploration au tour par tour, qui permet de lever peu à peu le brouillard de guerre qui se trouve sur la carte pour révéler les lieux d’intérêts, quêtes annexes, ennemis ou tout élément avec lequel il est susceptible d’interagir. Le joueur contrôle une ou plusieurs armées, qui peuvent se déplacer d’un nombre de pas fixe, indiqué sous le portrait de leur leader, et qui permettent d’attaquer ou d’explorer les lieux. Il est également possible d’étendre son royaume en prenant possession des cités que l’on croise en chemin, par la force ou non, et d’y construire des bâtiments qui octroient certains avantages permanents, en plus de fournir des ressources. Les villes alliées sont aussi des lieux où il est possible de recruter de nouveaux éléments pour nos armées. Chaque ville propose des unités particulières et chaque héros dispose également de troupes d’élite qui lui sont propres. Étant donné que la taille d’une armée est limitée, il convient de choisir ses nouveaux membres avec soin : archers, cavaliers, soigneurs… le jeu propose plus d’une centaine d’unités différentes.

Si l’exploration se joue au tour par tour, c’est parce que les ennemis n’attendent pas gentiment qu’on vienne les cueillir dans leurs forteresses ! Entre chaque tour du joueur, ils se déplacent, prennent possession de certaines zones, combattent d’autres unités ou tendent des embuscades en exploitant le terrain à leur avantage. Une technique qu’il est également possible d’utiliser contre eux. Dans tous les cas, lorsque deux groupes adverses se rencontrent, le jeu passe en mode bataille.

Cette fois, il n’est plus question de tour par tour. Les armées s’affrontent en temps réel, sans intervention du joueur, qui va devoir user de ses meilleures cartes pour influencer le cours de la bataille. Les cartes de Songs of Silence représentent des actions uniques accordées par les héros et les lieux. Ces actions influencent l’issue de la partie par le biais d’ordres de troupes, d’effets d’état ou de dommages directs, une fois utilisées, elles se rechargent plus ou moins lentement. Si l’idée est loin d’être inintéressante, elle se montre parfois frustrante tant la sensation d’être simple spectateur du combat qui se déroule sous nos yeux est prégnante, surtout lors des premiers chapitres où les decks sont plutôt réduits. Bien que le mode campagne offre une belle narration, la passivité des affrontements est clairement son plus gros point faible. Un défaut moins présent en mode escarmouche, où jusqu’à six joueurs (ou I.A.) peuvent s’affronter, et qui se montre un peu plus dynamique, bien qu’il exploite le même concept.

Chut(e)

Si le jeu se définit comme quelque part entre Heroes of Might & Magic et Total War, sa réinterprétation des mécanismes de ces titres, bien qu’adaptée aux débutants, ne saura pas convaincre les vétérans du genre. En revanche, si ces derniers peuvent lui pardonner au profit de sa richesse narrative et graphique, ils auront plus de mal à excuser les bugs qui nuisent à l’expérience console.

Déjà, les temps de chargement sont longs. Très longs. Comme le jeu freeze parfois durant l’un de ces chargements, difficile de savoir s’il faut le relancer ou simplement prendre son mal en patience. Pire encore, à l’heure où ces lignes sont écrites, le titre connaît un bug aléatoire qui peu tout simplement bloquer la progression durant l’acte II de la campagne, rendant la poursuite de l’aventure impossible. Il n’est même pas envisageable d’utiliser une sauvegarde antérieure (pour peu que l’on ait songé à en faire une), puisque la fonction de chargement ne fonctionne pas non plus et nous emmène sur un écran dans lequel on se retrouve coincé, avec pour seule possibilité de relancer le jeu.

Des problèmes qui verront surement leur salut dans une mise à jour prochaine, mais qui refroidissent fortement l’intérêt pour le titre.

On a très envie d’aimer Songs of Silence, ne serait-ce que pour sa direction artistique somptueuse et l’originalité de sa proposition. Si, en l’état, le titre manque encore de quelques atouts dans son jeu pour nous convaincre, on ne doute pas que Chimera Entertainment saura rebattre les cartes et revoir sa copie pour fournir une version parfaitement aboutie de cette merveille visuelle. Bientôt, on l’espère.

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